L’importance de la préparation mentale

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« C’est dans la tête les gars ! »… combien de fois avez-vous entendu ce type de remarque de la part du caporal-chef sans peur et sans reproche ? « C’est au mental ! » Citation hautement philosophique, criée à l’oreille du « piaf » fraichement arrivé, afin de lui enseigner que pompier c’est aussi un mental d’acier… En réalité, ce genre d’encouragement est plus communément lancé pendant la séance de sport, pour « motiver » le collègue à tirer bien salement sa dernière traction (et accessoirement développer une bonne tendinite)…

En dehors de ces quelques élans de motivation mentale, le sapeur-pompier ne semble pas très intéressé par le « psy ». que durant les interventions compliquées, quand un intervenant décède ou se blesse gravement, parce que les « fils se sont touchés », que l’on est obligé d’admettre que la condition mentale remplit un rôle majeur dans le déroulement de l’intervention.

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Alors pendant que les uns font du « psy » pour améliorer leur séance de Cross-Fit, d’autres se penchent plus sérieusement sur le sujet ; Thierry Guilbert, instructeur au SDIS 78, a décidé, depuis maintenant plusieurs années, de développer une préparation mentale spécifique au port de l’ARI.

« Une situation d’urgence est obligatoirement génératrice de stress.

En effet le caractère « urgent » de cette situation nécessite des prises de décisions rapides avec des objectifs précis déclenchant une montée en pression des intervenants, augmentant très significativement avec la prise de risque liée au dynamise de cette situation.

Il n’existe pas aujourd’hui de préparation psychologique permettant aux intervenants de se prémunir des mécanismes mentaux produits par le vécu d’une opération. Toutefois, la prise en charge psychologique post opératoire est amorcée progressivement dans certains SDIS permettant de déceler les altérations engendrées par le vécu d’une situation opérationnelle difficile.

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Mais il semblerait que ces atteintes psychologiques pourraient être atténuées par une formation et une préparation diffusée en amont de l’opération. Qui plus est, cette préparation permettrait aux intervenants d’appréhender l’intervention et surtout de savoir à quoi ils risquent d’être confrontés psychologiquement, consciemment et inconsciemment, dans le but de se protéger des mécanismes protectionnistes et empiriques de notre cerveau. Le but étant d’augmenter significativement nos capacités d’analyse en situation de stress pour mieux réagir et éviter des mises en danger commandées par les commandements de la virilité absolue ou le syndrome de Superman. »

Thierry reconnait entre-autres, le caractère individuel de la gestion du stress ; les sapeurs-pompiers ne sont pas égaux sur intervention ! Le mental est considéré comme le résultat de toute une vie…

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« Nous sommes tous différents et totalement inégaux dans nos capacités à réagir dans l’urgence. Mais les mécanismes impactant les capacités à réagir dans l’urgence ont une incidence identique. C’est la capacité de gestion de ces conséquences qui diffère d’un individu à l’autre. Les mécanismes de défense comme la sidération ou la transmission du stress, comme l’émoi collectif, touchent tous les individus liés de prêt et de loin à la situation.

Néanmoins l’effet est différent et en rapport avec plusieurs paramètres propres à chaque individu : Le vécu personnel (et ce depuis l’enfance), la formation, l’expérience professionnelle, la proximité avec la situation, etc. Les individus formés à la reconnaissance de ces mécanismes sont aussi impactés mais plus à même d’en contrôler les effets et donc de garder une lucidité nécessaire à leur sauvegarde mentale et à une efficacité opérationnelle. »

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Les faits et gestes d’un intervenant en situation « d’urgence » sont donc définis par son éducation et son évolution : cette réflexion amène donc à l’acceptation des différences de comportement. Le « moule pompier » est alors un mythe qui en fait n’existe qu’en surface… À travers cette analyse, l’adjudant Guilbert remarque que le mentale est un domaine encore ignoré des sapeurs-pompiers.

« Ce domaine est lié à la construction psychique du nourrisson au sapeur-pompier adulte. Cette construction est totalement individuelle et englobe des domaines complexes, croisés, conscients et inconscients de processus relevant de l’esprit, de l’intelligence, de l’affectivité et de la volonté. Le mental est donc considéré comme une nébuleuse complexe et aléatoire ne pouvant intéresser que les professionnels de la psychologie.

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Les sapeurs-pompiers qui sont des « praticos-pratiquants » ne portent que peu d’intérêt à ce domaine trop abstrait et qui parait ne pas être un atout puisque la force physique et l’agilité technique semblent être les domaines les plus nobles et nécessaires à l’activité opérationnelle. Or, il s’avère que nos comportements et notre gestion de l’émotion peuvent être à l’origine d’accidents.

Un comportement néfaste est une résultante de l’action déclenchée par une analyse qui a été faussée par une émotion ou une sensation désagréable. A ce moment précis il s’agit bien d’une erreur de jugement engendrée par une diminution de notre lucidité ou de notre capacité d’analyse déclenchée par la gestion non maîtrisée d’une émotion. Ces incidences mentales peuvent commencer par influer sur nos capacités de réflexion jusqu’à nous faire perdre notre sang-froid. Partant du principe que nous ne pouvons appréhender dans l’urgence que ce que nous avons déjà vécus et appris à gérer, pourquoi ne pas préparer notre cerveau à gérer les émotions anxiogènes comme nous le faisons avec nos mains lorsque nous apprenons un nouveau nœud de corde ? »

Thierry Guilbert pousse l’analyse plus loin qu’une simple observation de faits physio-psychologique ; selon-lui, la condition mentale de l’intervenant est directement dépendantes des émotions provoquées par son environnement : anxiété, fierté, peur, sentiment d’invincibilité…

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« L’instant d’une opération de lutte contre un incendie de structure où les intervenants sont le plus exposés aux risques est lorsqu’ils coiffent un appareil respiratoire pour s’engager dans un endroit fuit de tous et où toute forme de vie est compromise. Le simple fait d’en prendre conscience est anxiogène. Cet épisode anxiogène est généralement mis au second plan par le fait que nous sommes là pour faire ce que personne d’autre ne fait à notre place. Ce sentiment est renforcé par le respect et l’admiration que nous témoigne la population (effet pervers de la reconnaissance qui pousse à prendre des risques sans prise de conscience du risque).

Nos équipements de protection individuelle ainsi que nos moyens d’extinction de plus en plus performants nous grisent et perturbent notre jugement et notre évaluation du risque. Le manque d’expérience et de vécu opérationnel diminuent nos capacités d’adaptation. Tous ces éléments diminuent notre crainte du danger et notre niveau de vigilance.

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L’homme a survécu sur terre parce qu’il avait peur et qu’il a appris à craindre et donc à éviter le danger. L’homme moderne vit dans le confort et a oublié les peurs primaires qui lui ont permis de survivre. Lorsqu’il se retrouve confronté à ces peurs, il n’arrive pas à les gérer et ne sait plus quel comportement adopter, il peut alors perdre sa lucidité voir même jusqu’à la raison. »

La condition mentale, étant directement générée par notre environnement, celui-ci sera alors à l’origine de nombreux disfonctionnements sur intervention.

« Une situation peut paraître anxiogène pour certain et ne pas l’être pour d’autre, d’où certaine interaction négative entre individus pour cause de transmission d’information jugée normale pour le transmetteur et ressentie comme très anxiogène par le receveur, vice et versa. Il est nécessaire que cette notion de transmission anxiogène soit perçue pour préparer les intervenants à se protéger des effets néfastes d’une verbalisation ou d’une action non opportune lors d’une opération.

Elle est d’autant plus importante lorsque ce sont des intervenants qui sont impactés par le sinistre et qu’il faut les secourir. L’émotion sera tellement prédominante que les prises de risques des sauveteurs seront maximum et les règles de sécurité bafouées pour éviter d’être freiné voir empêché dans l’action. Il y a donc deux grandes familles de déclencheurs émotionnels : Les sensoriels directs et les transmis indirects.

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Lors d’une opération de lutte contre un incendie de structure les intervenants les plus exposés aux déclencheurs sensoriels directs sont ceux qui sont engagés en première ligne. Les porteurs d’appareil respiratoire isolant sont ceux qui amassent le plus d’informations, qui ressentent le plus de sensations stressantes, chaleur, humidité, cris, bruits, etc ; sans compter la progression dans les fumées toxiques. Les intervenants restés à l’extérieur de la zone impactée par le sinistre sont soumis à la transmission des informations et aux actions des intervenants engagés de façon indirecte à travers cette communication. Les risques étant généralement beaucoup plus concentrés dans la zone sinistrée, l’anxiété générée par l’engagement des personnels dans cette zone est indirectement ressentie et transmise aux intervenants externes, surtout dans le niveau hiérarchique inscrit dans le commandement. Cette zone de danger illustrée plus avant, est l’endroit de tous les risques d’accident et de problèmes pour les porteurs engagés. En cas de problème, la transmission des informations et le transit de celles-ci entre les intervenants est primordiale.

Bien souvent, les accidents sont aggravés par un défaut de communication et de transmission d’information entre les intervenants. Lorsque cela est le cas, il s’en suit une déstratification de la chaîne de commandement, une période de déstabilisation et d’agitation, pouvant amener certains intervenants à s’auto-engager sous l’impulsion émotionnelle collective. Il est donc clairement définit que nos réactions et nos comportements sont dirigés par nos capacités à garder notre sang froid et surtout à gérer nos émotions et notre comportement. 

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Lorsque notre survie n’est pas menacée, les informations sont dirigées et mieux traitées par le cerveau limbique. Il va rapidement les classer dans un registre agréable ou désagréable. S’il juge l’information agréable au niveau émotionnel il va la transmettre au cortex pour analyse et action. S’il juge l’information désagréable, il freine le transfert au cortex et peu même la bloquer au risque d’être submergé par une émotion et déclencher une réaction reptilienne de défense et d’évitement.

Lorsque cette information est accompagnée de souffrance, d’anxiété, de nervosité, les effets du blocage peuvent être très rapides et créer un schéma réactif très violent, agressivité, panique, émoi, sidération, fuite aveugle, etc. Le cortex est influencé par les sensations et notre façon de gérer nos émotions, mais aussi par l’autosuggestion. »

Il est alors nécessaire de comprendre le fonctionnement de notre cerveau (de manière simplifiée… « Parce qu’on n’est pas neurologue ») et de ces différentes parties, afin d’apprendre avec humilité à contrôler nos émotions de manière positive à l’instant T.

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 » Si notre survie est engagée, le reptilien prend l’exclusivité des commandes de toutes les fonctions cognitives et répond immédiatement et instinctivement sans analyse ni empathie. La souffrance et les blessures augmentent significativement le temps de réponse. Ainsi, un binôme pris au piège par la propagation d’un feu au 5ème étage d’un immeuble et commençant à souffrir de brûlures peut prendre la décision fatale de se défenestrer si son itinéraire de repli ou de secours n’est plus accessible. Deux membres d’un binôme pris dans les flammes ne peuvent se porter secours l’un et l’autre, puisque totalement obnubilés par leur propre survie. Ce n’est que lorsqu’il se retrouve hors de danger que l’individu prend conscience de la situation. C’est à ce moment-là que la culpabilité et la vulnérabilité envahissent le limbique et créent un traumatisme psychologique important qui n’est jamais directement mesuré parce que la fonction ne peut subir aucune faiblesse. Nous préférons vivre avec nos fantômes plutôt que de partager notre douleur qui pourrait être considérée comme une faiblesse par nos collègues. « 

Thierry prend bien évidemment en compte l’utilisation du matériel et ses répercussions sur le triangle capacitaire. Il compare les équipements de différents corps d’intervention et n’hésite pas à dénoncer la gadgetisation du sapeur-pompier…

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« La plongée subaquatique est très similaire au port d’un ARI. Un plongeur utilise un appareil respiratoire pour progresser en milieu aquatique où Il sait, par la force des choses, qu’il doit sa survie à son appareil. Outre le fait que le scaphandrier est conscient de ce risque il l’est aussi inconsciemment. Lors de notre enfance il nous est arrivé de « boire la tasse » et cette expérience très désagréable a très franchement marqué notre cerveau au point que nous ne mettons pas en doute ce risque létal qu’est la noyade. Le pompier, n’a pas ou très peu subit cette expérience d’asphyxie et suffocation par l’inhalation des fumées et son cerveau a bien analysé que c’était dangereux mais pas au point de développer une absolue nécessité de se protéger de ces gaz toxiques.

Porter un ARI d’une dizaine de kilos, respirer dans un masque en faisant un effort est à la portée de toute personne valide, normalement constituée et pratiquant régulièrement une activité physique. Mais porter un ARI en plus des EPI et des matériels de base pour réaliser un effort violent, dans une situation anxiogène, bruyante, dangereuse ; le tout sans aucune visibilité dans une atmosphère impropre à la vie dissimulant un feu dévorant tout ce qui est combustible, n’est certainement pas à la portée du premier venu.

La multiplicité des matériels emportés nécessite un socle de connaissances solide et une aptitude à les utiliser en temps voulu de façon quasi automatique voir réflexe. Cependant la formation des personnels à l’utilisation de tous ces matériels, en plus des techniques opérationnelles de bases est très chronophage et nécessite de plus en plus d’heures de formation. Le fait d’emporter des matériels dont on ne sait se servir qu’approximativement peut être source de stress. Peut-être qu’à travers l’abondance de ces matériels et outils nous essayons de nous rassurer et de nous convaincre qu’ils répondront à toutes situations à notre place?

Mais le cerveau est très exclusif, encore plus en situation de stress et tous ces outils et gadgets resteront dans nos poches et ce malgré nous. Dans un registre plus théorique, mais somme toute indispensable, la méconnaissance du système feu amène les porteurs à prendre des risques non évalués et les rend vulnérables. Peut-être est-il nécessaire de réduire le nombre de nos outils au bénéfice d’un apprentissage plus régulier et abouti ? »

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On comprend donc qu’un entraînement mental peut s’avérer important dans le cadre d’une amélioration radicale des conditions d’interventions.

Au fil des années, l’adjudant Guilbert a conçu une préparation mentale et surtout une manière de sensibiliser l’intervenant à l’importance des émotions durant les interventions, notamment celles nécessitant le port d’un appareil respiratoire.

« Il faut être conscient du danger et de la prise de risque pour s’en prémunir. Une situation anxiogène peur être gérée si elle a déjà été appréhendée et si on a appris à en reconnaître les signes et les effets. Cet apprentissage au stress peut être réalisé aux moyens de nombreuses expériences opérationnelles ou lors d’entraînement individualisé, ciblé et décontextualisé. Les progrès qui ont été réalisés dans le domaine de la prévention des risques d’incendie ainsi que la rénovation des installations techniques des habitats durant les dernières décennies ont très fortement diminués les interventions de lutte contre les incendies de structures.

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De ce fait, cette baisse du nombre d’intervention a aussi diminué notre niveau d’expérience et nos capacités à la lecture du risque en temps réel. Les entrainements sont donc indispensables pour construire un schéma analytique conscientisé qui nous permet de reconnaître les effets d’une émotion ou d’un stress et de pouvoir le gérer pour garder notre sang-froid et notre lucidité.

Il est possible de créer des situations anxiogènes nivelées et évolutives permettant à un porteur de reconnaître des indicateurs d’anxiété, de les apprivoiser et de les enregistrer sous forme de curseurs mentaux et ainsi de se prémunir d’une émotion qui développerait une sensation stressante équivalente.

Cette méthode ressemble à bien des aspects à la « formation par inoculation du stress ». Développée par un Professeur en psychologie, le Professeur américain Donald Meichenbaum, cette méthode fonctionne comme un « vaccin » qui diminue les effets phobiques du stress par un apprentissage adapté, nivelé et évolutif. Le porteur d’ARI est confronté à des situations anxiogènes simples qui sont ensuite légèrement augmentées pour créer une accoutumance par une analyse des indicateurs de stress. La claustrophobie, la peur du blocage physique, la difficulté à reprendre son souffle auxquels s’ajoutent l’effort physique intense et une application technique spécifique sont des situations anxiogènes qui doivent être appréhendées pour être connues et analysées autrement que sur opération. L’improvisation ne peut aboutir qu’à des actions approximatives voir instinctives et donc non adaptées à la situation.

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Cet apprentissage se doit d’être nivelé, adapté et évolutif pour permettre aux apprenants de construire un schéma analytique progressif et individualisé. Les séquences proposées doivent comprendre des exercices individualisés et adaptés à tous les personnels venus se former. En premier lieu il est important de confronter les stagiaires à des mises en situation décontextualisées pour éviter les effets de mimétisme en rapport avec une situation opérationnelle type. Ces situations doivent permettre de stimuler les domaines physiques, techniques et surtout mentaux.

Avant toute mise en situation ou exercice il est indispensable de créer un état de confiance mutuelle. Cette confiance doit être installée et partagée entre le formateur et ses stagiaires mais aussi mise en exergue chez les stagiaires eux-mêmes. Il arrive parfois que des SP soient peu habiles ou peu à l’aise lors d’exercices puisqu’ils manquent de confiance en eux, le contraire est aussi souvent remarqué. Il est donc essentiel que ces exercices ne soient pas certificatifs. Cet apprentissage demande du volontarisme de la part de l’apprenant et une capacité à occulter tout jugement de la part du formateur.

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En formation, les situations décontextualisées permettent de détacher l’action de l’apprenant du contexte opérationnel interprétable et imaginaire. Cela permet de concentrer l’analyse et la reconnaissance de signes annonciateurs de stress sans être accaparé et perturbé par une situation opérationnelle dynamique et complexe. »

Thierry met le point sur l’importance du déroulement de la formation et surtout de l’attention qu’il faudra porter à « l’avant » et au « pendant » de cet entraînement.

« Une explication de l’exercice et des objectifs recherchés sont indispensables. Il faut que le stagiaire sache qu’il va être amené à découvrir des sensations nouvelles et surtout qu’il va devoir apprendre à les gérer pour garder sa lucidité. Ce briefing permet de présenter le domaine mental en l’illustrant avec des mots simples pour faire prendre conscience de son importance dans l’apprentissage global du SP.

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Lors de ce briefing le formateur peut expliquer simplement le fonctionnement du cerveau et les incidences dues au manque de partage des informations entre les différentes parties de celui-ci en situation de stress. Cette explication simplifiée permet aux stagiaires de comprendre le fonctionnement inconscient de leur cerveau et de se préparer à rechercher leurs propres indicateurs de stress pour mieux s’en prémunir. Cette étape n’est pas nécessairement à réaliser dans une salle de cours pendant des heures de face-face pédagogique, mais plutôt sur le terrain à la collégiale pendant une dizaine de minute.

A la fin de chaque exercice le formateur reprend des mots et des passages choisis du briefing pour permettre au stagiaire de se remémorer les objectifs recherchés et autoévalués. Cette méthode permet au stagiaire de créer du lien entre la théorie décontextualisée du mental et les résurgences psychiques réelles ressenties pendant l’exercice. Le stagiaire doit arriver à conscientiser les impacts psychiques produits par la situation et son comportement pour réussir à trouver les ressources mentales nécessaires à garder son sang-froid et sa lucidité.

Une fois ce schéma analytique créé et conscientisé, le stagiaire pourra continuer son apprentissage par lui-même et surtout être capable de réaliser des actions dans des situations dégradées et anxiogènes.

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Prenons un SP en équipement complet sous ARI et plaçons-le dans une situation de confinement sans aide extérieure (Parcours ARI). S’il se retrouve bloqué, entravé et confiné, ses réactions risquent d’être violentes et totalement dirigées vers un objectif unique : sortir de cette impasse coûte que coûte. Cette expérience une fois terminée est vécue comme un supplice sans intérêt pour ce SP. Il n’en tire aucune leçon et cherche à oublier cet épisode peu agréable au risque de ressentir de façon beaucoup plus violente les effets d’une situation opérationnelle équivalente au point de le faire paniquer.

Prenons ce même SP qui est pris en charge au sein d’un groupe par un formateur spécialisé. Il est interrogé sur ses expériences anxiogènes dans le domaine du port de l’ARI en formation et en opération. Puis ce même formateur explique les mécanismes psychiques et les sensations qui vont être découverts lors de la séance. Un point est fait sur les règles de sécurité en opération et une situation de franchissement très simple est présentée aux stagiaires. Le but de ce premier exercice est, de renouer confiance avec l’ARI pour certains, de préparer le corps à la suite de l’exercice, de prendre contact avec l’outil pédagogique (obstacle simple, parcours adapté, MEPAR, CEPARI, module de réduction de profil, PAFARI…) et au formateur de jauger les problématiques physiologiques.

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S’en suit un état des lieux techniques avec des démonstrations techniques très simples de franchissement réalisées par le formateur. Puis les stagiaires sont invités à s’engager un par un dans le module pédagogique pendant que les non-actifs observent, en même temps que le formateur, le stagiaire qui passe. Cette possibilité d’ouvrir aux regards des stagiaires l’activité leur permet de désacraliser le passage et commencer à travailler inconsciemment sur la gestion de leur stress. A chaque passage le niveau de confinement est augmenté pour accentuer les effets phobiques du stress liés au confinement et obliger les stagiaires à rester calmes et lucides pour se sortir de la situation. La verbalisation du stagiaire doit être accompagnée par le formateur pour permettre de lui faire découvrir de nouvelles ressources mentales nécessaires à l’analyse sous stress.

Une fois cette accoutumance et cette reconnaissance des signes et des effets du stress opérationnel découverts et reconnus l’apprenant peut mettre à profit l’aspect technique. L’apprentissage technique est alors mis en œuvre avec plus de lucidité et de maîtrise puisque l’analyse et l’adaptabilité sont moins perturbées par le stress qui est mieux géré et contenu. »

Enfin, la gestion de l’échec sera le point clé de l’efficacité de la formation et donc de ce qu’il en restera ; une fois de plus, on se rend compte que l’éthique est à la base de tout ce qui constitue l’organisation des sauveteurs

L’humilité est donc une composante indispensable à la participation à cette formation !

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« L’échec fait partie intégrante de cette préparation mentale. L’homme se construit toute sa vie grâce à lui. L’échec nous permet de corriger, de gommer, de gérer, de classer, de remplacer et d’utiliser nos capacités acquises pour développer des compétences. Les résultantes issues de l’échec sont plus ou moins rapides à émerger selon l’accompagnement et la gestion de celui-ci. Un échec, pour qu’il soit utile, doit être analysé et compris pour apporter une solution qui doit pouvoir être utilisée pour éviter un nouvel échec.

L’accompagnement du formateur dans ce domaine de préparation mentale est essentiel. Il n’y a rien de pire qu’un formateur disant en fin d’exercice à ses stagiaires qui viennent d’échouer : « vous en êtes content de votre manœuvre de merde ! ». Cette phrase, que j’ai souvent entendue en instruction, est très « impactante » pour les apprenants. Le fait de savoir que notre prestation était médiocre est une chose, se l’entendre dire ne permet absolument pas d’analyser l’échec. Cela équivaut à dire à un enfant qui est tombé en patin et s’est cassé la jambe : « C’est bien fait, je t’avais prévenu que c’était trop dur pour toi ! ».

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La verbalisation positive est primordiale pour augmenter les ressources utiles à la création d’un schéma analytique efficace. Le monde formatif SP manque d’horizontalité et confond souvent savoir et pouvoir. Je me souviens d’un formateur que j’estimais beaucoup par ses capacités de retranscriptions techniques dans le domaine de la lutte contre les incendies. Je me suis aperçu, plus tard, qu’il ne diffusait que des brides de ses connaissances pour garder l’ascendance sur ses autres collègues.

Le SP n’aime pas l’échec. Lors de sa formation toutes ses compétences ont été évaluées de façon certificative avec une obligation de réussite. Dès lors, lorsqu’il participe à des actions de formation pendant sa carrière, il doit réussir, au sens propre du terme. L’échec n’est pas envisageable et ne correspond à aucune valeur reconnue. La préparation mentale s’appuie sur l’échec constructif. Il ne peut pas y avoir de création de schéma analytique sans échec. Le formateur à la lourde responsabilité de dédiabolisation de l’échec.

Il doit amener le stagiaire à découvrir les nouvelles ressources gagnées dans l’échec. Il faut aussi que le stagiaire comprenne que l’échec n’est pas unique et qu’il peut se répéter dans une même situation à cause d’un ou plusieurs paramètres techniques, physiques et/ou psychiques.

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Toutefois, il faut rester lucide sur le fait que cette préparation mentale n’est pas un bouclier universel et absolu contre toutes les situations opérationnelles difficiles. Lorsqu’un accident survient et impacte violement un ou plusieurs intervenants, au point qu’ils ne soient pas en capacité d’en réchapper, rien ne peut préparer au jugement de la fatalité aveugle. L’activité du sapeur-pompier engendre des prises de risques qui sont mesurées mais qui ne peuvent exclure les explosions, les effondrements, les accidents thermiques… .

La vigilance reste la première règle de sécurité, mais elle demande de la lucidité et une maîtrise de soi importante et ce malgré le stress engendré par la situation. La préparation mentale est nécessaire pour comprendre et mettre du bon sens dans nos actions. »

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Ce que l’on peut retenir de cette approche psychologique, c’est encore une fois l’importance minime de l’équipement, de la technique ou même tactique :

  • La plus performante des tenues de feu ne protègera pas le binôme qui ne contrôle pas ses ardeurs et ne respecte pas les règles de sécurité à cause du stress.
  • Le plus moderne des camions n’emmènera pas plus vite les intervenants à l’adresse avec un conducteur qui ne prend pas conscience de l’importance des « connaissances secteur ».
  • La meilleure des techniques n’aura que peu d’effet si le personnel ne cherche pas à la comprendre et surtout à savoir quand l’utiliser.
  • La plus parfaite des tactiques se transformera en chao généralisé si le chef d’intervention cri et court dans tous les sens à cause de son manque de préparation.

L’éthique est l’engagement morale qui mène au mentale ; celui qui a compris l’importance de sa fonction et a pris conscience de la fragilité du résultat sur intervention, comprend que son état mental est le socle du déroulement des opérations de secours.

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Thierry Guilbert, coach en humilité, a développé l’un des moyens pour accéder au contrôle des événements influant sur les secours ; « savoir pour sauvez sans périr », c’est avant tout avoir la volonté d’accepter et d’apprendre à être humble.

 

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Rédacteurs : Christophe Benfeghoul, Thierry Guilbert

Correcteurs : Fabien Passion




Le culte du pompier courageux – Origines du mythe

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« Ah ! Bin, en tout cas… Heureusement qu’on a des gens courageux, comme vous les pompiers. » Qui d’entre nous n’a jamais entendu ces belles paroles ; que ce soit autour d’une table, en famille, entre amis ou encore sur intervention ? Tous glorifient notre fonction. C’est d’ailleurs, dans les statistiques (1), « le métier préféré des habitants du monde entier » : c’est nous !

Alors forcément, ça fait du bien aux oreilles. Ça rassure de savoir qu’en tant que pompier, on bénéficie d’office des plus grands honneurs. Car à peine arrivés à l’instruction, on nous le répète que trop régulièrement : « à partir de maintenant, vous allez devenir des sauveurs d’hommes ! Alors comportez-vous comme tel ».

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Du jour au lendemain, ça vous tombe dessus. Vous n’étiez rien, et vous voilà devenus plus qu’utiles. La casquette du sauveteur dévoué et courageux, c’est comme avoir tiré le bon numéro à la loterie (2). Et du coup, aux yeux du pékin moyen, vous êtes forcément quelqu’un de fondamentalement bon.

Le pompier, un héros model ?

Pourtant, il ne faut guère que quelques mois au nouvel arrivant pour comprendre que notre communauté comporte au moins, le même taux de névrose que chez le reste de la population : dépressions, bizutages extrêmes, suicides, viols, bagarres, trahisons, maltraitances de victimes, non observation des procédures, mutineries, meurtres, je-m’en-foutisme, témérité irresponsable, abus de pouvoir, vols, alcoolisme, et drogue (3)… Tout cela existe aussi chez nous. Aussi, dans quelle mesure serions-nous encore à la hauteur de notre réputation officielle ?

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Après tout, si tout le monde nous glorifie à ce point, c’est que nous avons bien gagné ce mérite qui nous propulse automatiquement au statut d’hommes extraordinaires, de surhommes, voire de héros. Et qui dit rang honorifique, dit fierté. Cette même fierté héritée de nos anciens, et qui a plutôt tendance à nous façonner un comportement différent du simple mortel. Un rang au-dessus (car reconnu comme tel) et le sauveteur qui n’est plus vraiment critiquable en deviendrait même presque invincible (4).

L’autocritique face au courage héroïque

Ce n’est qu’après certains accidents où il était difficile de nier la défaillance morale de l’intervenant, que l’on a enfin osé avouer du bout des lèvres, que l’erreur se trouvait bel et bien à la racine de notre éthique.

Cependant, quand bien même une flagrante faute nous incomberait, nous finirions toujours par nous trouver des excuses : Matériel, conditions de travail, météo ou encore malchance. Tout est bon pour faire office de bouc émissaire ; comme si l’accident était inscrit dans le destin du sapeur-pompier.

Mais pourquoi diable, les héros de la nation n’arrivent-ils pas à trouver la source du problème ? Comment se fait-il que le sapeur-pompier répète sans cesse, les mêmes erreurs sur intervention ? Pourquoi les intervenants ne cessent de décéder dans les mêmes situations, alors que celles-ci ont été identifiées depuis longtemps ? Y aurait-il chez le sauveur d’hommes, une difficulté à se remettre en question ?

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Le problème réside peut-être dans le fait, que tout véritable remous touchant de près ou de loin à la mission du soldat du feu, conduirait tout droit à l’origine des symptômes : la formation morale. Et sachant que la base de l’organisation des compétences du sauveteur étant l’instruction, on s’imagine alors facilement les conséquences qu’aurait une remise en question radicale de celle-ci.

S’il y a bel et bien dysfonctionnement dans l’instruction, cela signifierait tout simplement que la base du système est inefficace et que, par extension, les compétences de nos organisateurs (nos chers officiers) ne conviennent pas, non plus. Alors forcément, on se concentre sur des problèmes périphériques ; et c’est encore la meilleure manière pour préserver son petit poste.

Des héros en retard…

En 2003, papa Sarkozy décida que s’en était trop ! En effet, dix collègues qui restent au tapis en l’espace de quelques mois (5), et cela fait tâche dans une société moderne comme la nôtre… L’ancien ministre de l’intérieur demanda donc aux responsables du « système pompier » de se remettre en question, et de repérer les dysfonctionnements de notre organisation sur intervention.

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Comment ça, l’organisation n’était pas bonne ?! Apparemment, non.

Le rapport Pourny évoquait entre autres, des retards dans tous les domaines, et en premier lieu dans la « culture de sécurité ». Et bien entendu, on demanda à ceux qui ont participé activement au retard du système, de travailler honnêtement à l’avancement de celui-ci !

Logique, N’est-ce pas ?…Tout comme demander à un assassin, d’organiser son propre jugement.

Dix ans plus tard, nous avons enfin la joie de lire le rapport du rapport (6) ! L’évaluation du rapport Pourny vantant les bienfaits des 220 propositions d’amélioration de nos chers officiers. Surprenant, non ? Bon, il y a toujours des intervenants qui se blessent et qui meurent en allant au feu sans lance et sans ordre ; mais à part ça, tout va pour le mieux !

Qui est le sauveteur ?

Le sauveur d’hommes aurait donc quelques difficultés à se remettre en question. Pourtant l’autocritique est l’outil principal et indispensable pour préserver la vie : la qualité du secours n’a de sens que dans sa remise en question.

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D’où vient alors cette incapacité à reconnaître ses faiblesses ?

Encore faut-il avoir des défauts pour pouvoir les reconnaitre ! Et tout le monde sait que comparé au commun des mortels, un héros n’en a pas.

Toutefois, son intervention comme professionnel ou bénévole, demeure sacro-sainte en soi, car il n’est là que pour aider. Demander aux sapeurs-pompiers de se remettre en question, c’est déjà insinuer qu’ils n’ont pas accompli leur mission correctement…

Blasphème !

Pour mieux comprendre les motivations des héros courageux, dévoués, invincibles et surtout incritiquables, LePenserPompier.fr a souhaité, une fois de plus, pousser les recherches à la source.

Origines historiques

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Afin d’éviter toute gesticulation intellectuelle inutile, il était important de s’adresser à une personne connaissant les faits historiques de l’évolution de la culture du dévouement courageux. « La Figure du Sauveteur » (7), est un ouvrage extrêmement précis traitant entre autres, du sujet de la naissance du culte du courage et du dévouement, entre 1780 et 1914.

Frédéric Caille, auteur de l’ouvrage, nous y expose des faits résultant de plusieurs années de recherche, de dépoussiérage d’archives, d’investigations historiques et de comptes rendus.

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Mais pourquoi se cantonner seulement aux périodes des 18ème, 19ème, et 20ème siècles ? Le courage a pourtant existé dès les origines de la civilisation (8). Certes, l’Andreia (en grec ancien ἀνδρεία), définissant à la fois courage et virilité, était déjà présente en tant que valeur guerrière. Cependant, le dévouement combiné au courage, est apparu au moment où le capital se métamorphosa et entraîna une explosion de l’industrialisation. Laquelle, engendrera une terrible insécurité pour celui qui fût le moteur de la production capitaliste : l’ouvrier.

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On remarqua alors que les baisses de rendement étaient en grande partie dues à un problème de gestion de la force de travail : accidents massifs, décès constants sur la voie publique et grèves dans les usines. La situation nécessitait alors une incitation à la discipline et à l’acceptation de la souffrance ; ce à quoi les acteurs du mouvement des lumières, s’acharneront à installer à grand coups de propagandes ouvrières et de formatages éducatifs.

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Et très vite l’on comprend que la stabilité monétaire d’un pays, dépend surtout et avant tout de la capacité du prolétariat à courber l’échine face aux besoins des producteurs et des financiers. Cette soumission ne devait pas se faire par la violence, mais par la volonté même de l’ouvrier… Celui-ci devait s’autodiscipliner ! Se convaincre que son bonheur est directement dépendant de l’avenir de la patrie.

Un néo-besoin tout fraîchement créé chez le travailleur de l’époque, et qu’il a fallu implanter dans les consciences via des valeurs telles que la patrie, l’honneur, le courage, le dévouement, la guerre, la sécurité intérieure, etc. Et cet arsenal allait contribuer à l’éclosion de la dite morale, et qui ne pouvait bien évidemment s’ancrer, que par l’exemple répété et constant.

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Frédéric Caille note qu’un nombre considérable d’entités politiques, médiatique et associatives, travaillait ardument à la diffusion d’une morale par l’exemple : titres de vertus, sommes d’argent, médailles et publications honorifiques ; car tout était bon pour encourager l’ascension d’une idéologie visant la protection du territoire marchand. On vit alors des appareils étatiques, comme l’Académie française ou encore des grands médias de l’époque, diffuser une propagande moralisatrice, poussant toujours plus le citoyen à se sacrifier pour l’industrie.

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De riches producteurs, financiers ou autres hommes d’affaires, deviennent alors de généreux philanthropes, récompensant Braves et Dévoués (au travail). Comme si la richesse matérielle pouvait amener à l’humanisme !…

Andrew Carnegie, celui-là même qui faisait tirer sur ses employés lors des grèves, créa le Hero Fund (9) ; une organisation philanthropique visant à récompenser les meilleurs travailleurs et à indemniser les familles d’ouvriers morts dans les mines.

C’est ainsi que durant le 19ème siècle, de nombreux personnages aspirants au pouvoir et souvent très riches, investirent dans l’héroïsme d’état, afin de réduire les pertes humaines et matérielles nécessaires à l’industrie, et de facto augmenter le rendement, et surtout étendre le territoire marchand.
Le citoyen a été donc à travers la propagande du courage et du dévouement, formaté en tant que bon petit soldat de l’industrie ; qu’il fut au front, dans l’usine ou encore dans les rues, le bon citoyen avait à livrer une guerre sans fin, dans l’unique but de permettre à une élite capitaliste de faire plus du profit et de continuer à jouir de la vie.

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Force est donc de constater, que tout comme l’abolition de l’esclavage fut un investissement pour l’industrie naissante (10), l’image du sauveteur héroïque sera elle aussi un placement à long terme, et de la plus sournoisement de manières, qui plus est.
Point de réagencement des conditions de production sans une volonté majeure de réaliser du profit.

Comme l’esclave, le citoyen se sacrifiera pour le profit, mais volontairement cette fois-ci. Les valeurs humanistes étaient essentiellement, le pain quotidien des naïfs qui voulaient bien y croire.

De l’esclavage à la citoyenneté, il n’y a en fin de compte que la morale. Le travailleur ne portait plus de chaines au pied, mais se les fabriquait désormais lui-même, dans sa propre conscience. Le citoyen n’était plus rien d’autre qu’un esclave moralisé et autodiscipliné à rester dans l’enclos de la production marchande. Et pour éviter que la souffrance ne réveille la conscience humaine profonde, on l’anesthésia à grand coup de propagande héroïque !

Le sauveteur courageux est donc un produit de ce grand mouvement industriel, aidé en cela par l’idéologie des Lumières. Utilisé comme « soldat du bien », aussi bien au front que dans la vie de tous les jours, cet esclave moderne, courageux et dévoué à souhait, participe à la marche en avant forcée du capital.

Qu’il soit pompier, gardien de la paix ou encore soldat, le héros du quotidien est entretenu au moyen de récompenses, de médailles et autres signes de reconnaissance. Et c’est dans ce mouvement que s’est institutionnalisé le sauvetage comme logistique de guerre, notamment à travers la création de la Croix-Rouge.

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Le mythe du courage

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En analysant l’histoire de la lutte contre l’incendie, et surtout celle de son évolution dans son environnement géopolitique, on est saisi de bien des choses. Tout d’abord, le courage se manifeste principalement de deux manières fondamentalement opposées : raisonnable ou spectaculaire.
Le courage raisonnable est un dépassement des émotions induit par la raison, entraînant une action visant à protéger une valeur physique ou morale estimée importante par l’acteur. Cette forme de courage est intrinsèque à l’être humain et est indépendante du regard extérieur.

 

« Le courage, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. »

 

(Jean Jaurès)

 

N’a-t-on pas chez une femme qui donne la vie, le plus beaux des exemples ? Pour elle, l’enfantement est souvent source d’un grand nombre de souffrances, tant sur le plan physiologique, psychologique et parfois même la survenue de déformations corporelles irréversibles, voire causer sa mort (11). Mettre au monde un enfant demeure indissociable de ce courage génétiquement intrinsèque qu’elle a toujours possédé et qui l’amène à souffrir utilement pour la survie de l’espèce !

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Et Il en est de même pour un père mettant sa vie en péril pour sauver sa famille, ou encore une personne prenant des risques pour aider son meilleur ami.
Cette vertu est probablement intégrée à l’être et est plus ou moins marquée en fonction de chacun, car nécessaire à la vie et à la survie de l’espèce.

Bien évidemment, ce courage peut varier d’intensité en fonction des communautés et, ou des cultures. Cependant, il n’est pas initié ou motivé par le regard extérieur, mais par la raison naturelle humaine. L’action courageuse issue de la raison n’a pas besoin d’être récompensée pour subsister : elle existe par essence.

Le courage du spectacle

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Celui-ci est la deuxième forme majeure de manifestation. Le courage spectaculaire est un dépassement des émotions initié par le regard extérieur, qui n’existe qu’à travers l’émotion du spectateur ! Nous le rappelons ici : « il n’y a pas de héros sans spectateur » (12)

Ce courage étant dépendant des attentes du public, amène souvent à des actions dépassant la raison naturelle de l’homme. D’ailleurs, l’aspect utile ne joue aucun rôle dans l’acte (13). L’action est donc déterminée par des attentes étrangères à celles de l’acteur, dont les faits et gestes sont exécutés sous le regard du spectateur, pour le spectateur.

Bien évidemment, le courage du spectacle a cette capacité d’être intégrable aux comportements humains. Véritable vertu mobile, cette forme de courage fut très clairement utilisée durant la période historique des lumières, et ce, dans le but d’orienter les comportements du peuple, afin de développer l’industrie et les intérêts économiques de l’état.

Le courage spectaculaire, de par son état artificiel, va souvent à l’encontre de la raison naturelle humaine. Cependant, l’acteur peut le confondre avec le courage utile et raisonnable ! Ainsi, le héros courageux a l’impression que ses actes sont conduits par son for intérieur, alors qu’en fait ils restent dépendants du regard du spectateur.

Aussi, en éduquant les plus jeunes à l’héroïsme, on peut soumettre définitivement une génération au regard du spectateur… Le courage spectaculaire devient alors courage raisonnable, car intégré à l’éducation de l’humain.

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Pour arriver à ce résultat, la morale par l’exemple doit être diffusée massivement. La propagande étatique est alors directement dépendante d’organes de diffusion :

  • L’école : les fameuses sorties de classe pour commémorer et glorifier tel ou tel soldat mort à la guerre.
  • Les médias : la glorification de l’intervenant courageux dans des émissions du type « la nuit des héros ».
  • Le cinéma : « Tu tombes… On tombe ! » Cela vous rappelle-t-il quelque chose (14)?

Et c’est à travers tous ces procédés, que l’image du héros courageux s’est enracinée dans la conscience collective en tant que valeur humaine ; pas moins de deux siècles (fin 18ème, 19ème, moitié du 20ème) pour établir le spectacle du sauveteur.

Le courage comme pathologie moderne

Depuis la révolution française, les échanges marchands n’ont cessé de s’intensifier, poussant le citoyen travailleur à devenir un citoyen consommateur (15). Or pour que l’ouvrier consomme allégrement, il doit être socialement isolé, car les rapports humains l’empêchent de déambuler librement (liberté) à travers les galeries marchandes ; il faut donc placer les travailleurs isolés sur un même piédestal moral (égalité) et les encourager à s’accommoder (ensemble) de la souffrance du quotidien au nom de la patrie (fraternité).

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Pour habituer le travailleur/consommateur aux douleurs de la société marchande, il faut alors lui créer un univers adapté à l’abnégation. Et dans cette optique purement mercantile, que « Courage » et « Dévouement » seront les valeurs constamment utilisés pour soumettre le peuple par le spectacle, à la loi des marchés, notamment au cours du 20ème siècle (16).

Depuis le mouvement des Lumières et jusqu’au début du 20ème siècle, le projet a été d’établir le culte du « moi » (17) au sein de la population. Car c’est en demandant au travailleur de se concentrer sur sa morale, qu’il en oubliera la souffrance endurée. L’ouvrier qui est ainsi trop occupé à devenir le héros de sa propre vie, se tue au travail pour consommer librement. Sa propre souffrance devenant pour lui, une gloire en soi !

Le sauveteur est donc un acteur déterminant dans la manœuvre de diversion générale de l’industrie. Il permet de faire écran à la misère du peuple et surtout, il montre l’exemple à suivre : être courageux en se dévouant corps et âme à sa tâche ; tel que le veulent nos dirigeants !

Ce courage politique est basé sur le spectacle et le sapeur-pompier en a aujourd’hui hérité.

Les pompiers sont-ils courageux ?

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Absolument pas !

Et si cette réponse vous choque, c’est que l’émotion du spectacle vous empêche de réfléchir sur le sujet.

Le fait que la fonction de sapeur-pompier, soit particulièrement liée au courage est un mythe fabriqué par le système politico-économique, notamment au fil des 18ème, 19ème, et 20ème siècles. L’industrie avait et aura toujours besoin de héros courageux et surtout d’idiots utiles au système pour y croire.

C’est à travers ce culte du héros, lui-même transformé au fil des années en culte du ″moi ″, que le sapeur-pompier a forgé son éthique narcissique. Une éthique du courage spectaculaire qui pousse les intervenants à accomplir des actes téméraires, et parfois irréfléchis sur intervention.

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Ainsi, si l’on remarqua en 2003 que les services d’incendie et de secours n’avaient « pas culture de la sécurité », ce n’est pas parce que les collègues étaient idiots ; mais tout juste que le sapeur-pompier de par sa culture historique, n’avait nullement l’intention de développer fondamentalement sa sécurité, qui demeure viscéralement à l’opposé de son éducation héroïque.

Témérité et sécurité ne pouvant se développer dans la même organisation, le pompier dévoué et courageux, doit alors trouver (quand il y est forcé) des subterfuges pour développer l’aspect sécuritaire de sa fonction ; tout en continuant à être le héros des nations.

C’est à cet effet qu’entre en scène le FAST, appelé aussi RIT, RIC ou encore RID ; en plus de ses variantes françaises. Le Sauvetage du sauveteur et ses extensions comme l’auto-sauvetage (self-rescue), ou autres « parcours ARI » ; dernières fausses trouvailles narcissiques issues de la masturbation cérébrale française (18). Ces formations deviennent « la » solution au problème « au cas où » …

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Tout droit inspiré des Firefighters hollywoodiens, la discipline permet au soldat du feu de se battre seul contre son propre malheur… Le sauveteur qui ne se contente plus d’être un héros, prend alors du galon et devient de ce fait, un sauveteur de héros ! Durant les entraînements, l’intervenant est livré à lui-même et est même plongé dans des ambiances dignes de scénarios de films américains, où le héros ne peut que s’en sortir seul. Le sapeur-pompier peut ainsi rester un courageux soldat du feu et, en même temps, avoir l’impression de s’entrainer pour sa sécurité.

La prison du spectacle héroïque

Il semblerait malheureusement que le sapeur-pompier ait du mal à sortir de cette caricature politique, qu’est la stature du sauveteur. Qu’il soit volontaire, professionnel, privé ou militaire, le pompier a une fonction sociétale, qui n’a pas plus d’importance qu’une autre… Pour vous en convaincre, essayez donc de vivre un mois dans une ville sans éboueurs.

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La fonction de sauveteur ne possède pas de courage intrinsèque : ce n’est pas simplement en étant pompier qu’on est forcément courageux ; seul l’humain en est le détenteur. Le fait de prendre des risques en entrant dans un appartement en feu, ne demande pas obligatoirement un grand courage pour qui le tente. Cette audace tant louée par le commun des mortels, ne produit pas les mêmes effets sur chacun de nous : l’un peut avoir peur et l’autre éprouver du plaisir, voire même le besoin d’être confronté au danger (19).

Le courage véritable n’a rien à voir avec la gratitude du public. Il est avant tout l’expression du dépassement de certaines émotions, dans le but de protéger des intérêts humains (voir matériels), et ce, en dehors de toute reconnaissance.

Le matraquage médiatico-institutionnel concernant le rôle d’anges-gardiens courageux qu’auraient les sapeurs-pompiers, est une imposture produisant deux effets majeur :

  • Une diversion quant aux véritables problèmes de société, car « en fait, tout ne va pas si mal que ça puisqu’ils sont là » !
  • Une ouverture à tous les comportements vicieux, possibles et imaginables ; dues au complexe de supériorité… Lesquels comportements, sont à l’origine de nombreux accidents sur intervention.

Prenons conscience des différences entre le courage raisonné et le courage stupide du spectacle ; apprenons à contrôler cette soif de reconnaissance à travers l’acte, en ayant le courage de ne pas être courageux.

 

 

Rédacteur : Christophe Benfeghoul

Correcteur : Amine Jandaa

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Références :

  1. « Pompier, le métier préféré des habitants du monde entier » – (ouest-france.fr)
  2. « About 18,000 people who passed a firefighter exam in December are awaiting word on when they might be selected in a lottery » – (Dnainfo.com) ||| « I felt as though I had hit the career lottery. » – (Hot Zone: Memoir of a Professional Firefighter – page 110)
  3. « Haute-Loire : un pompier se tue dans sa caserne » – (leparisien.fr) ||| « Quatre pompiers mis en examen pour avoir consommé du cannabis » – (midilibre.fr) ||| « Le bizutage d’un pompier tourne au drame » – (leparisien.fr) ||| « Pompiers de Paris: Une plainte pour «viol» déposée après un bizutage qui aurait mal tourné » – (20minutes.fr) ||| « Dix-huit ans après le meurtre, le pompier confondu par son ADN » – (liberation.fr) ||| Etc, etc…
  4. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les SDIS ne possèdent pas de culture de sécurité intrinsèque. Cette situation est principalement due à l’acceptation du risque et au sentiment d’invulnérabilité qui contribuent à construire l’image de « Héros » des Sapeurs-Pompiers » – (Rapport Pourny – Livre 1 – Page 15)
  5. « Cinq morts à Neuilly : le drame chez les pompiers […] Ils intervenaient sur un modeste feu de chambre » – (ladepeche.fr) ||| « Un octogénaire tue un groupe de pompiers sur l’A7 » – (nouvelobs.com)
  6. « 110 sapeurs-pompiers sont décédés entre 2005 et 2014 alors qu’ils étaient 182 sur la précédente décennie. Il peut ainsi être estimé que 72 vies ont été épargnées depuis la publication du rapport POURNY. » – (Evaluation du rapport Pourny 10 ans – page 1)
  7. Achetez l’ouvrage ici :
    1. http://books.openedition.org
    2. http://www.lcdpu.fr
    3. https://www.placedeslibraires.fr
    4. https://www.leslibraires.fr
    5. http://www.decitre.fr
    6. https://www.mollat.com
    7. https://www.amazon.fr
    8. https://www.amazon.com
  8. Histoire de la virilité – Tome 1 (Alain Corbin)
  9. http://www.carnegiehero.org
  10. L’abolition de l’esclavage – (NotaBene) – https://www.youtube.com/watch?v=d8CGP2ZrvsE
  11. « […] près d’un tiers des femmes enceintes ont eu des complications pendant leur grossesse. » – (sante.lefigaro.fr)
  12. « Comment des hommes ordinaires peuvent faire des choses extraordinaires » – Sous le feu – (Michel Goya)
  13. « […] ces actes qui sont l’objet de l’admiration et qui pourtant ne sont pas obligatoires […] Si nous admirons ce n´est pas à cause de leurs conséquences dont l´utilité est souvent douteuse. Un père de famille expose sa vie pour sauver un inconnu ; qui oserait dire que ce fût utile ? Ce que nous aimons, c´est le libre déploiement de force morale, quelle qu´en soient d´ailleurs les suites effectives. » – (Émile Durkheim)
  14. Backdraft – (Ron Howard – 1991)
  15. « Ce ne sont pas les travaux qui manquent, ce sont les acheteurs, les consommateurs ; et les consommateurs, les acheteurs manquent, parce qu’il n’y a plus de confiance, parce que les ouvriers, entraînés par de mauvais conseils, au lieu de reprendre le chemin de l’atelier, de la fabrique, parcourent nos rues en désordre, vont aux clubs, prêtent l’oreille aux doctrines pernicieuses, oublient leurs devoirs, leurs habitudes laborieuses. » – Au peuple, paroles de vérité – (Honoré Arnould)
  16. Commentaires sur La société du spectacle – (Guy Debord)
  17. « […] le sentiment de l’identité individuelle s’accentue et se diffuse lentement tout au long du 19ème et la récompense du secours courageux puise une part de son prestige à cette dynamique souterraine, au sein d’un ensemble de procédures qui tendent à renforcer le sentiment du moi » – La figure du sauveteur – (Alain Corbin, Frédéric Caille)
  18. FAST : Firefighter Assist and Search Team ; RIT : Rapid Intervention Team ; RIC : Rapid Intervention Crew ; RID : Rapid Intervention Dispatch ; PAFARI : Parcours d’Aisance au Franchissement sous ARI.
  19. Tapez les mots clés « Live Burn Mishap » dans le moteur de recherche Youtube.com



Soutien aux pompiers de Téhéran

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Depuis le Jeudi 19 janvier, 16 collègues ont été retrouvés morts sous les décombres du Plasco Building ! Les sapeurs-pompiers de Téhéran ont perdu en l’espace d´un clin-d’œil l’équivalent d’une garde entière.

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Cet accident était difficilement évitable étant donné que les fondations ont été fragilisées par l’explosion d´un entrepôt massif de bouteilles de gaz ! Les équipes d´attaques et de reconnaissances n´ont eu donc le temps ni de se replier ni de donner l´alerte.

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Bien évidemment, l’événement a attiré l´attention de la presse à spectacle durant les premiers jours, mais, noyé dans un flux d´informations sans fin, l´accident a été rapidement oublié !

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C’est donc de nombreuses familles de sapeurs-pompiers qui tombent dans l´oubli et qui se trouvent confrontées à la douleur. Cette douleur, est celle de ne plus revoir une personne avec qui, d´habitude, on vivait au quotidien…

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Quand un camarade meurt au feu, nous, sapeurs-pompiers, avons pour traditions de nous soutenir les uns les autres. Les corps de pompiers deviennent alors des contre-sociétés ou l’égoïsme et l’indifférence n´existent plus.

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Dans un monde de plus en plus déshumanisé réapprenons à être des humains intelligents et engagés. Ne consommons pas les catastrophes comme un spectacle et sachons soutenir nos frères et sœurs dans la difficulté.

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En collaboration avec le bureau de relations internationales de la ville de Téhéran, LePenserPompier.fr a décidé d´organiser une collecte de dons aux familles de victimes. Ces dons pourront être faits de diverses manières :

DONS EN ARGENT : la totalité de la somme récoltée sera directement répartie (sans intermédiaires) aux familles des morts au feu. En objet du don, écrivez « Firefighters Tehran ». Un reçu de don peut être envoyé à la demande.

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Par PAYPAL

ou par PIKARI

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DONS ARTISTIQUES : les œuvres en hommage au drame seront exposées à Téhéran. Elles peuvent être faites sous toutes les formes (images, films, musiques, etc.)

ENVOYER VOS ŒUVRES ICI : CONTACT

Cette action n´a rien à voir avec une œuvre humanitaire classique et n´est pas sponsorisée. C´est simplement une occasion de soutenir, penser, compatir, donner ici et maintenant. LePenserPompier.fr est le seul organisateur de cette action.

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Que les familles retrouvent la paix en voyant qu´un monde bienveillant existe encore. Un monde en dehors de tout bénéfice économique ou politique. Disons-leur « nous avons vu ; nous compatissons et nous vous tendons la main ».

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(Correction : Kaliopée)

 




Du matériel pour enregistrer et penser

 

LePenserPompier à maintenant à sa disposition du matériel d´enregistrement :

  • 2 petites caméras HD
  • 2 trépieds
  • 2 micros-cravates

Cet événement s’inscrit dans un projet de recherches toujours plus poussées sur les origines morales et donc historiques de notre fonction : d’où vient notre éthique, notre tradition ou encore notre manière de voir le monde ?

Pour que le pompier puisse penser librement il lui faut des bases solides et des connaissances approfondies de ce qu’est réellement sa fonction. Nous vous proposons donc une autre manière d’observer ayant pour but de ne plus chercher à « croire que » mais à s´informer, puis à comprendre

 

Allez, arrête ton baratin et raconte-nous ce que tu as en tête !

Notre objectif est d’aller régulièrement à la rencontre de diverses personnes (collègues, intellectuels, spécialistes, historiens, etc.) ayant un rôle dans la compréhension de notre mission : c´est en apprenant d´où nous venons que nous comprendrons ce que nous faisons ! Nous allons donc interviewer toutes ces personnes qui ont des choses à nous apprendre sur la fonction de sapeur-pompier (principalement), mais aussi sur les motivations humanitaires en général.

 

Des vidéos et des articles « Touchy »

Oula, ça pique ça, non ? Comme vous avez pu le remarquer, LePenserPompier.fr ne cherche pas à développer des sujets de forme, comme « le port de la barbe en service, pour ou contre ? » ou encore « le côté pratique de ta nouvelle sangle de sauvetage », qui ne sont au final que des thèmes périphériques et des symptômes d’un fonctionnement bien plus profond où les intérêts économiques, politiques ou éthiques jouent un rôle de premier plan.

Se demander « pourquoi » certains aspects de notre job restent incompréhensibles, c’est le but des vidéos et articles que nous voulons produire… Si vous avez sursauté en cachette devant votre écran, en lisant « La féminisation forcée du sapeur-pompier » (si si, cherche pas, on t’a vu !), attendez-vous à des otorragies à répétition en visionnant les documents que nous allons vous concocter ; tous les sujets les plus chauds seront abordés, décortiqués et étalés au grand jour : le rôle obscur des officiers, les vraies raisons des morts au feu ou encore les origines du courage sur intervention

Nous allons produire des vidéos d’entretiens auprès de personnalités diverses et variées, avec lesquelles nous mettrons à nu des sujets sensibles, et ce, tout en restant souple et détendu ! Il y a tant de connaissances qui sont compliquées d’accès, car présentées trop souvent de manière universitaire ou intellectuelle… L’objectif sera donc de casser cette barrière du « trop sérieux » et de parler de manière franche et claire, en allant droit au but.

 

Pourquoi nous soutenir ?

Tous les efforts que nous produisons, sont volontaires, non rémunérés (et ne le seront jamais) et comportent un temps de recherche très important… Bien sûr, tout cela, durant l’astreinte ou de repos… Entre l´inter et la manœuvre, c’est un temps considérable voué à au visionnage et à la lecture, qui est nécessaire pour la préparation des développements.

Le matériel récemment commandé a été acheté avec des moyens personnels et extrêmement limités. Il en est de même pour les frais de trajets et d´hébergement obligatoirement occasionnés par les entretiens filmés.

Pas de sponsor et bien évidemment, vu que les sujets dérangent, pas de média connu pour faire la promotion du site. Les seuls acteurs dans ce projet, c’est vous !

 

Comment nous aider ?

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Amorós en 10 minutes !

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Suite au dernier article : « D’Amorós le bienveillant, au CrossFit du capital », la fiche de résumé établie par rapport à l´encyclopédie „Nouveau Manuel Complet D´éducation Physique, Gymnastique Et Morale – Volume 1 et 2 » (Francisco Amorós) est mise à votre disposition ! Ce document .PDF est un résumé des passages que j´ai jugés pertinent d´extraire de l´œuvre.

Pourquoi mettre à disposition des extraits ?

L´encyclopédie faisant environ 800 pages de texte (sans illustration), il faut passer à travers un grand nombre d´informations pour accéder à l´idéologie de Francisco Amorós. En effet, l´ouvrage décrit de manière extrêmement précise la totalité des agrès et machines utilisés par le colonel ; il y a donc des centaines de pages de prises de mesures, de descriptions de matériaux, etc… Loin d´être inintéressantes, ces informations n´en restent pas moins pesantes.

J´ai donc essayé de rassembler les idées les plus percutantes de notre ami Francisco, afin d´exposer au mieux ses pensées.

E:\[ - Document - ]\D´Amorós „le bienveillant“, au CrossFit du capital\Fiche de lecture - Amorós\2.jpgEn quoi lire ces pensées peut être utile ?

La réflexion a besoin d´un socle : la pensée historique est indispensable à l´esprit qui se veut juste et perspicace. Les pensées d´Amorós sont tout d´abord simples à lire et à comprendre, même si écrite en ancien français. Elles nous permettent de comprendre comment d´autres hommes, qui occupaient dans la société des fonctions charnières, ressentaient, analysaient et pensaient leur environnement. Il est surprenant d´observer en lisant ces notes, à quel point les pensées d´antan pouvaient être semblables aux nôtres, plus moderne.

À qui peuvent servir ces notes ?

Cette fiche de résumé servira à tous ceux qui s´intéressent à l´entrainement et à l´amélioration des compétences physiques et morales de l´humain, notamment dans le cadre du secours à personnes. Les chargés d´entraînements, les Coach et même les responsables d´activités sportives quelconques auront tout intérêt à s´inspirer des idées du colonel Amorós pour renouveler leur conception de la réalité.

 

En espérant que ce document vous sera utile :

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D’Amorós « le bienveillant », au CrossFit du capital

H:\Eigene Dateien\D´Amorós „le bienveillant“, au CrossFit du capital\Maschinen.jpg Aujourd’hui, le sportif a la possibilité d’être assisté par des applications de type smartphone, il peut enregistrer ses performances sur une clé USB pour les faire analyser ensuite à l’aide de programmes de coaching sophistiqués : l’humain motivé par la machine. Si le sapeur-pompier dispose de moyens techniques avancés pour s’entraîner, il n’en est cependant pas moins coupé d’une conscience profonde de son propre corps, celle-ci ne pouvant s’acquérir qu’à travers la lecture de certains documents spécialisés.

L’homme s’est donc lassé du cloisonnement des disciplines sportives que chacun pratiquait selon ses besoins (la course, la musculation ou encore la natation) et a adopté comme dernière mode le Crossfit ; le fait d’être fort, endurant et flexible est soudain redevenu une priorité. C’est ainsi que l’on peut observer la capacité du fétichisme marchand à s’adapter aux besoins matériels infinis de l’homme-objet, en faisant pousser un peu partout des salles spécialisées dans l’entraînement généralisé.

H:\Eigene Dateien\D´Amorós „le bienveillant“, au CrossFit du capital\zumba.jpg C’est dans ces endroits que, pour un abonnement mensuel de cinquante à quatre-vingt euros, il vous sera possible de faire tous ensemble des tractions, des pompes et, accessoirement de jeter des médecine ball dans les airs. C’est dans ces camps de concentration marchands que les bovins consommateurs, forts et flexibles à la fois, viennent volontairement se rassembler pour profiter de leur propre aliénation, soumis à l’obligation de cette soi-disant nouveauté. Si notre client ne trouve pas son bonheur dans le fait de soulever dix fois en une minute son pneu de tracteur ou encore de sauter le plus haut possible sur des caisses empilées, il lui restera encore les infinies variantes que sont la zumba (version exotique de la gymnastique des fragiles Suédois), le boxing-workout, le body pump ou encore le boxing-pump-body-fitness en musique ! Malgré cela, s’il reste encore un nigaud qui n’a pas fait son choix dans cette formidable et généreuse grande surface de la gesticulation, on s’empressera de composer quelques séries de mouvements en y apposant des appellations encore plus originales, finissant ainsi de convaincre les derniers mécréants que la religion du sport capitaliste est la seule et vraie voie à suivre.

Dans ce chaos narcissique, le sapeur-pompier, soucieux d’entretenir ses compétences physiques pour sauver la victime agitant les bras au septième étage ou encore pour montrer, sur les plages et ailleurs, qu’un sauveteur se doit d’être costaud, a aussi tendance à s’adapter au marché de la consommation physique et de ses extensions extensibles. Notre brave collègue, probablement chargé des sports, aime à faire équiper son centre de secours des dernières machines, afin qu’il puisse, lui aussi, sur son lieu de travail connaître les joies de l’entraînement individuel en collectif qu’il savoure habituellement dans son club de fitness. Chacun peut ainsi avoir l’occasion, pendant sa garde, de s’entraîner dans son coin : un peu de vélo elliptique qui mesure en même temps le pouls, la tension et le taux de glycémie ; un peu de développé-couché sur le dernier modèle de banc à charges guidées, le tout bien enfermé dans sa bulle, écouteurs dans les oreilles, au rythme du dernier morceau de Booba remixé dubstep. C’est ainsi que chacun essaye de se construire le corps que les galeries marchandes du fitness beauty nous font rêver d’avoir.

Il est tellement triste de constater que nos centres de secours se transforment en magasin d’articles de sport, toujours prêt à recevoir la dernière machine ultra-moderne ou encore le dernier accessoire indispensable que personne n’utilisera. Comble de l’ironie, certaines salles d’entraînement deviennent carrément trop étroites pour stocker tout ce foutoir inutile, le matériel devenu obsolète étant parfois remisé jusque dans les couloirs. Plus l’humain s’approprie du matériel de sport, plus il s’entraîne seul et plus il s’entraîne seul, plus il doit combler le vide social par de nouveaux accessoires.

 C’est ainsi que nos entreprises de sauveteurs d’hommes deviennent peu à peu les victimes de valeurs marchandes que sont l’individualisme, l’accumulation ou encore la consommation addictive. Une question décisive se pose alors : comment un groupe d´individus pourrait-il incarner un exemple de cohésion face à la société alors qu’il est touché lui-même par le vice profond de l’individu-roi ? Si le sapeur-pompier tombe lui aussi dans ce système de consommation, comment pourrait-il prendre de la hauteur dans sa fonction ? Les intervenants oseraient-ils aller au feu sans matériel et sans tactique ? Mais de quoi le rédacteur de cet article nous parle-t-il ?

La morale est à la sécurité ce que la tenue de feu est à l’attaque par l’intérieur et nous allons l’expliquer.

Il est indispensable pour le sauveteur de s’armer moralement pour ne pas tomber dans les pièges qui l’amèneront, tôt ou tard, à l’irréparable. Ne nous méprenons pas, la quasi-totalité des accidents dont sont victimes les populations et sur lesquels nous intervenons, sont dues à ces mêmes causes : l’individualisme et l’ignorance.

Si le sapeur-pompier survit dans des situations où les victimes périssent, ce n’est pas grâce à la quantité démesurée de matériel que celui-ci traîne sur les interventions, mais bien grâce à ses compétences morales et physiques ; si certains en avaient douté, il leur suffit d’analyser impartialement et en profondeur les derniers accidents du feu des dix dernières années : était-ce réellement de la malchance ?

L’activité physique et morale du pompier fait partie des causes principales de sa survie en situation d’urgence. Elle est d’autant plus importante qu’elle est directement reliée à notre éthique. Mais qu’y a-t-il donc de révolutionnaire dans ces belles idées ? Absolument rien ! Deux cents ans avant notre engouement pour le Crossfit et la zumba tropicale, l’ami Francisco Amorós avait vu juste en terminant la rédaction d’une encyclopédie de huit cents pages, expliquant comment le physique et la morale devait se mettre au service du faible et de l’opprimé.

La gymnastique et la morale, par tonton Amorós

Allons bon ! Le rédacteur va maintenant nous raconter que la bonne fente avant et la galipette arrière bien exécutée vont devenir la solution à tous nos problèmes… Francisco Amorós, le père de la gymnastique française et l’investigateur de la condition physique chez les sapeurs-pompiers de Paris, avait une vision différente et surtout bien plus profonde de ce que nous appelons actuellement la gymnastique.

H:\Eigene Dateien\D´Amorós „le bienveillant“, au CrossFit du capital\climbing3.png Ce colonel d’origine espagnole consacra une vie entière à la compréhension de ce qu’on appelait « l’économie animale », c’est-à-dire le fonctionnement physique et morale de l’homme.

Ce qu’il entendait par gymnastique, était l’entraînement physique et moral, tous deux parfaitement indissociables, et ce, restreint à l’utilité la plus absolue pour venir en aide à son prochain. En clair, pas de fioritures ! Fini le développé-incliné assisté à la machine, qui enregistre les performances narcissiques, justes bonnes à se sentir un peu mieux dans sa peau ; finis les vélos elliptiques débiles qui mesurent la tension, la température et accessoirement le taux de cholestérol que l’on utilise en solitaire, enfermé dans le monde merveilleux du lecteur mp3. Ici, avec Amorós, on s’entraîne par et pour le groupe ! « Être fort, pour être utile » ne peut être atteint que dans la chaleur de l’entraînement collectif.

Dès les premières pages de son ouvrage, Francisco met les choses au clair :

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[…] la gymnastique scénique ou funambulique, nous ne pouvons-nous en occuper, puisque notre méthode s’arrête où le funambulisme commence, et celui-ci commence où l’utilité d’un exercice cesse, où le noble but de la gymnastique, qui est de faire du bien, est sacrifié au frivole plaisir d’amuser et de faire des tours de force.

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Pas le temps d’enfiler des collants, on n’est pas là pour se produire en spectacle ! Les efforts investis dans la gesticulation acrobatique représentent, pour le colonel Amorós, une perte de concentration inutile envers l’objectif historique et profond de la véritable gymnastique. A ces yeux, cette discipline est à la fois éducation, approfondissement de soi et thérapie ; elle est vibration qui maintien la vie. Il n’y a donc pas de place pour l’action infondée.

————————- (citation)

[…] je n’adopte aucun procédé qui ne soit utile au développement d’une faculté nécessaire […] je ne fais rien pour amuser les autres, et mon Gymnase ne sera jamais un spectacle…

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Et comme notre bon colonel s’exclame, en se paraphrasant lui-même : « nisi utile est quod facimus, stulta est gloria » ; si nos actions sont inutiles, la gloire en est vaine. Forcément, ici, on se situe à un niveau intellectuel autre que celui du tutoriel musculation de Tibo InShape sur Youtube ! C’est dans la profondeur de la réflexion que la gymnastique amorosienne prend tout son sens. L’activité physique devient alors le prolongement de l’âme, où chaque comportement corporel à  une origine, une signification et un but.

————————- (citation)

Un maître expérimenté, un observateur profond de l’homme, peut découvrir le caractère moral de ses élèves, les progrès qu’ils font dans l’acquisition des facultés qu’on veut leur donner, à la manière qu’ils ont de marcher, aux attitudes qu’ils prennent, aux gestes qu’ils font, et on parvient même à connaître s’ils raisonnent bien ou mal, selon le parti qu’ils prennent quand ils rencontrent un obstacle.

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Le chargé des sports ou encore le responsable d’entraînement ne font donc pas seulement acte de présence ; ils ne sont pas seulement là pour aider à l’exécution du mouvement ou encore pour éviter que ses élèves se blessent. Ils deviennent les piliers sur lesquels s’appuient l’acquisition d’une certaine liberté à travers le mouvement utile.

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[…] si vous voulez allez plus loin en éducation, faites-les penser, réfléchir, comparer, choisir et se décider promptement, et vous verrez alors que leurs têtes grandissent en même temps que leurs épaules.

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Pour Francisco Amorós, la bonté d’un individu doit fonder ses agissements, Il est donc déterminant de comprendre, selon lui, que l’entraînement n’existe que pour préserver la vie, Et si l’élève n’a pas les prédispositions requises pour la discipline, c’est à l’instructeur de trouver la voie pour l’encourager à cultiver sa force.

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La force est le premier soutien de la vie […] Un corps fort et robuste peut loger plus commodément une âme grande et forte qu’un corps faible et valétudinaire […] Ne nous contentons donc pas de cultiver un seul genre de nos forces ; exerçons-les toutes, car il y en a de plusieurs espèces, et nous trouverons dans la vie quelques circonstances pour les appliquer opportunément.

Tout en exerçant et en développant ces forces, ils acquerront d’autres moyens qui leur seront utiles, car ils apprendront à supporter la douleur et à la vaincre, ils augmenteront la résistance à la fatigue; et je tâcherai de ne pas abuser de leurs forces, de ne pas les énerver, en changeant la manière de les appliquer […] je tiendrai compte de tout; je cultiverai, j’encouragerai les dispositions heureuses, je ferai disparaître la faiblesse des autres; et si je trouve des quantités négatives, je les ferai remplacer par des forces positives.

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Le colonel Amorós va donc utiliser toutes les médiations pour cultiver la bonté et la force chez ses apprenants. Chaque particularité de l’entraînement est donc pensée, ajustée et remodelée à souhait, en fonction des besoins de ceux qui reçoivent son enseignement.

Le chant est automatiquement intégré à l’activité physique ; il a pour fonctions d’augmenter le volume d’air des poumons, d’améliorer l’endurance ainsi que la portée de la voix et de forger l’âme dans la bienveillance que fournissent les paroles des chants composés.

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Ce qui nous est transmis par le chant imprime en notre âme un caractère presque ineffaçable qu’il est utile de donner aux choses dont on veut maintenir la connaissance et prolonger le souvenir.

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Amorós ira même jusqu’à préconiser des chocs sur la cage thoracique pour augmenter les effets bénéfiques du chant.

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C:\Users\benfeghouc\AppData\Local\Microsoft\Windows\INetCache\Content.Word\reims.jpgLes percussions exercées sur la poitrine avec les poings durant les exercices des membres supérieurs, en communiquant un ébranlement rapide, une sorte de commotion au poumon, favorisent encore et rendent plus puissante l’action simultanée de la voix et du mouvement. Car il s’établit une espèce de lutte entre la dilatation des poumons, ou la puissance centrifuge, et la contraction de la poitrine par les coups qu’elle reçoit au moyen de la puissance centripète. Il résulte de ces percussions, que les muscles thoraciques sont fortifiés, que les parois de la poitrine deviennent plus solides, plus résistantes, que les organes respiratoires s’accoutument à supporter sans inconvénient des chocs multipliés que, chez les militaires surtout, ils sont exposés à recevoir.

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Il est tout de même intéressant d’évoquer le fait que l’utilisation du chant durant l’effort physique sera reprise en 1978 par les régisseurs de la gymnastique suédoise.

Nous remarquons donc qu’à cette époque (XVIIIème et XIXème siècle), l’activité physique n’avait que peu en commun avec le sport que nous pratiquons aujourd’hui. Le fait d’entraîner son corps avait pour but premier d’entraîner l’âme à être bonne. Le sport d’antan, comme l’entendait Francisco, n’avait de sens que dans la préservation du groupe et donc de la vie humaine ! Il exploite et décuple les forces de l’homme pour en faire un sauveur d’homme.

C’est d’ailleurs à l’apparition de la gymnastique en Allemagne, que prônait le Dr Jahn (der Turnvater), que le peuple prit conscience de l’importance de l’entraînement pour le sapeur-pompier. À travers l’exercice physique et la manœuvre régulière, les intervenants montrèrent une amélioration générale radicale des conditions d’intervention.

En 1846, le chef d’unité d’incendie de Durlach, Christian Hengst, décida de soumettre ses hommes à un entraînement intensif. Le personnel, constitué en majorité de gymnastes, ne cessa de répéter les actions utilisées régulièrement sur les lieux des interventions. À travers l’exercice, ils se rendirent compte qu’une action efficace ne nécessitait pas forcément beaucoup de moyens, mais une organisation précise des enchaînements de conduites à tenir, le tout soutenu par les forces physiques et morales des intervenants. Jusqu’alors, les incendies déclenchaient l’afflux massif de moyens humains sur les lieux du sinistre, pouvant s’élever jusqu’à deux cents intervenants, dans des délais dépassant parfois une heure et demi ; le contrôle des incendies pouvait, dans les cas les plus terribles, s’étaler sur plusieurs jours.

En 1847, le théâtre de Karlsruhe, alors ville voisine de Durlach, prit feu et l’unité d’incendie de Durlach fut détachée sur les lieux. Le sinistre fut contrôlé en moins de 4 heures, au moyen d’une quarantaine d’individus. L’action des hommes de Christian Hengst fut couverte d’un succès retentissant dans toute l’Allemagne ! Toute la presse diffusa leurs exploits et c’est un an plus tard que l’appellation « Feuerwehr » (corps de sapeur-pompiers), encore usité aujourd’hui, fut trouvée. C’est ainsi, au moment même où les intervenants et le peuple prirent conscience de l’importance de l’entraînement, que les unités d’incendie adoptèrent ce nom de « Feuerwehr », traduit littéralement par « lutte » ou « défense » contre le « feu ».

Bien avant le réveil sportif allemand, le colonel Amorós débouchait sur les conclusions suivantes :

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Tout récemment, le 5 mars 1828, un ouvrier ayant été enterré dans un puits qu’il faisait à Caen, à la suite d’un éboulement de terre, il ne put être sauvé, malgré tous les efforts que l’on fit pour le déterrer. Qui sait si un degré d’énergie de plus dans les travaux, et de résistance à la fatigue, n’aurait pas pu le sauver ? Qui sait si cette ardeur pour le bien, qui demande, comme toute autre chose à être cultivée, n’aurait pu multiplier les coups de pioche ou de pelle pour conserver cet homme à la société et à sa famille ?

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Chaque seconde gagnée compte ! Quelques entraînements supplémentaires peuvent faire en sorte que la victime soit sortie du sinistre à temps, ou pas. Cette notion se serait-elle éteinte au fil des décennies ? Quelles en seraient alors les causes ?

Alors j’entends déjà les professionnels de la gestion de l’effort nous dire que même en s’entraînant beaucoup, on n’est pas à l’abri d’un accident malencontreux. Ce sont les mêmes individus qui fument deux paquets de cigarettes par jours en justifiant que même s’ils arrêtaient de fumer, un camion pourrait très bien les renverser, demain, en traversant la rue. La question essentielle serait dans ce cas-là la suivante : quel type de société pouvons-nous construire avec ce type de raisonnement ? Doit-on leur prêter une quelconque attention ? Pourquoi pas… Ne décalons plus alors, de toute manière, il est possible que nous arrivions trop tard pour sauver les victimes et puis le feu s’éteint tout seul tôt ou tard !

À toutes ces jérémiades opportunistes lâchées par ces courageux fainéants, l’ami Francisco répond de la sorte :

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L’homme qui ne sait pas faire le bien pour le plaisir, pour le bonheur que l’on éprouve à le faire, est un être dégradé, corrompu, indigne de l’estime de ses semblables.

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Aussi, notre bon colonel est très clair et n’admet aucune exception dans ses propos :

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On a prétendu que les officiers peuvent être dispensés de suivre dans toute leur sévérité les exercices de la gymnastique élémentaire. […] De telles assertions sont tellement bizarres, que l’on s’étonne d’être obligé de les combattre. Et d’ailleurs, en supposant que deux degrés d’instruction gymnastique fussent possibles, on devrait encore réserver la méthode la plus sévère et la plus laborieuse pour les officiers ; car, destinés à donner l’exemple à l’armée, à guider les soldats, ils ont manifestement besoin de posséder au moins les qualités que l’on exige dans ceux-ci.

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Devant le sinistre, l’homme n’a pas de privilège, mais juste une seule et même fonction ; cette dernière demande le courage et les compétences nécessaires pour la remplir. Les intervenants, tous grades confondus, ne forment plus que le bras de la justice qui sauve l’opprimé des méfaits de la société humaine malfaisante.

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C’était ainsi que pensait le fameux maréchal Fabert. Il croyait qu’à la guerre il n’y avait aucune fonction avilissante. Quelques officiers du régiment des gardes-françaises trouvèrent mauvais que ce grand capitaine, au siège de Bapaume, s’occupât indifféremment des sapes, des mines, de l’artillerie, des machines, des ponts, et des autres travaux les plus pénibles ; ils chargèrent même un de ses amis de lui représenter qu’il avilissait sa dignité de capitaine aux gardes et d’officier général.

« Je suis très obligé à mes camarades du soin qu’ils prennent de mon honneur, répondit Fabert. Je voudrais cependant leur demander si le bien que m’a fait le Roi est une raison de diminuer le zèle que j’ai toujours eu pour son service. C’est la conduite que l’on me reproche qui m’a élevée aux grades dont je suis honoré. Je servirai toujours de même quand ce ne serait que par reconnaissance. Mais j’ose me flatter que ces travaux, que l’on trouve humiliants, me conduiront aux honneurs militaires les plus élevés. Tout bien considéré, le conseil de ces messieurs n’est bon que pour ceux qui veulent vieillir dans le régiment des gardes. »

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Les historiens de la connaissance partielle, encore une fois, diront que toutes ces idées humanistes n’étaient faites que pour motiver les soldat en les préparant à la guerre. Pour déclarer de telles choses, il fût été alors judicieux d’être attentif aux réflexions profondes d’Amorós.

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L’homme réellement vertueux, selon les principes de mon système d’éducation, sera celui qui, à l’amour du prochain, au désir de faire le bien, réunira le plus de moyens possibles de mettre en pratique ces vertus.

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Et c’est dans nombre de ses déclarations que le colonel tente par tous les moyens d’inspirer, dans le substrat de son enseignement, la détestation de la violence :

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[…] j’ai proposé comme un moyen de se retirer honorablement de la position fâcheuse où ceux qui insultent […] je lui réponds :

« Par la seule raison que vous m’imposer un ordre, que vous voulez m’obliger à faire un acte de votre volonté, que je dois m’y opposer. De quel droit prétendez-vous m’avilir au point de satisfaire à vos désirs, ou obéir à vos préceptes ? … Vous êtes un fou dont les exigences ne méritent point que je les écoute, ou bien vous êtes un homme indigne (s’il l’a été en effet), parce que vous avez fait telle ou telle bassesse ou infamie contre moi. Je ne puis croiser mes armes avec un être pareil, que je méprise de toute la force de mon âme…

Mais comme je connais les dispositions de la vôtre, comme je sais que celui qui a attaqué mon honneur en traître peut aussi attenter à mes jours en assassin, je suis prévenu que je puis vous trouver à chaque instant sur mes traces, et je serai toujours prêt à repousser la force par la force, et la violence par le droit naturel de me défendre.

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Ou encore un désaccord profond envers la guerre :

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O guerre ! O funeste métier des hommes ! Quand disparaîtras-tu pour toujours de la société humaine ! …. Ce mouvement de mon âme sort du philanthrope : mais le guerrier ne rougit pas de l’exprimer. En campagne, j’ai rempli mes tristes devoirs. Ici j’écris sur les actes de bienfaisance, et je me plais plus à les retracer.

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Ce type d’état d’esprit lui a d’ailleurs valu un nombre conséquent de conflits avec son employeur : le ministère des armées. Il refusa à plusieurs reprises la bêtise de l’organisation militaire et de ses concepts ; il fut alors, de toutes parts, faussement blâmé et expulsé des locaux qu’il occupait. Cependant, même ses plus fourbes détracteurs (particulièrement Napoléon Laisné) admirent la faute grave qu’ils avaient commise en lui fermant les portes de l’enseignement dans l’armée. Ils revinrent d’ailleurs sur leur décision disciplinaire en continuant à envoyer des élèves à Francisco Amorós.

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De Napoléon Laisné :

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M. Amorós sut toujours réprimer avec la plus grande énergie les exercices excentriques et dangereux. Ce gymnase était donc en pleine prospérité, lorsque l’administration de la guerre, fatiguée des exigences trop souvent renouvelées de M. Amorós, prit subitement le parti de faire disparaître cet établissement […] pas un seul exercice n’était exécuté du côté droit sans qu’il fût répété du côté gauche… […] on ne tarda pas à se convaincre que la suppression de ce gymnase laissait un vide considérable dans cet enseignement […]

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Car même dans la plus grande confusion morale, propre au milieu militaire, les résultats positifs de l’éducation morale et physique du colonel Amorós résonnaient et retentissaient au plus profond des cœurs.

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[…] les dix sapeurs-pompiers, envoyés au cours de M. Amorós, « ont acquis une agilité et une adresse surprenantes » […]

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On peut donc interpréter sans peur que le colonel Francisco Amorós était un soldat résistant à sa fonction professionnelle au profit de sa fonction humaine.

Réhabiliter l’éducation physique et morale

C:\Users\benfeghouc\AppData\Local\Microsoft\Windows\INetCache\Content.Word\young-smartphone-users.jpg Que nous est-il donc arrivé ? Comment avons-nous pu délaisser ou encore ignorer les valeurs que nous proposait Amorós pour nous adonner au sport individualiste, sans chaleur, sans vibration et sans saveur ?

Tout le monde ressent dans son entourage que le monde tourne mal. Chacun peut, sans pour autant l’expliquer, palper cette ambiance d’incompréhension et de déchéance humaine. La situation est d’ailleurs tellement flagrante, qu’il est impossible de la lier au fait que l’homme soit un adepte du « c’était mieux avant ».

C’est pour cela qu’il est aujourd’hui impossible de comprendre la crise actuelle sans ouvrir son champ de connaissances à la sociologie, l’anthropologie, l’histoire des guerres ou encore à la géopolitique. Pour résumer de manière extrêmement courte, les femmes et les hommes ont délaissé leur être pour se faire objet dans le marché de l’échange : marchandises, politique, religions, guerres, territoires, propriétés, etc… Toutes ces créations destructives ont régi depuis trop longtemps nos vies et les ont amenées à la prostration et à l’acceptation du fait que vivre autrement n’est pas possible.

Tout cela parce que nous ne voulons pas comprendre que les lois marchandes absorbent tout ce qu’il y de bon en l’humain pour le retourner contre lui.

La gymnastique amorosienne a été dépecée de son sens réel par le capital pour être abolie, puis réifiée avec les modalités nécessaires à la bonne consommation du produit. C’est ainsi qu’au fil des années, de plus en plus d’appareils modernes, confinés à l’assistance, remplissent les salles d’entraînement, où les moutons assoiffés de muscles normés s’empressent de faire la queue aux meilleurs machines qui leur permettront bientôt de devenir « énorme et sec ».

Cette grande aventure du muscle vide de sens, s’arrête pour beaucoup dans un cabinet de kinésithérapie ou encore d’ostéopathie, avec des problèmes graves, comme des dissociations, des défauts de coordination ou encore un délaissement total de certains groupes musculaires. Bien sûr, les autres sportifs, aux pratiques radicalement orientées, comme ces coureurs de fond névrosés aux vertèbres compressées ou encore ces cyclistes de l’extrême au dos tordus et aux scrotums aplatis ne font pas exception à la règle !

Toute activité physique extrême et pratiquée de manière unilatérale est forcément une pratique dénuée de morale, amenant, dans un nombre de cas conséquent, à la blessure irréversible.

L’humain, fin observateur dans les moments les plus sombres, pourra noter que le corps est un tout et que si la vie nous a formé de manière si complète et si harmonieuse, ce n’est probablement pas pour en spécialiser son utilisation.

Cette prise de conscience, étant une menace sérieuse pour le système de consommation sportif, fit réagir dans le milieu des affaires. Le consumérisme moderne, absorbant le bon pour le transformer en produit, saisit l’opportunité pour réifier la gymnastique qu’il avait abolie plusieurs siècles auparavant. Cette dernière ayant été vidée de sa substance éthique, puis oubliée, il fut relativement aisé pour le capitalisme marchand de la remettre au goût du jour. En effet, la morale du collectif de la gymnastique amorosienne, d’abord puissante antagoniste du principe de la marchandisation put ainsi ressurgir, fragmentée en entités individuelles, prête à la consommation. Le capital a ses propres besoins, à commencer par la nécessité de pouvoir disposer d’individus atomisés, séparés de l’action subversive du groupe pour les affaiblir, les soumettre à l’achat et ainsi combler le manque social.

C’est pour cela que Francisco Amorós, mit au point une méthode basée sur la nature sociale de l’homme. Une grande partie des entraînements, même parmi les plus complexes, ne demandant que peu de moyens et un certain nombre d’agrès pouvait être fabriquée par le groupe ! Comment ça ? Un sport qui ne fait pas consommer et qui développe les liens sociaux ?

C’est alors que les sciences de la consommation infinie sortent leur shaker magique et nous concoctent un délicieux cocktail de nouveaux produits prêts à l’achat : l’entraînement croisé ou le Crossfit, mélanges de différentes activités physiques et sportives préexistantes. On prend de multiples activités narcissiques pour n’en faire qu’une seule et même dominante. Produit forcément américain, donc obligatoirement cool, le Crossfit est tout naturellement hyper médiatisé par Reebok, à grand coup de vidéos en slow-motion, tout ça sur fond musical épique signé « Two Step From Hell » : là, on est bien ! Toi aussi deviens le meilleur crossfiteur avec la tenue et le matériel approprié. Dans le cas contraire, paye ton abonnement mensuel à quatre-vingt euros.

C’est dans ce méli-mélo consumériste organisé que le matériel s’entasse dans les salles de sports de nos centres de secours. La grande majorité de nos fournitures sportives est basée sur la performance individuelle. Sinon, il y a le foot et ses séances de joies anarchiques, où chacun essaye de briller plus que l’autre ; tout le monde joue « pour le plaisir », mais d’abord pour son plaisir personnel.

Les corps constitués de terrain, au contact de la population, comme les sapeurs-pompiers, ont une absolue nécessité de favoriser une condition physique utile ; elle est le moyen primordial qui mène à la réelle possibilité de protéger. C’est pourquoi il est important et même urgent pour les responsables des programmes d’entraînement, de retourner aux sources en faisant radicalement référence à l´intervention.

De quelle manière pourrait-on donner une définition pratique des unités d’incendie ? C’est un groupe d’individus entraînés à surmonter la réalité des dangers par lesquels d’autres individus sont menacés. Lorsqu’ils sont appelés, ils deviennent alors l’ultime recours, aucune unité plus compétente ne viendra prendre le relais en cas d’échec ! Pour remplir cette dernière au plus proche de la perfection, les sapeurs-pompiers doivent maîtriser la tactique, la technique et être pourvu d’une force morale bienveillante. La condition physique est alors une composante élémentaire, donc indissociable de ces trois piliers.

Ceci étant clair, il serait donc cohérent de repenser notre manière de nous entraîner physiquement. En dehors de la manœuvre, la condition physique doit s’adapter aux besoins, non pas des intervenants, mais des victimes et s’y cantonner ! Les entraînements des sapeurs-pompiers doivent être pensés au regard de nos trois piliers : chaque activité sportive doit être organisée et mise en place dans le but d’entretenir et d’améliorer les valeurs composant la tactique, la technique et la morale. La communication, l’endurance, la réactivité, la cohésion, la mesure, la dextérité, la bienveillance ou encore la sécurité sont aussi des notions à approfondir.

Les séances d’entraînement physique doivent être ludiques :

————————- (citation)

[…] il faut amuser les élèves et leur rendre agréables les études, si on veut qu’ils apprennent… Ma méthode ne pouvait donc méconnaître ces principes : elle les suit, elle les pratique, et je déclare que j’ai adopté un nombre d’exercices par la raison qu’ils amusent les jeunes gens aussi bien que les hommes, en même temps qu’ils produisent un résultat positif et avantageux […]

[…] on peut tirer un grand parti de tous les jeux de l’enfance, de toutes les récréations qu’on lui donne, si on veut y penser.

————————-

Inventives aussi :

————————- (citation)

[…] le but principal de la gymnastique est de faire du bien, en donnant des secours à tous ceux qui peuvent en avoir besoin. Les blessés, ceux qui se noient, ceux qui sont exposés aux dangers d’un incendie, et à tant d’autres si fréquents dans la vie, peuvent avoir besoin de votre assistance, et vous devez être disposés à la donner avec adresse et opportunité.

————————-

Tout cela signifie-t-il que nous devons détester les différentes activités sportives nous étant proposées actuellement, comme le Crossfit, le football, la course à pied ou encore la musculation ? Le lecteur attentif et intelligent aura ici bien compris qu’il ne s’agit pas de renier notre évolution, mais de comprendre et d’accepter que l’on s’est trompé quant à la voie à emprunter.

Les unités d’incendie connaissent actuellement une crise morale, il suffit de lire nos contemporains et surtout d’aller aux nouvelles dans divers départements et régions, que ce soit en France, en Allemagne ou ailleurs. Cette crise humaine au sein de nos centres de secours, est tout ce qu’il y a de plus normal ; elle n’est que la conséquence de l’évolution de l’homme au milieu du fétichisme de la marchandise ! Le sapeur-pompier étant un humain avant tout, il est alors logique que celui-ci soit touché par l’ambiance de son environnement, il subit au même titre que la population, les douleurs que l’oligarchie capitaliste lui inflige.

C’est dans un monde en souffrance que les corps de sapeurs-pompiers doivent saisir cette chance. Cette chance d’être les premiers à réellement montrer l’exemple. Les services d’incendies et de secours doivent sortir du sommeil profond dans lequel la politique les a plongés. Les intervenants des corps constitués de terrain doivent absolument saisir cette occasion d’initier une contre-société, en chassant de nos habitudes cette inclinaison à la possession : cette mentalité qui nous pousse constamment à consommer et à nous isoler dans le matérialisme.

Des propositions concrètes

Observons de nouveau les tâches que nous accomplissons, analysons-les et trouvons le moyen de reconstituer l’effort physique et moral requis.

Prenons comme exemple le dégagement d’urgence d’une victime retrouvée inconsciente dans les fumées : il faudra soulever la personne et la tracter jusqu’à la sortie la plus proche, tout cela probablement dans un environnement chaud, avec le poids du matériel transporté (ARI, tuyaux, etc.) … Les efforts principaux utilisés sont la flexion des membres inférieurs, la marche à reculons et la traction des membres supérieurs. Il est donc alors relativement simple de transposer ces trois efforts spécifiques : le soulevé de terre, la traction de pneus posés sur le sol, ou encore la marche à reculons sur parcours accidentés, seront très certainement des pistes à explorer. Le poids du matériel peut être simulé par des gilets lestés, l’accoutumance à la chaleur par le sauna. Impossible d’organiser des séances de sauna dans nos centres de secours ? Demandez donc aux pompiers finlandais !

Tout dépend de la volonté, de l’imagination et de l’engagement que nous avons pour organiser les entraînements de demain. Et le foot alors ? Bien évidemment, cette discipline, comme beaucoup d’autres sports d’équipe, peut être repensée pour développer les qualités tactiques d’un groupe. C’est en réorganisant les règles et en les remodelant que les parties de football peuvent se transformer en véritables séances de communication : par exemple, en interdisant l’usage de la parole ou les tirs au but derrière la ligne des cinq mètres, on obtient des résultats intéressants et surtout inattendus. Bien évidemment, il ne s’agit pas là de se décourager dès le premier essai si « ça marche pas », il faut essayer plusieurs fois, combiner les résultats, rechanger les règles, etc…

Les deux exemples précédents démontrent très clairement que la marche à suivre est simple et relativement bon marché. L’important est que l’activité physique du sapeur-pompier prenne en compte son corps et son esprit. Le sauveteur est un humain, qui lui-même est un tout !

————————- (citation)

Cette réunion du physique et du moral de nos actions est naturelle, simple et nécessaire ; j’ai donc bien fait de ne pas les séparer, de prendre l’homme tel qu’il est, et de le conduire par la route des bons sentiments et des bonnes actions à l’accomplissement de ses devoirs.

————————-

L’entraînement du sauveteur doit donc prendre en compte la nature humaine dans son ensemble et donc être complet, car durant les instants critiques auxquels il sera confronté en intervention, il devra alors pouvoir compter sur un maximum de capacités pour agir en équipe.

 La fin du monde capitaliste n’a jamais été aussi proche, les crises financières à répétition, les guerres et les attentats, la perte quasi-totale des valeurs humaines ou encore l’individualisme omniprésent en sont les preuves irréfutables et perceptibles par tous ! Celui qui est aujourd’hui convaincu du contraire vit malheureusement trop profondément dans la prison virtuelle de la marchandise.

C’est dans ce chaos généralisé que les services d’incendie et de secours, ainsi que tous les autres corps constitués ayant pour fonction première de protéger le peuple, ont tout à gagner en ré-éduquant leur condition physique par la morale et en érigeant une contre-société par l’entraînement éthique.

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Rédaction : Christophe Benfeghoul

Excellente correction : Denis Clouet




La féminisation forcée du sapeur-pompier

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Si le titre de cet article pourrait en choquer plus d´un(e), le sujet, lui, reste une source profonde d´incompréhension pour nombre de sapeurs-pompiers ; on se questionne, on s´énerve, puis on ne cherche plus à comprendre, car de toute façon « on ne pourra rien y changer » … Il n´est pas question ici d´une épuration de la profession ou encore de jeter les femmes dehors, mais bien de chercher à comprendre la problématique à rebours de la pensée dominante. L´objectif est donc de rassembler des faits, qui ne vous sont naturellement pas rapportés dans les médias officiels, qui feront probablement voir la face cachée de la féminisation de notre fonction. En effet, on entend et lit de toute part qu´il n´y a « pas assez de femmes » dans tel ou tel secteur. Il est donc légitime de se poser certaines questions et l´une des premières serait, en reprenant la fougueuse Élisabeth Lévy, « s´il n´y a pas assez de, il y a trop de quoi ? »

Depuis la fin des années 70, le statut social et professionnel de la femme a radicalement évolué ; les révolutions de mai 1968 ont fait germer sa libération et ont fait changer le fonctionnement des sociétés. En une quarantaine d´années, les femmes ont investi la quasi-totalité des secteurs professionnels. Une policière qui contrôle vos papiers, une politicienne qui amende vos lois ou encore une « pompière » qui court avec ses tuyaux pour éteindre votre appartement en feu, toutes ces situations ont été adoptées par l´inconscient collectif et admises comme des possibilités normales.

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Depuis maintenant douze ans, je tente de comprendre mon environnement professionnel ; j´essaye d´appréhender nos comportements, aussi bien dans le cœur de l´action, qu´au centre de secours. L´analyse constante dans le milieu du sapeur-pompier est d´une importance capitale : dans notre métier, plus on comprend, plus on sauve ! La vie et la mort sont au cœur de la grande majorité de nos interventions ; il suffit de lire l´ensemble des rapports d´accident (Atemschutzunfaelle.de) pour se rendre compte qu´une situation sous contrôle ou à faibles risques peut rapidement dégénérer et amener à la mort et ce, que ce soit sur le trajet d´intervention (1) ou bien encore durant la phase de déblaiement (2). C´est notre analyse de la sécurité, de la cohésion, de l´organisation des manœuvres, des accidents en intervention ou encore des comportements de groupe qui sera décisive au moment où la situation dégénère…

Il servirait peu à un chef de garde d´être le meilleur en tactique s´il ne comprend pas la qualité du groupe de personnels qu´il a sous ses ordres. Il serait presque tout aussi inutile pour un personnel du rang de connaître ses techniques sur le bout des doigts s´il ne se positionne pas dans une vision d´ensemble : plus nous analysons, plus nous comprenons. Plus nous comprenons, plus nous sauvons ! Simple n´est-ce pas ?

Rechercher et comprendre :

Après avoir fait des recherches approfondies sur l´évolution historique des sapeurs-pompiers (France/Allemagne), j´ai pu comprendre de nombreuses nouvelles notions et aborder sous un angle complètement différent ma fonction. J´ai pu observer à quel point les enjeux politiques et géopolitiques influaient sur le fonctionnement des corps constitués… Cette observation peut paraître ridicule et ennuyeuse pour quelqu´un d´un tant soit peu cultivé ; cependant, en travaillant dans le milieu de l´humanitaire, on peut avoir parfois l´impression que notre objectif suprême (protéger la vie) est hors d´atteinte de la terreur marchande, ce qui est absolument faux ! L´histoire de la lutte contre les incendies nous le montre très clairement : les sapeurs-pompiers n’ont absolument pas de libre arbitre dans leur développement ; ils sont le reflet direct du système politique en place.

C´est alors que je mis le doigt sur un sujet qui me touchât particulièrement : la féminisation de la société et, par extension, de la fonction de sapeur-pompier. Ce thème me paraissait être un levier de compréhension majeur de l´influence de l´oligarchie dominante sur notre milieu. J´ai donc orienté mes recherches sur l´évolution de la condition des femmes dans la lutte contre l´incendie, plus précisément en France et en Allemagne. Ayant aussi un important nombre de contacts avec des collègues d´autres pays (Italie, Espagne, Angleterre, Écosse, Belgique, Hollande, Pologne, Chili, Argentine ou encore Canada), j´ai pu obtenir des informations supplémentaires intéressantes.

Un nombre conséquent de retours d’expériences est venu corroborer ces connaissances, aussi bien sur intervention, en formation que dans le quotidien des centres de secours.

Des études et des articles partiaux :

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En recherchant et lisant les études et divers textes traitant le sujet, on réalise à quel point les rédacteurs et chercheurs prennent parti (4) ; en grande majorité, ils soutiennent une vision féministe de l´organisation des secours. À leurs yeux et selon leurs informations, les femmes ont globalement les mêmes compétences que les hommes et ont donc la capacité de remplir exactement les mêmes tâches que lui. Dans le cas où une parité totale n´existe pas au sein d´un centre de secours, il y a, selon eux, une stigmatisation et un rejet de la femme, et ce, à travers ce qu´ils appellent des mécanismes de défense d´une certaine oligarchie masculine.

Néanmoins, en regardant de plus près, le profil des rédacteurs ou rédactrices de ces textes et quand on lit la liste de leurs publications, on remarque souvent leur penchant pour le féminisme et l´égalitarisme (5). Ils font très souvent preuve d´un sophisme désolant où ils abordent quelques commentaires, un fait ou encore une situation pour en faire ressortir un fait sociologique général :

« Ils n’aiment pas les femmes chez les pompiers. Ils m’ont dit dès le départ que ce ne serait pas facile. » Avant même de se présenter, elles sont déjà stigmatisées.

À partir de quelques aveux, récupérés même parfois par des élèves en cours de cursus, ils établissent des généralités leur permettant d´écrire des formules du type « les hommes sont » ou encore « les femmes subissent ». Des statistiques établies à la hâte, souvent à l´aide d´informations qui se voudraient exhaustives mais ne le sont pas ; ceci a d´ailleurs été relevé par certains sociologues, comme Romain Pudal (*1), qui, ayant un pied dans le milieu, ont appris au fil des années à relativiser et à approfondir les interprétations pouvant être faites à propos de certains comportements un peu bruts. La tournure des comptes rendus, faits par ces étudiants non titularisés, est très clairement orientée vers une lutte pour l´assimilation forcée des femmes dans la totalité des milieux professionnels et surtout des fonctions les composant.

Ces « sociologues » qui vivent dans un autre monde :

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Très rapidement, on peut observer qu´une grande partie des rédacteurs (rédactrices) et chercheurs (chercheuses) n´ont que peu, voire pas du tout d´expérience avec le terrain des sapeurs-pompiers. À part Anthony Salgado (6) qui en 2014 publie son mémoire sur le sujet (« La place des femmes chez les sapeurs-pompiers de l’Aube ») tout en étant depuis six ans volontaire dans l´agglomération de Troyes, les auteurs d´analyses sont bien souvent extérieurs à la profession et ne connaissent le quotidien d´un centre de secours qu´à travers ce qu´on leur rapporte…

Nous avons donc souvent des recherches faites dans le cadre de cursus universitaires, quand elles ne sont pas produites par des organismes clairement engagés dans lutte pour la parité et l´égalitarisme. Une question se pose, alors ici : qu´elle fut donc la motivation principale de ces étudiants visiblement intéressés par le sujet ? Cette question me ramène à une discussion avec un étudiant à propos de son mémoire d´histoire ; celui-ci me racontait son hésitation entre deux thèmes : la guerre de Sécession et les révolutions sociales espagnoles. Je lui demandai alors ce qui l´intéressait dans les deux sujets, ce à quoi il me répondit : « rien de spécial… Mais la guerre de Sécession m´a l´air plutôt cool ».

Comment peut-on espérer de l´impartialité et du sérieux dans l´analyse d´un sujet aussi sensible de la part d´individus qui n´ont ni de connaissance du milieu, ni de réelles motivations morales pour le thème traité ? « La domestication universitaire qui interdit d’appréhender toute dimension de véritable spiritualité » (7) serait-elle en mesure de nous délivrer un travail authentique sur un sujet qu´elle ne connaît que de l´extérieur ? La féminisation des corps de sapeurs-pompiers n´a rien de « cool » ou d´ « intéressant » ; elle est une réalité complexe à étudier de manière impartiale, car elle a des conséquences importantes sur le fonctionnement et la qualité des secours.

Afin de tendre au maximum vers l´honnêteté, l´article à été soumis à Sylvain Durain, auteur entre autres du livre « le sang du père » (éditions Cinequaprod), réalisateur s’étant frotté au monde universitaire :

« Décidément tous les sujets se rejoignent dans notre beau pays des « lumières ». Lire le constat établi sur les conditions de l’intégration forcée des femmes chez les pompiers amène aux mêmes questions et aux mêmes remarques que bien d’autres sujets : la déconnexion des élites d’avec le terrain, et en amont la méconnaissance du réel par l’oligarchie. Toujours la même musique. 

En effet, le principe même de l’université comporte dans ses fondements un aspect qui le sert à l’intérieur et le dessert à l’extérieur. Un rythme bien spécifique. C’est celui de la volonté de s’extraire des contingences basses, du réel et de l’action immédiate.

Il y a bien une histoire du génie universitaire en France, d’où sortaient il y a un peu plus d’un siècle les esprits les plus brillants de notre pays. Ces esprits, pour se développer, ont non seulement besoin de recevoir les meilleures humanités de la part de professeurs compétents, mais aussi de se voir couper du monde qui les entoure pour se concentrer sur la théorie d’abord, viennent normalement en dehors des murs les pratiques qui l’accompagnent. Un petit rappel historique sonnera sournoisement à vos oreilles puisque les premières universités (Paris au VIIIé siècle) étaient interdites aux femmes. Comble de l’ironie !

Pourquoi cette « bêtise » ? La réponse est bien entendu dans le paragraphe précédent. Bêtise il y a car les conditions de la grandeur universitaire n’y sont plus réunies. Qui sont les professeurs ? Pourquoi sont-ils professeurs ? Quelles formations ont-ils reçues ? Qui sont les étudiants ? Pourquoi entrent-ils à la faculté ?

L’objectif surréaliste et contre productif de la gauche depuis les années 80 qui rêvait d’une France à 90% de bacheliers et 90% de licenciés de la fac (pour former les licenciés de demain?) a été le cheval de Troie de l’incurie contemporaine. Pour qu’une génération entière s’accorde à ces volontés du pouvoir, il faut tout simplement « baisser le niveau », à commencer par la tête. Pour tuer le père français moyen, on a coupé la tête du Roi. Rien de nouveau sous le soleil.

Nous nous retrouvons aujourd’hui avec des directeurs d’écoles qui sortent tous de la pensée dominante : antiraciste, féministe, immigrationniste, très souvent francs-maçons et qui refusent le débat contradictoire tout en prônant la tolérance et l’ouverture. Les étudiants le comprennent bien. Faîtes une thèse sur la place des femmes réfugiées qui ont dû fuir l’Allemagne nazie et vous obtiendrez un futur poste. Une thèse sur la place du Père dans la société ? Attendez-vous à des réprimandes et des bâtons dans les roues. Soyez Européiste, humaniste et contre l’oppression « patriarcale archaïque venue des siècles d’ignorance religieuse », votre avenir est tout tracé.

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Vous comprenez donc pourquoi les étudiants se bornent à choisir des sujets « cools » ou « intéressants », personne n’a éveillé en eux l’esprit critique, la liberté de pensée réellement par soi-même. Quand la subversion se résume au Petit Journal de Canal +, quand vous obtenez vote licence sans avoir lu le tiers de la bibliographie conseillée. Quel avenir ? Quelle harmonie ?

Plus rien, vous avez raison, n’est à attendre du monde universitaire, pas parce que c’est l’université, mais parce qu’il y règne désormais les agents de la musique moderne. Et qu’est-ce qu’un Mozart sans liberté ?

Les bâtisseurs de la chrétienté européenne (et avant tout française) ont vu leurs institutions perdurer dans la stabilité par la hauteur d’âme, non pas une politique du chiffre et une idéologie à son service. Le rayonnement des centres culturels que furent les monastères au Moyen-Âge n’étaient pas des lieux de perdition en discutaillerie mais d’abord des « ateliers où se forgeaient les âmes des saints, où l’on apprenait la prière, la charité fraternelle, l’humilité, l’exemple des vertus communautaires et où le savoir était tout tourné vers la contemplation. » (Dom Gérard Demain la Chrétienté) »

Quand Pfefferkorn met son grain de sel :

C´est alors que le professeur d´université, Rolland Pfefferkorn, membre du CNRS, décide de comprendre pourquoi il n´y a pas beaucoup de femmes chez les pompiers, ou plutôt de démontrer ô combien les méchants machos de la caserne veulent les mettre à la porte à travers de perfides traditions sexistes et des grivoiseries bon marché.

Rolland enfile donc sa cape de défenseur de la femme et de l´opprimé, puis part à la conquête sociologique du monde inconnu (en tout cas pour lui) de la lutte contre les incendies. En tant que chercheur aguerri, le professeur Pfefferkorn organise des recherches de manière drastique et judicieuse en envoyant ses fidèles élèves- écuyer en cours de cursus universitaire, afin de recueillir la parole blasphématoire des méchants machos myosines en tenue de feu.

Les entretiens ont été réalisés pour l’essentiel en Alsace et en Lorraine. Quatorze entretiens substantiels ont pu être exploités.

Quatorze témoignages ! Nous pourrions rappeler à Rolland que l´Alsace compte plus de 3000 effectifs et qu´en France pratiquent quelques 246.900 sapeurs-pompiers… Ces quelques interviews justifient-elles le titre du document, « des femmes chez LES sapeurs-pompiers » ? Peut-être que l´intitulé « Le quotidien de cinq femmes chez les pompiers du SDIS 68 » aurait été plus adapté. Mais au diable les procédés scientifiques (8) ! À la poubelle l´honnêteté intellectuelle ! Et c´est parti, on fait des « statistiques » nationales avec une vingtaine de propos ; on interprète ; on rédige et on emballe le paquet cadeau avec un titre généralisant… C´est tout ! Pourquoi s´embêter ?

Plus sérieusement, tentons d´observer et de commenter quelques passages de ladite « recherche » :

Si ces corps se sont progressivement ouverts depuis trente ans, ils ne sont pas devenus pour autant des univers « mixtes ».

Cette déclaration est fausse et ce, peu importe que le terme soit entre guillemets ou non ; depuis que Françoise Mabille a été intégrée en 1976, les corps de pompiers sont devenus des univers mixtes.

« MIXTE, adj. et subst. masc. [En parlant de groupes humains, de collectivités] 1. Qui comprend ou qui concerne des personnes de catégories, d’origines ou de formations différentes. » (Le Trésor de la Langue Française Informatisé)

Mixte ne signifie en aucun cas le fait qu´il y ait une parité.

Sur le plan quantitatif, la part des femmes dans les corps de sapeurs-pompiers professionnels reste donc particulièrement faible au regard des chiffres observés dans l’armée ou la police.

Nous aurions pu aussi dire en complément de ces informations cruciales, qu´il en est de même, en comparaison avec d´autres corps de métier comme la restauration, la politique ou encore le tourisme, où la parité est plus importante que dans les services d´incendie et de secours… Néanmoins, est-il nécessaire de faire cette comparaison ? La citation tient plus du sophisme que du renseignement utile : dire des vérités pour ne rien expliquer. Les trois corps de métier (police, armée, sapeurs-pompiers) sont presque complètement différents. Les formations et les tâches sont très distinctes. Même au sein de ses corps, les différentes sections et services requièrent des compétences qui sont parfois à l´opposé les unes des autres. Ce type de réalité ne sert qu´à meubler une argumentation fragile et immobilise la réflexion.

Face à la lente féminisation de leur profession, les hommes sapeurs-pompiers mettent en œuvre diverses pratiques individuelles et collectives de défense qui toutes visent à rejeter les femmes […]

Ici, il est question d´une vue de l´esprit quasi complète de la part du rédacteur ; en aucun cas il n´est possible d´affirmer qu´une personne se « défend » et « rejette » sans avoir au préalable réalisé de nombreux entretiens avec celle-ci, visant à reconnaître et à analyser son état psychologique. Dire d´un groupe qu´il « met en œuvre des pratiques de défenses visant à rejeter » quelqu´un, impliquerait le fait d´avoir affecté à chaque « patient » un psychologue attitré, et ce, durant plusieurs mois afin d´analyser leurs motivations. Les résultats finaux auraient été interprétés par divers spécialistes extérieurs aux entretiens… Cependant, ici, les spécialistes en psychologie analytiques sont remplacés par des étudiants attendant une jolie note leur permettant d´être admis à l´année suivante.

Elles ont fréquemment à faire face à une hostilité ouverte qui se manifeste souvent collectivement, car elles sont loin d’être acceptées par tous leurs collègues.

Plus loin nous pouvons lire encore :

Elles seront jaugées, évaluées, « testées », aussi bien sur le plan mental que physique.

Et enfin :

Il semblerait qu’une femme, peu importe sa place dans la hiérarchie, doive s’imposer dès le départ.

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Souhaitons tous la bienvenue à notre cher professeur dans la réalité sociale d´un groupe d´intervention ! Un jeune sapeur-pompier sera lui aussi testé continuellement. Les nouveaux arrivants sont dans un premier temps évalués pour sonder leurs capacités à sauver ! C´est le prix de la vie humaine : un test constant des compétences générales à communiquer, côtoyer, à soutenir, à protéger et encore une fois à sauver (la victime ou le sauveteur). Dans tous les cas, un sapeur-pompier étant conscient de sa fonction évalue ses collègues et s´évalue lui-même tout le long de sa carrière.

Dans un second temps, le test permet aussi à l´arrivant de s´intégrer ou non à l´équipe. Les « rites d´initiation » chez les sapeurs-pompiers et notamment dans les corps constitués voués à l´intervention, ont une fonction décisive dans la reconnaissance de la capacité au nouveau venu à « tenir le coup » (*2). Bien évidemment, il ou elle sera testé(e) en fonction de ses « forces » et ses « faiblesses » : un(e) jeune ayant une appréhension du vide sera probablement mis(e) à l´épreuve régulièrement sur des échelles, ainsi qu´un(e) autre qui aura des difficultés sportives, sera forcément très assidûment sollicité(e) en activité physique par ses collègues… Il ne s’agit que de mises en œuvre visant à préserver un groupe qui a pour fonction de préserver la vie, et ce, car cette dernière en vaut bien la chandelle… Nous sommes donc encore une fois en dehors d´un complot contre les femmes. Une véritable étude sociologique n´aurait pas fait de tels raccourcis avec si peu d´éléments « substantiels ».

« SOCIOLOGIE, subst. fém. Science des faits sociaux humains (considérés comme un objet d’étude spécifique), des groupes sociaux en tant que réalité distincte de la somme des individus qui les composent. » (Le Trésor de la Langue Française Informatisé)

Les citations commentées précédemment sont une synthèse facilement saisissable du contenu global de la recherche du professeur Pfefferkorn et en général des études sur la présence des femmes dans différents milieux. Son analyse des entretiens apparaît comme une caricature grotesque du macho primitif sans cerveau. Il ne manque pas de mettre en exergue à travers les commentaires puérils l´attitude compulsive du mâle, sans même chercher à comprendre le cheminement intellectuel (simpliste ou non) effectué par l´auditionné pour en arriver à cette conclusion. En effet, il est simple de faire passer des hommes qui réagissent à chaud sur un sujet sensible pour des rustres, étant donné que langage à l´instant « T » est probablement sous l´influence d´une forte émotion qui sort des tripes. Il clair que, dans un moment comme celui-ci, l´interrogé tentera probablement de donner une réponse authentique avec une manière de s´exprimer qui lui est propre…

Même quand les avis semblent se détacher de la pulsion, Rolland Pfefferkorn n´hésite pas à discréditer la tentative de réflexion du tiers interrogé en retranscrivant les interjections, les hésitations et les fautes de langage, ce qui bien évidemment influencera le lecteur et augmentera les chances que la personne interrogée passe pour un illettré :

« Donc déjà là ça ne colle pas, hein ? »

« Elles ont… elles ont leur quartier en gros. »

« C’est tout le monde pareil quoi. »

« Hein ! »

« Il y a toujours du cul, quoi. En fait, il ne faut pas l’oublier ça. »

« Niveau sexe, quoi, [il siffle], on est focalisé là-dessus. »

« Ben hop, c’est parti ! »

« Ben d’accord. »

« On se demande qui c’est qui est le plus cochon. »

« Oh non ! Non, non. Ça, c’est… ce n’est rien de bon. »

« C’est vrai qu’on a plus à… qu’on a pas mal à apprendre d’elles. »

Etc.

Le ton employé par le rédacteur est toujours le même et la rythmique de la dialectique, constamment soutenue par l´emploi redondant de termes utilisés par les féministes : « stéréotype », « discrimination » ou encore « macho » … Il parait alors important de tenter de comprendre le poids de ces mots et des préjugés qu´ils développent.

STÉRÉOTYPE, subst. masc. PSYCHOL., SOCIOL. Idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique, par une personne ou un groupe, et qui détermine, à un degré plus ou moins élevé, ses manières de penser, de sentir et d’agir.

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Pour confirmer la présence d´un stéréotype, il fait donc confirmer que la personne auditionnée ne produit pas de réflexion sur ledit sujet ; si, par exemple, un pompier estime que la présence féminine peut être dangereuse dans des situations d´interventions « mouvementées » et qu´il se base sur plusieurs expériences de terrain personnelles pour corroborer son avis, il ne s´agit pas d´un stéréotype. Un stéréotype est émis quand la personne exprimant l´idée n´est pas capable par un raisonnement logique d´expliquer son jugement.

DISCRIMINATION, subst. fém. [Sans idée de traitement inégal] Action, fait de différencier en vue d’un traitement séparé (des éléments) les uns des autres en les identifiant comme distincts. [Avec une idée de traitement inégal] Traitement différencié, inégalitaire, appliqué à des personnes sur la base de critères variables.

Le fait de différencier des personnes pour les traiter de manières différentes a été, est et sera toujours présent, car intrinsèque à notre nature et nos sociétés : une femme politique gagnant 8000 euros par mois et le caissier du Monoprix sont tous deux issus d´une suite de discriminations (éducation, formation, embauche, etc.). Le fait que Rolland soit sociologue et moi un simple pompier et donc le fait que l´un est un salaire plus élevé que l´autre (9) (10), en plus d´avoir pignon sur rue, donnera lieu à des discriminations. La discrimination permet au système judiciaire d´accorder une différence de traitement entre un petit malfrat et un criminel dangereux.

Le substantif, discrimination, a pour antonyme les mots « égalité », « mélange » et « confusion ». Information intéressante qui nous permettrait d´extrapoler un peu et de nous poser la question suivante : si les sociétés humaines n´appliquaient pas des principes de discrimination, vivrions-nous dans un égalitarisme où l´humain est un tout mélangé et confus ?

MACHO, subst. masc. Homme qui a une conscience exacerbée de sa supériorité virile, et qui prône la suprématie du mâle.

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Ce terme est malheureusement trop souvent utilisé à tort et à travers, dès qu´un homme tient le moindre propos à caractère négatif envers la gent féminine… Le machisme implique un comportement extrême prônant la suprématie du mâle ; il s´agit donc d´un rapport brutal de caste (voire de race, si la gent masculine en était une) amenant au conflit. Qualifier un homme de macho engage donc d´un jugement extrêmement fort.

Même dans le cas où un homme « se met violemment en colère » quand on l´interroge au sujet des femmes chez les sapeurs-pompiers et prétend « qu´elles n´ont pas leur place ici », rien n´établit qu´il soit un suprématiste de la race masculine

Les causes de cette brutalité verbale (si elles sont réellement recherchées par l´investigateur) peuvent très bien être justifiées par un raisonnement complètement opposé à l´apparence de ses propos : la volonté de protéger quelqu´un d´une situation nuisible peut aussi amener à des réactions impulsives violentes et négatives aux premiers abords. C´est ainsi qu´un collègue peut très bien réprimander son binôme, qui a eu un comportement à risque sur intervention, sans pour autant le haïr ; sa colère exprime très certainement la peur qu´il a eu face à situation périlleuse. Il est donc tout à fait possible qu´un collègue s´emporte sur le sujet quand il est triste de voir qu´il est possible d´envoyer des femmes au carton !

En conséquence, le machisme est une idéologie définissant chez l´individu un point de vue qui reflète ses croyances… Des réactions impulsives isolées peuvent donc se référer en apparence au machisme sans en faire partie.

Enfin, pour en finir avec la critique du texte de Pfefferkorn, je ferais encore une fois remarquer à quel point la majorité des recherches sont orientées vers un féminisation obligatoire de notre fonction ; en commençant avec « des femmes chez les sapeurs-pompiers » en 2006, on continue avec « les causes de la sous-représentation des femmes chez les personnels du rang » (Kristina Winkler) en 2013, qui, exprimant des besoins de « processus de formation », de « meilleurs assimilation des femmes », de « changer la description de l´image du corps de métier », de « réduction de la taille minimum » pour être engagé ou encore d´exclure « le handicape des femmes » lors des tests d´engagements, auront pour résultat de faire régresser la qualité des secours, notamment dans la lutte contre l´incendie.

Toutes ces publications s´enchevêtrent dans une dialectique d´égalitarisme absolu où tout le monde peut avoir accès à toutes les fonctions sans contraintes visant à sélectionner le maintien d´un niveau qualitatif reflétant la valeur de la vie humaine. Ces chercheurs et intellectuels, que Francis Cousin désigne comme « des perroquets du crétinisme de la marchandise et de l´université », utilisent toutes les formes de sophisme possibles afin de forcer l´assimilation de la gent féminine par les services d´incendie et de secours, dans toutes ses fonctions.

Ces personnes sont en grande majorité « estampillées de diplômes de docteur ou d´agrégés, donc totalement intégrés au spectacle de l´abrutissement, sans effet de critique possible et constituent une police de pensée mentale » qui dicte aux derniers bastions de résistance à la pensée dominante, quelles métamorphoses ils devront subir pour rentrer complètement dans le système de consommation.

Seulement, quand on ne fait pas partie de ce qu´on appelle des hommes et femmes de terrain et que l´on ne connaît pas les réalités de la lutte contre les incendies, il faut faire usage de toutes les manœuvres de diversions intellectuelles pour combler le vide argumentaire. En réponse à cela, il m´est apparu indispensable d´exposer ma réflexion qui, elle, a mûri au fil des interventions où la détresse, les larmes, la peur, l´agressivité, le sang ou encore la folie font partie du quotidien à surmonter.

La réalité de l´intervention :

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La réalité du terrain est une constante qui ne peut être ignorée par l´observateur qui donne son avis sur ce qui est bon ou non pour le service incendie ; c´est dans la réalité de l´intervention que la radicalité des barèmes masculins des épreuves d´accès prend tout son sens. L´intervenant, peu importe son grade, est un outil de secours pouvant être utilisé à tout moment ; qu´importe son état mental et physique au moment où l´on requerra ses compétences, il devra se rendre sur les lieux et servir !

La radicalité des conditions rencontrées sur certaines interventions impose sans équivoque la sélection des individus qui auront accès aux tâches ardues et extrêmes qui les attendront :

« Feu d´hôtel (12) ; les premiers engins sont bloqués à quelques mètres avant l´adresse de l´immeuble sinistré ; des personnels sont contraints de descendre des véhicules afin de déblayer les cadavres des victimes s´étant jetées par les fenêtres sur la chaussée, avant l´arrivée des secours. Le départ normal (13) arrive enfin à accéder aux premières victimes encore vivantes. Dans certaines cabines d´équipage résonnent les chocs des corps se fracassant sur le toit du véhicule… Les premiers intervenants n´ont pas le temps de s´occuper des victimes déjà mortes ou très gravement blessées ; ils doivent secourir les victimes criant aux fenêtres, dévorées par les gaz de fumées.

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Dans la cage d´escalier, la visibilité est nulle. En montant une équipe trébuche sur quelque chose d´anormalement mou ; le binôme se rend alors compte qu´il a piétiné le corps d´un nourrisson gisant sur les marches…

Dehors, les premières échelles automotrices n´ont que peu d´espace pour travailler ; le chef d´agrès d´une d´entre elles se voit dans l´obligation de réaliser sept sauvetages, sans temps d´arrêt. Il terminera l´action en sortant une femme enceinte inconsciente, depuis la fenêtre du dernier étage, à bout de forces. Bilan : 20 morts (dont 10 enfants) et plus de 60 blessés. »

« Carambolage de masse sur l´autoroute (14) ; le premier engin doit se faufiler entre les carcasses d´autos pour atteindre les victimes incarcérées au centre de la zone accidentée. Les deux premières équipes accèdent à une voiture compressée entre deux poids lourds ; des lambeaux de chair et des morceaux de membres arrachés sont accrochés et pendent un peu partout… Un homme ensanglanté gémi à bout de force dans son véhicule. Le corps sans vie de son ami (le conducteur), n´ayant plus forme humaine, gît à moitié avachi sur lui. Chaque seconde est comptée ; il faut rapidement définir la technique d´ouverture et se déplacer énergiquement autour de la victime avec le lourd matériel de désincarcération (pesant de 25 à 35 kg) à bout de bras.

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Pendant que le médecin injecte des antalgiques à son patient, il faut rapidement le décomprimer et l´extraire. Toute l´action se déroule dans un brouhaha autoroutier qui rend difficile la communication sur les lieux de l´intervention : les klaxons, les cris, les moteurs… Chaque mouvement des intervenants est passé à la loupe par le tiers des automobilistes de passage, ne manquant pas de s´arrêter pour filmer ; il faudra donc agir rapidement tout en paraissant serein. »

Les deux situations citées ci-dessus peuvent se dérouler de temps à autre et même se répéter durant des périodes dites mouvementées. La régularité des interventions n´a pas de logique… Quoi qu´il en soit, peu importe si le sapeur-pompier ne vit qu´une seule fois une telle expérience dans sa carrière ; il devra à l´instant « T » être opérationnel et ne pas freiner le déroulement de l´intervention, car chaque seconde forme des minutes qui seront décisives et mèneront aux résultats radicaux : vie ou mort. Radical est le dénouement, radicale doit être la sélection du futur intervenant : Il devra faire preuve d´une stabilité émotionnelle en situation de chaos; il devra être doté d´une férocité lui permettant d´attaquer le problème à la racine et d´une retenue visant à empêcher son instinct de prendre le dessus sur la logique d´intervention ; il aura des capacités physiques pouvant soutenir des situations extrêmes où sont mélangés chaleur, efforts intenses ou encore soulèvements et transport de poids allant du matériel de 20 kilos, à la victime inconsciente de 160 kilos… Ses capacités anatomiques et son entraînement doivent lui permettre de soutenir la difficulté d´un effort en évitant au maximum de perdre ses capacités cognitives.

Et si le lecteur (pompier ou non) se demande si les prérequis précédemment évoqués ne sont pas « un peu abusés » et s´exclame en chouinant « qu´on n´est pas des machines » et bien qu´il se pose les questions suivantes : quelle intensité d´effort vaut la vie de la personne qui m´est le plus cher ? Si mon enfant, mon conjoint ou un membre de ma famille que j´aime plus que tout au monde, attend d´être secouru, exténué à la fenêtre d´un appartement en feu ; par quel type de personne voudrais-je qu´il soit ramené en terre sûre ? Si mon appartement est isolé en campagne et qu´il faut plus de 15 minutes au médecin urgentiste pour se présenter sur les lieux ; par quels types de bras voudrais-je, en attendant l´arrivée de l´équipe médicale, être réanimé en cas d´arrêt cardiaque ?

Hommes/Femmes ; de petites différences :

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Au vu de l´aspect sélectif que présente la profession de sapeur-pompier, il est indispensable de rappeler que celle-ci n´est naturellement accessible qu´à une certaine catégorie d´individus ; les meilleurs ? Absolument pas ! Les spécificités de notre fonction n´ont pas vraiment de rapport avec le fait d´être « supérieur à » ou « meilleur que ». Celui ou celle qui présente les prérequis pour pouvoir prétendre être pleinement effectif sur intervention (voir les exemples cités ci-dessus) signifie simplement qu´il ou elle pourrait convenir à cette fonction, non comme étant un surhomme ou une surfemme, mais comme « présentant les capacités de ».

Les sapeurs-pompiers sont des individus ayant la « capacité de » … Un pianiste professionnel aura probablement une meilleure perception artistique des sonorités qu´un ébéniste qui, lui, aura un meilleur rapport au façonnement de la matière. L´un est-il meilleur que l´autre ? Bien évidemment que non : ils sont tous deux des besoins et des propriétés de la société. Pourtant, tous deux ont été ségrégués par la nature, ainsi que par son organisation complexe, et ont été pourvus de sensibilités et de capacités différentes.

Au-delà des particularités propres à l´individu, il existe des caractéristiques inhérentes aux sexes. Un nombre conséquent de recherches neuroscientifiques, établies ces dernières décennies, prouvent que les hommes et les femmes ne sont pas doués des mêmes qualités ; la question fatidique que l´on se pose tous serait-elle : les femmes sont-elles plus douées pour s´occuper des tâches ménagères ? Bien sûr que non… Trêve de plaisanterie ; ce qui nous intéresse dans cette partie de l´article est de comprendre en quoi l´une des deux gents, féminine ou masculine, serait plus prédisposée que l´autre à la fonction de sapeur-pompier.

Les particularités, de l´une et de l´autre, seront donc mises à l´épreuve du feu, en d´autres termes soumises à la réalité du terrain et des situations générées par celui-ci, que nous avons évoquées brièvement dans l´intitulé précédent.

En abordant la problématique du groupe, donc par extension du travail d´équipe, la structure neurobiologique de la femme révèle que celle-ci est plus affectée par le stress de manière générale que l´homme. De plus, leur recours à la « rumination » affecte négativement l´accumulation de stress. L´homme, lui, est plus réactif au stress, notamment au stress aigu, ce qui a pour effet de le rendre plus efficace que la femme dans les situations dites de « combat / fuite ». Notons dans tous les cas que la réponse « combat / fuite » est une manière masculine de réagir au stress et de surcroît rarement observée chez la femme (15).

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Dans cette première argumentation, il est donc démontré que face au stress régulier et brutal auquel est confronté le sapeur-pompier, la gent masculine apparaît comme plus adéquate à la fonction, notamment par rapport à sa réactivité face à d´éventuelles apparitions brutales de situations stressantes.

En rapport avec la problématique de la lutte contre le feu, nous pourrions citer le « top 10 » de la Croix-Rouge canadienne, des « populations à haut risque en cas de désastre ou d’urgence », qui place la femme en tête de liste (au-dessus des personnes âgées et invalides) (16). Ce rapport précise que « les femmes sont physiquement plus vulnérables aux effets des vagues de chaleur », ce qui semble corroborer les recherches du Dr Kin (17) faites sur les différences de comportement à la chaleur, hommes/femmes (17) ; la femme, en vue de sa structure hormonale (effets de la production d´œstrogènes) et de sa prédisposition au stockage des graisses (nécessaires à l´enfantement) dispose malheureusement d´une thermorégulation défavorable à la l´attaque par l´intérieur dans le cadre d´un feu de contenant, où les températures peuvent rapidement atteindre les 1500 degrés.

D´autre part, dans le domaine des compétences sociales, la gent féminine présente de très claires dispositions ; son fonctionnement hormonal la prédispose à favoriser les liens sociaux, notamment avec les enfants : « D’autres avenues biologiques et comportementales se sont donc révélées plus favorables, comme la « protection » en s’occupant des enfants pendant les moments de difficulté et la « socialisation » avec les autres via les réseaux de support social qui peuvent protéger face à de futures menaces ». Ces observations semblent donc confirmer les fameux « clichés » observés en intervention à travers lesquels la femme présenterait des qualités apparentes pour le secours à victimes.

Abordons maintenant la partie physiologique. La différence des capacités entre les hommes et les femmes n´a en fait plus besoin d´être vraiment démontrée ; la femme est anatomiquement moins forte et moins robuste que l´homme et les quelques exceptions féminines échappant à la règle ne sont en rien une preuve du contraire.

Toutefois, ce qui nous intéresse ici et ce qui constitue le fond du problème, c´est de savoir si la femme sapeur-pompier peut effectuer le même travail que son homologue masculin. La femme a-t-elle les possibilités physiologiques suffisantes pour remplir la fonction de sapeur-pompier au même niveau qu´un homme ? À cette question répond radicalement l´expertise (18) de la médecine du travail d´Hambourg (référence : n°610-1006/89-23-43).

C´est avec une exhaustivité et une rigueur scientifique que le rapport s´exprime sur le sujet. Son titre : « les dangers pour la femme au sein d´un corps de sapeurs-pompiers professionnels » … A-t-on encore besoin d´être plus explicite ? Bien évidemment ! Il est spécifié que :

  • Les chances de développer des maladies gynécologiques sont augmentées par le fait de porter et de transporter des charges importantes et par conséquent qu´il est aussi fortement déconseillé d´assumer une fonction dans le secours à victimes.
  • Plus souvent un travail dit de force sera répété, plus le risque de fausse couche sera important chez la femme enceinte, et ce, même durant les premières semaines de grossesse.
  • L´exposition aux gaz de fumées, aux produits chimiques et même aux solvants que l´on rencontre constamment en intervention endommage le développement de l´embryon.
  • Une femme enceinte, même durant les premiers jours, inhalant du monoxyde de carbone doit s´attendre à une fausse couche.
  • Les organes féminins peuvent se dénaturer et se transformer à cause du travail physique.

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L´expertise rappelle certaines différences physiologiques significatives entre les hommes et les femmes en relation à l´effort du sapeur-pompier :

  • Les hommes ont un système cardio-vasculaire absorbant 33% d´oxygène en plus que celui des femmes
  • Les femmes sont en moyenne plus petites de dix centimètres.
  • Au niveau des avant-bras, elles ne possèdent que 40% de la force musculaire que possède un homme.
  • Même en ayant suivi un entraînement assidu, les femmes ne peuvent malheureusement augmenter leur force que de 22%, contre 40% pour l´homme.
  • Des avant-bras masculins entraînés sont donc 78% plus forts que des membres féminins ayant eu le même entraînement.
  • Enfin et bien évidemment, chaque grossesse abaisse nettement la capacité physique de la femme.

Le rapport résume son analyse de la manière suivante : « les femmes ne peuvent pas être considérées par la médecine du travail comme qualifiées pour le service incendie ».

Ce que nous pouvons très clairement remarquer dans cet article est, non pas la volonté de stigmatiser et d´exclure la femme d´une fonction quelle pourrait remplir, mais bien de protéger la mère et donc la protectrice de l´enfant, de dangers devant lesquels elle se retrouverait si souvent confrontée en intervention… On peut se questionner sur la réelle bienveillance de ceux qui luttent pour la parité au sein des sapeurs-pompiers ; veulent-ils nuire aux femmes en leur brisant la santé ? Est-ce un projet que d´envoyer au charbon les mères de nos enfants ; les protectrices de nos familles ?

Un nombre conséquent de sociologues et de philosophes (19) (20) (21) (22) ont analysé et reconnu le féminisme comme ayant un rôle bien déterminé dans nos sociétés de consommation en voie de perdition. Il est donc important pour le lecteur intéressé de comprendre, non pas les symptômes, mais l´origine de la situation actuelle.

Le rôle du féminisme expliqué par Sylvain Durain :

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Le courant dit « féministe » ne remonte pas, comme on l’entend ici et là, aux années 60 même si cette période y a vu son avènement. Comme je le rappelle dans mon livre « Le Sang du Père », ce mouvement était déjà bien présent à la fin de la monarchie française qui a vu naître sa chute sur les pudibonderies de ces aristocrates passant plus de temps dans les jupes de leurs mères et les salons des femmes, que sur les champs de batailles. D’idées ou d’armes.

Même s’il faudrait remonter aux mouvements matriciens du début de l’humanité, je pense que nous pouvons nous contenter de mettre en lumière ces deux événements qui fonctionnent comme les deux souffles d’une même respiration : la mort du Roi de France et Mai 68.

En effet, si la nation est une famille et si le Roi en est son père (à la fois spirituel et temporel), alors la révolution dite française en a assassiné le chef, le représentant et le protecteur. Cette attaque a été le premier coup de boutoir contre le Père, contre la religion catholique, et par résonance contre le père de famille classique. Mai 68 n’a fait que surfer sur cette mort lente pour imposer une idéologie d’origine marxiste qu’est le féminisme (le féminisme marxiste défend l’abolition d´un « capitalisme masculin »).

Le point de compréhension majeur entre tous les courants féministes est que l’homme a trop de pouvoir, le masculin est violent, tyrannique et a pour objectif ultime dans son existence de soumettre les femmes (et accessoirement les immigrés ou toutes autres formes de « minorités »). Les femmes, pour se libérer de l’oppression masculine, doivent donc se mettre au travail, quitter le foyer, donner leurs enfants à garder à une autre femme et devra d’ailleurs la payer avec son salaire.

Gardons en tête que détruire la famille, c’est détruire la nation. Et détruire l’unité nationale, c’est s’assurer des décennies de tranquillité dictatoriale. La parité est donc un objectif à atteindre dans tous les corps de métiers. Nous sommes tellement paritaires qu’aujourd’hui, au 21ème siècle, théoriquement loin « des années les plus sombres de l’histoire », que des femmes meurent tous les jours sous les balles de délinquants non pas dans un vol ou un braquage, mais parce qu’elles portent l’uniforme de la police ou de la gendarmerie. Et le délinquant ou terroriste n’est pas sexiste lui, il est paritaire et ne voit que l’agent derrière la tunique. Quel pays peut-il se regarder dans la glace en envoyant au front ses femmes et les mères de ses enfants ? Quelle grandeur à voir deux femmes gagner un salaire misérable pour payer l’école et la « nounou » ou pour protéger la veuve et l’orphelin dans les rues d’un pays en état d’urgence ?

Les corporations de métiers sont comme des familles. Les pompiers, c’est une famille. Si la cohésion et la hiérarchie sont respectées, si chacun est à sa place, le travail sera accompli dans les règles.

Alors « pourquoi diable une femme n’aurait-elle pas les capacités d’être un pompier comme les autres ? » Ce à quoi nous devons répondre par le détour, sans tomber dans le piège de la rhétorique : Elle le peut, à condition de répondre aux critères d’une sélection qui doit être drastique pour tout le monde, hommes et femmes. Car ce qui compte dans le métier de sapeur-pompier, mais aussi dans tous les métiers, ce n’est pas le sexe, mais le mérite. Ce n’est pas la parité, ni même la mixité, mais la compétence. La guerre ne devrait pas être une guerre des sexes mais un combat d’élites, hommes et femmes compétentes, main dans la main.

 

Je terminerai par une citation de Charles Baudelaire, sans doute le poète préféré de Donal Trump : « Le bercement des nourrices, les câlineries maternelles, les chatteries des sœurs, transforment pour ainsi dire, en pétrissant, la pâte masculine ».

Le rôle des femmes dans l´histoire de la lutte contre les incendies :

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Dans divers exposés soutenant de manière implicite et subtile la marche en avant forcée vers une féminisation radicale des effectifs actifs des services d´incendies et de secours on retrouve régulièrement des raisons historiques à la présence de la femme dans la lutte contre le feu. Que ce soit dans leur engagement à transporter les seaux d´eaux jusqu´au lieu du sinistre, les soins apportés aux soldats du feu ou encore leur dévouement au transport des blessés, les femmes sembleraient donc avoir une légitimité à prendre part active dans l´attaque d´un incendie.

Tout d´abord, l´analyse historique ne se limite pas à répéter et à utiliser des faits s´étant déroulés dans un contexte géopolitique, social et civilisationnel propre à son stade d´évolution dans l´histoire humaine, pour en justifier d’autres ; cela consisterait donc à adhérer à l´idée simpliste « ça a marché avant, donc ça va marcher aujourd´hui » …

En dehors du fait qu´il y a quelques nuances entre l´acte d´apporter des seaux d´eau pour approvisionner et aider à la maîtrise d´un incendie et l´action de rentrer dans un local en feu où les températures s´élèvent à plus de mille degrés, il faut prendre en compte que les femmes à cette époque y étaient obligées et menacées d´amende si elles ne se rendaient pas immédiatement sur les lieux du sinistre ! Durant le moyen-âge et les temps modernes, en cas d´incendie signalé par les guetteurs, les prostituées étaient rassemblées par le bourreau et forcées à aller porter les sceaux nécessaires à la lutte contre le feu. Afin de les rassembler plus facilement, certaines villes avaient décidé de les parquer dans des maisons particulières, fermées, où elles pouvaient bien évidemment continuer à vendre leurs services. Ces drôles de centres de secours libertins étaient à la disposition de la communauté pour s´occuper de cette corvée pénible (23).

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Plus loin dans l´histoire, on remarque en Allemagne durant la première et deuxième guerre mondiale, la formation des premiers contingents de femmes pompiers. Durant ces périodes de pénurie extrême en main-d’œuvre masculine, les femmes et les vieillards furent contraints de prendre le relais dans bon nombre de domaines où l´homme trouvait normalement sa fonction, notamment dans la lutte contre les incendies. C´est donc en 1917 à Wannweil que l´on trouve le premier corps de sapeurs-pompiers féminins. Nous retrouverons de nouveau des contingents femmes durant la Deuxième Guerre mondiale, notamment à l´école de formation de pompiers de Mains ; pour la majorité, elles n´étaient âgées que d´une vingtaine d´années…

Il n´est pas compliqué de comprendre que les conditions d´engagements et de travail des femmes dans la lutte contre le feu étaient, à cette époque, spécifiques aux circonstances extrêmes dans lesquelles elles étaient plongées. La question que nous pourrions nous poser est la suivante : que pouvons-nous appréhender de ses situations historiques ? Si les femmes ont pu à certains moments de notre histoire lutter contre le feu, ce n´est pas pour autant qu´elles présentent les capacités nécessaires pour le faire.

Pour digresser légèrement, on pourrait alors évoquer qu´en avril 1939, des jeunes de 15 à 17 ans sont formés à la lutte contre les incendies et répartis dans toutes les unités d´intervention. Certains d´entre eux perdront la vie ou resteront à jamais traumatisés (24) … Même s´ils ont été assignés à cette fonction et l´on remplie tant bien que mal, ils n´étaient pas prédisposés à la tâche. Est-ce que sous prétexte que cela s´est déjà produit, devrions-nous de nos jours réhabiliter des adolescents pour servir dans les services incendie ? Doit-on leur donner, à eux aussi, des chances équitables d´accès au concours, en rabaissant encore les prérequis et en créant un troisième barème de notation (le deuxième étant déjà été attribué aux femmes) ?

L´onde de choc féminine dans les services d´incendie et de secours :

Les pressions de l´idéologie féministe marchande se font très clairement ressentir dans les centres de secours. Le milieu du sapeur-pompier est victime d´une omerta qui le met sous pression ; gare à celui qui se plaint d´une collègue féminine. Cette personne sera probablement passée au crible de la pensée dominante et se verra sûrement attribuer la pancarte de « macho » ! C´est dans cette ambiance que les rapports ont évolué et évoluent. Les tensions hommes/femmes ne font que s´envenimer et puis au final s´étouffer, si bien qu´au fil des années, les intervenants se sont habitués aux injustices du recrutement et à la féminisation forcée des unités d´intervention. Il est donc devenu normal de travailler dans la même fonction avec des individus ayant intégré le corps grâce à des barèmes, des prérequis et donc de qualités neurophysiologiques fondamentalement différents.

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Cependant, sur le théâtre des opérations, les différences ne peuvent pas être cachées… Quand :

  • une collègue s´arrête de tirer le dévidoir (25) après cent mètres de course ;
  • quand elle retire son masque d´ARI pour vomir après cinq minutes d´attaque par l´intérieur ;
  • quand le chef d´agrès doit demander un engin supplémentaire pour brancardage, car il a deux féminines sans son équipage (26) ;
  • quand elle n´arrive pas à utiliser la force de ses épaules pour sortir un simple tuyau de 70mm du coffre supérieur de l´engin ;
  • ou encore quand vous portez presque tout le poids de la victime qui doit être tractée jusqu´à la sortie, car votre binôme féminin n´arrive pas tirer…

… On ressent en effet un profond sentiment d´injustice. Pourquoi l´homme devrait-il continuer à s´entraîner si sans (ou peu d´) entraînement, il arrive au même niveau de compétences physique que son homologue féminine ?

Bien évidemment, tous ses cas ont été vécus ou rapportés, mais vous ne les entendrez jamais officiellement. Dénoncer reviendrait à dire que les quotas et les conditions d´accès aux formations érigés par nos chefs sont inacceptables ; autant dire « passez-moi la pancarte avec marqué dessus misogyne débile ».

Alors bien évidemment, ce n´est pas tous les jours que des interventions importantes se produisent, il est donc parfois difficile de discerner la réalité des différences hommes/femmes, étant donné que l´action d´équipe atténue les anomalie… Alors on s´habitue et on se tait. On accepte la nouvelle réalité. À quoi bon se défendre, car même quand dans d´autres corps de métiers de gros accidents se produisent, vraisemblablement dus à la présence de femmes dans des fonctions, l´idéologie dominante du spectacle fait diversion et trouve des justifications délirantes que le peuple doit accepter :

« Un homme incriminé aurait en effet assommé à coups de pieds une des militaires avant de lui prendre son arme […] et de l’abattre, a priori de plusieurs balles en plein visage, dans son appartement. Il aurait ensuite poursuivi la seconde gendarme et l’aurait tuée en pleine rue, de plusieurs balles dans le dos, sur une placette du village alors qu’elle tentait de fuir. »

Ceci est le résultat de la dialectique féministe d´état : on envoie deux femmes (dont une mère de famille) arrêter un homme extrêmement agressif ; elles se font frapper, puis désarmer par ce que nombre de médias appelèrent un « colosse » de 1m80, 90 kg… Un colosse du point de vue d´une femme probablement, cependant le rapport taille/poids moyen d´un homme étant de « 1m75 et 77 kg pour les hommes » selon l´INSEE (27), un colosse dépasserait donc normalement 2 mètres et 100 kilo (28) … Voici un exemple de diversion utilisée par la société du spectacle pour éviter la question que probablement tout le monde se pose : « la scène aurait-elle pu se passer de cette manière avec deux hommes entraînés ? »

Des femmes qui meurent pour avoir voulu « prouver que l’on est au moins égales aux hommes » (29) … Est-ce là l´objectif de nos oligarques féministes ? De telles tragédies se sont-elles déjà déroulées dans nos rangs ? Au vu des conditions actuelles de liberté d´expression et d´honnêteté intellectuelle des corps constitués, il est bien sûr impossible de le savoir.

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Enfin, il est important de préciser que la mixité à un coût qui ouvre de nouveaux marchés financiers, notamment dans le cadre des constructions et de l´équipement. La réduction des tailles limites d´accès aura probablement pour effet de créer de nouvelles normes dans les tailles des masques d´ARI (30), dans l´accessibilité aux coffres d´engin, ou encore dans le rapport taille/poids des EPI (31) qui devront nécessairement être changés, ce qui créera de nouvelles dépenses colossales.

Aussi, une caserne mixte doit être pourvue d´un nombre conséquent de locaux où les femmes et les hommes sont coupés de la vie en communauté (douches, WC, chambres, salles de changes, etc.). Cette séparation des zones de vie est extrêmement coûteuse ! Bien évidemment, cette onéreuse scission entre les intervenants influe très clairement sur la cohésion des troupes, qui se retrouvent sur intervention, puis se séparent de retour au centre de secours ; les douches, le foyer ou encore les chambres, sont des lieux très utilisés par le personnel pour débriefer, se remémorer, critiquer ou bien encore rire aux éclats ! C´est l´intervention après l´intervention… Le projet de la mixité des centres de secours devra donc faire face à deux problèmes de taille ; plus la parité sera avancée, plus la garde où l´équipe de garde, sera séparée en deux par des structures bâtimentaires appropriées. Plus la mixité sera minime, plus les quelques personnels féminins auront des chances d´être exclus.

La mixité forcée et la destruction des valeurs :

Plus on contemple le projet de la mixité obligatoire à tout prix, plus on remarque une volonté politique ; celle de vouloir briser les valeurs humaines en créant une société d´indistinction et de chaos. Mais n´est-ce pas là l´objectif du capital en mouvement ? Créer le chaos

entre les individus et les isoler pour mieux les transformer en consommateurs ambulants ? Une intéressante réponse de Sylvain, nous permet, à travers une vision différente mais complémentaire, de mieux cerner le sujet :

N’étant ni marxiste, ni « cousiniste », je réfute le terme de « capital en mouvement », car je ne sais tout simplement pas ce que cela veut dire et cela nous ramène à une vision cyclique de l’histoire en niant le libre arbitre Christique qui est en chaque société, surtout la nôtre. La crise dans laquelle nous sommes aujourd’hui n’est pas, selon moi, une crise du Capital, ni une crise du mouvement, encore moins des deux notions articulées.

L’objectif actuel est le déracinement généralisé : être un migrant chez soi ou un migrant chez les autres. Être un étranger dans sa propre famille, pour être un habitant de la grande maison « Consommation ».

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La première étape de ce que j’appelle « l’isolation mondialiste » se situe, en effet, dès la naissance. En coupant le lien mère-enfant par la mode du non-allaitement ou de « l’enfant-objet » que nous pourrons louer et revendre comme un meuble Ikea, nous coupons le bébé de la relation la plus importante de sa vie, celle qui va construire en tant qu’homme ou femme libre, pour en faire au final un être « individué », ne se pensant que comme un individu isolé, libre de consommer toujours davantage.

La dernière invention à la mode : un système permettant de donner le biberon à bébé tout en regardant et tapotant sur son smartphone. Cela pourrait faire sourire. Mais il a été prouvé scientifiquement que le regard en duo mère-enfant et enfant-mère, actionnait au sein de la mère et au sein de l’enfant les mécanismes d’un meilleur développement. L’enfant se construisant par mimétisme dans les yeux de ses parents, l’écran le coupe du désir naturel pour l’amener vers un rapport triangulaire virtuel d’un désir narcissique et consommable. Si l’Amour n’est pas à vendre, il est certain que les relations naturelles le sont, et à vils prix.

Nous avons là le terreau parfait pour un futur adolescent en manque de re-pères (lire ou regarder « Le Sang du Père ») par la figure complice de la mère-écran, celle du père manquant. Nous touchons ici à la clé de tout : la mort de la figure paternelle. Sans le Père plus de barrière face à ce que vous nommez le « Capital », et les premières victimes, nos enfants, nous promettent des générations « moutonisées» et sans possibilité d’esprit critique.

Cet esprit critique, que nos universitaires d´élite se contentent d´utiliser ici et là en fonction des besoins du marché, devrait être avant tout développé par nos sapeurs-pompiers pour comprendre les différentes sources des problèmes de surface mis en avant par nos médias officiels… Ainsi, il serait judicieux de chercher pourquoi on les traite de machos-idiots ! Là encore, des digressions seraient importantes à faire à propos des « stéréotypes » du mâle dominant et de son abêtissement, que nos chercheurs officiels aiment à pointer du doigt. C´est aux personnels des services d´incendies et de secours de faire le pas vers l´ouverture d´esprit sur le monde qui nous entoure, non pas pour « partir dans tous les sens », mais pour mettre en perspective nos problèmes et en rechercher les raisons profondes.

Le fait que le pomplard se laisse aller à des raisonnements stéréotypés et à un humour salace est en grande partie dû à l´éducation sexuelle de nos jeunes mâles… La pornographie, et son accessibilité sous diverses formes, brise les valeurs des relations homme/femme. L´image de la mère et du père est chaque jour un plus piétinée par la société de consommation. Sylvain Durain, ayant traité le sujet sous plusieurs angles nous partage ses analyses :

Nos lecteurs pourraient penser que nous passons du coq à l’âne. Pourtant il n’en est rien, car le sujet est toujours le même. Le rôle profond du porno (vraiment sans mauvais jeu de mots), est de déviriliser les hommes pour n’en faire que des consommateurs décérébrés, ne voyant la femme que comme un objet de désir et de consommation. Non pas qu’il faille annihiler nos instincts, nous connaissons la complexité des relations entre les sexes dans le domaine du désir. L’homme est un guerrier qui doit conquérir, la femme une princesse qui demande la conquête. Certes.

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En abrutissant le masculin dans le porno dès son plus âge, ce n’est pas de cela dont il s’agit, il est question de déconnexion. Déconnexion entre le sexe et la relation entre un homme et une femme, le sexe est aujourd’hui une activité banale, voire basique « comme d’aller vulgairement aux chiottes » comme le dit Marion Sigaut dans mon documentaire. Sans tomber dans le bisounours de bas étage, et en comprenant bien ce que le mot « amour » veut dire, l’objectif principal du porno est d’empêcher la connexion entre sexe et amour, plaisir et vie, pour au final stéréotyper les rapports homme-femmes.

À quand des publications officielles complètes traitant des effets de la pornographie sur la psyché ou encore de l´implication du rapport Kinsey dans l´éducation de nos enfants ? Au lieu de publier des dictionnaires sur les inégalités ou autres flagorneries serviles, nos braves chercheurs devrait plutôt essayer de mériter leur grade en analysant des sujets sensibles de manière complète et impartiale.

Les conclusions du pompier-macho !

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Ma position sur la présence des femmes au sein des corps de pompiers est extrêmement claire : les deux sexes appartiennent au genre humain ; je suis donc pour l´égalité totale des droits entre les hommes et les femmes ! Je suis donc pour le droit à l´accès aux femmes à tout type de concours. Qui dit droit d´accès, dit droit d´information ! Les femmes doivent absolument être informées des risques du métier inhérents à leur sexe (voir plus haut « Hommes/Femmes ; de petites différences »).

D´autre part, je suis pour que le l´humain organise sa vie en communauté, ceci en faisant preuve de sensibilité et d´intelligence face à la logique de la nature, que nous bafouons un peu plus de jour en jour : l´unité sensible et intelligente formée par le binôme homme/femme, doit fixer ses besoins dans certains domaines, en fonction de ce qu´elle peut faire de mieux ; c´est à dire regarder et comprendre les individus de cette unité pour les mettre à profit dans leurs domaines de compétences. Accepter, au vu des évidences naturelles basées sur des recherches impartiales, que la femme soit meilleure que l´homme dans certains domaines et que ce dernier trouve ses pleines fonctions dans d´autres tâches qui lui sont propices, est une liberté nécessaire.

Le métier de sages-femmes, par exemple, a été ouvert en France aux candidatures masculines depuis 1982, mais ne compte actuellement que 1% d´effectifs masculins… Les statistiques nationales semblent confirmer les affinités que les femmes ont pour la fonction ; ce fait appuierait les dernières recherches (voir le paragraphe « Hommes/Femmes ; de petites différences ») concernant les compétences sociales et le rapport à l´enfant qu´ont les femmes. Ceci n’allant absolument pas à l´ encontre la présence exceptionnelle de certains hommes ayant une sensibilité exacerbée de la relation à l´enfantement (32) : le droit d´accès aux hommes est important dans la mesure où ils sont capables d´atteindre le même niveau de compétence féminin.

Encore une fois, évaluons les fonctions de nos sapeurs-pompiers en ce qu´il y a de meilleur dans l´unité homme/femme : acceptons les prédispositions de l´un et de l´autre pour des tâches, pouvant être différentes. Bien évidemment, dans des conditions de difficultés de recrutement (notamment chez les pompiers volontaires) l´accès à la fonction doit bien évidemment être réévaluée par rapport aux besoins : « à la guerre comme à la guerre » : seuls des problèmes de recrutement avérés peuvent justifier l´adaptation des test d´entrée en fonction des besoins. Néanmoins, dans les grandes agglomérations, où le nombre de candidatures masculines est généralement suffisant, il est irresponsable, dans le cadre de connivences politiques, de réajuster et rabaisser la qualité des tests d´entrée aux candidatures féminines, qui auront (en dehors de certaines exceptions) une condition neurophysiologique inférieure à celle de l´homme. Les tests doivent être alors en corrélation avec le terrain et refléter le plus possible les sensations, les efforts cognitifs et physiques présents dans les interventions difficiles ; une fois de plus, ce qui est important est d´avoir des individus aptes à être envoyés au front

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J´entends déjà les défenseurs de l´égalité inconditionnelle crier haut et fort leurs arguments de diversion : « si on a tout dans les bras et rien dans la tête, ça ne sert pas à grand-chose » alors que personne n´a encore admis qu´il eût été bon qu’une montagne de muscles « sans rien dans le crâne » était bénéfique sur intervention… La fonction du sapeur-pompier requiert un ensemble de qualités cognitives, neurologiques et physiologiques indispensables au terrain. La masse sans cerveau n´a pas plus sa place dans un service incendie, que le fébrile surdoué… L´homme intelligent et entraîné est plus performant dans la fonction de sapeur-pompier qu´une femme, elle aussi, entraînée et intelligente : la pratique le montre et la théorie le confirme. Si un service d´incendie veut atteindre l´excellence sur intervention, il doit prendre en compte ce qu´il possède en termes de possibilités de recrutement et de moyens, puis en faire ressortir le meilleur.

Les soldats du feu ne sont pas une représentation du peuple (mixité, diversité), ce qui induirait le fait que des enfants en bas âges, des sourds, des muets ou encore des personnes à mobilités réduites le deviennent… Les sapeurs-pompiers sont des individus représentant la capacité qu´à ce peuple à se protéger.

Rédacteurs : Christophe Benfeghoul, Sylvain Durain

Correctrice : Kaliopée

Sources :

  1. Comme exemple probant, nous pourrions citer la mort de quatre collègues du côté allemand en 2006 en faisant route vers un exercice ou encore très récemment en 2016, la mort du conducteur d´un fourgon se rendant sur intervention (ses trois coéquipiers étant gravement blessés).
  2. Phase terminale de la lutte contre un incendie où le personnel déblaie et dégarnit les restes de structures sinistrées. À ce moment de l´intervention, le feu a été éteint dans sa totalité (ou presque) ; il arrive que les mélanges gazeux encore présents s´embrasent et explosent (ex. : une explosion de fumées froides).
  3. https://drive.google.com/file/d/0B6GGBwOEqBUgaV9kSEtjWE9XcFk/view?usp=sharing
  4. « Des femmes chez les sapeurs-pompiers » (Roland Pfefferkorn) ; „Ursachen der Unterrepräsentanz von Frauen im mittleren feuerwehrtechnischen Dienst“ (Winkler Kristina) ; « Femmes pompiers, un futur historique » (UDSP91.fr) ; « Eine Handreichung für Bewerberinnen und Bewerber“ (Netzwerk Feuerwehrfrauen) ; « Femme et pompier » (L´obs) ; « Feuerwehrfrauen der ersten Stunde » (Mittelbayerische.de) ; « Les pompiers de Bruxelles veulent recruter des femmes sur une plus grande échelle » (Jean-François Noulet – RTBF.be) ; « Les femmes pompiers » (comment-devenir-pompier.fr) ; « La première femme qui… a rejoint les sapeurs-pompiers » (Mademoizelle.com) ; « Les confessions d’une sapeur-pompier » (Grazia) ; « Femmes pompiers » (Mag3fr.fr) ; « Frauen erobern Männerdomäne » (Focus.de) ; «Bomberas en Madrid » (El Mundo) ; « Feminisation des navires de guerre » (Serge Dufoulon) ; etc.
  5. Par exemple, https://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_Pfefferkorn (voir la bibliographie)
  6. « La place des femmes chez les sapeurs-pompiers » (Anthony Salgado)
  7. www.paris8philo.com/2015/08/du-fascisme-interieur-francis-cousin.html
  8. Notons qu´Anthony Salgado publiait dans son mémoire « La place des femmes chez les sapeurs-pompiers de l’Aube » plus du double du contenu de Pfefferkorn, où il détaille de manière extrêmement méticuleuse sa méthode d´approche. Il est donc intéressant de pouvoir comparer l´honnêteté intellectuelle d´un élève en 1ère année de Master Management à celle d´un professeur, chercheur, membre du CNRS.
  9. http://nicolas.tentillier.free.fr/Salaires
  10. https://www.dgdr.cnrs.fr/drhchercheurs/concoursch/chercheur/carriere-fr.htm
  11. http://www.feuerwehrfrauen.de/app/download/14291240/Masterarbeit%2BWinkler%2BDresden.pdf
  12. http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20050415.OBS4054/vingt-morts-dans-l-incendie-d-un-hotel-a-paris-cette-nuit.html
  13. Premier détachement d´intervention pour feu, généralement constitué de deux engins-pompes, d´une échelle automotrice et d´un véhicule de commandement.
  14. http://www.swr.de/landesschau-aktuell/bw/mannheim/massenkarambolage-bei-mannheim-sandhofen-zwei-menschen-sterben-auf-a6/-/id=1582/did=17724322/nid=1582/1i94akm
  15. «  Le stress : différences hommes-femmes » (Centre d’études sur le stress humain) http://www.stresshumain.ca/documents/pdf/Mammouth%20Magazine/Mammouth_vol6_FR.pdf
  16. « Les femmes en situation d’urgence et lors de désastres » (les femmes et la réforme de la santé) http://www.womenandhealthcarereform.ca/publications/disasterPopularF.pdf
  17. « Homme, femme, quelle différence ? » (Dr Kin) http://www.drkin.com/2011/07/12/homme-femme-quelle-difference
  18. « Die Gefahren für Frauen in der Berufsfeuerwehr » (Das Feuerwehrmagazin) http://webarchiv.wikimannia.org/_dokumente/Gefahren-fuer-Frauen-in-der-Berufsfeuerwehr.pdf
  19. « Le Sang du Père, un meurtre cinématographique » (Sylvain Durain)
  20. « Du sexisme au fascisme » (Yann Carrière)
  21. « L´effroyable imposture du féminisme » (Lucie Choffey)
  22. « L´être contre l´avoir » (Francis Cousin)
  23. « Histoire des sapeurs-pompiers français » (Dalmaz Patrick)
  24. « Brandschutzgeschichte » (Rolf Schamberger / Daniel Leupold)
  25. Chariot à tambour où sont enroulés les tuyaux d’arrosage.
  26. Ce qui aurait peut-être pour incidence de démunir le secteur d´intervention voisin : dans le cas par exemple d´un arrêt cardiaque sur le secteur de l´engin demandé en renfort, c´est encore une autre véhicule d´un autre secteur qui viendra « combler le trou » pour réanimer la victime, pendant que l´engin sensé intervenir sur son secteur doit appuyer les collègues qui n´arrivent pas à soulever le brancard. (Cas vécu plus d´une fois)
  27. http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=ip1123#inter1
  28. « À cause de ses mensurations impressionnantes (170 kilos pour 2,05 mètres, NDLR) Thor passe pour un colosse, même aux yeux des autres hommes forts. » https://8e-etage.fr/2014/07/16/jai-rencontre-the-mountain-game-of-thrones
  29. http://udsp91.fr/femmes-pompiers-un-futur-historique – (extrait du site Internet du Sapeur-Pompier Magazine)
  30. Appareil Respiratoire Isolant
  31. Équipement de Protection Individuelle
  32. http://www.cidj.com/metiers-d-homme-metiers-de-femme-halte-aux-prejuges/sage-femme-un-metier-qui-attire-peu-les-hommes

(*1) « Cette enquête était fondée sur quatorze entretiens réalisés presque exclusivement par des étudiantes non titulaires, permettant d´alimenter l´article d´un homme professeur, titulaire… Une leçon de genre, si je puis dire. » (« Retour de flammes » de Romain Pudal).

(*2) Voir le chapitre « Comment se forge l´esprit de corps » dans l´ouvrage « retour de flammes », p.87.

 




La naïveté des anciens et des passionnés

Qui d´entre nous n´a jamais assisté à ces fameuses discussions passionnées où la nouvelle génération est au cœur du débat ? « On ne comprend pas pourquoi nos jeunes n´ont plus la flamme ! », s´exclament les nostalgiques de la morale et du savoir-faire, en se remémorant à quel point « dans l´temps, c´était aut´chose » … Dans ce même élan, l´élite des anciens, représentée par Adam Hansen, prend soudain conscience du problème.

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Il décide alors d´écrire à un nombre conséquent de collègues expérimentés afin de s´en quérir des connaissances de ces derniers. C´est donc dans un souci de compréhension q´Adam Hansen tape du poing sur la table et fait le point sur la situation dans l´article suivant.

_______________________________________________

(Par Adam Hansen – Traduction libre de l’anglais et adaptation par Patrick Lalonde et Richard Amnotte – Source : Fire Engineering, 4 mars 2016.)

E:\[ - Document - ]\Naiveté des ressources humaines\AdamHansen.jpgEn tant que jeune enfant qui a grandi dans une banlieue d’Amérique, j’ai développé, comme la plupart d’entre vous, un désir inexplicable de devenir pompier. Le son de la sirène fédérale dans la rue me faisait courir à la fenêtre, et ce à chaque fois que le service d’incendie partait pour une intervention. Les pompiers et le combat contre le feu étaient quelque chose de plus grand que nature ! Lorsque vous vous y arrêtez et pensez à cela, il est fou combien d’entre nous savions exactement ce que nous voulions être quand nous serions grands ; avant même de pouvoir compter jusqu’à dix. Comme la plupart des parents, ma maman et mon papa se disaient, « c’est seulement une phase, il va grandir et oubliera », mais il est évident qu’ils ont eu tort. À chaque année qui passait, mon amour pour les services d’incendie n’a fait qu’augmenter alors que je continuais à apprendre ce que ça signifiait vraiment d’être un pompier.

Au fond de mon cœur, je crois vraiment que la plupart des gens qui se joignent à un service d’incendie le font avec l’objectif initial de devenir le meilleur pompier qu’ils peuvent être. Les recrues parlent avec tellement de passion de la vie qui les attend. Comment ils veulent consacrer leur vie entière à devenir le meilleur pompier inimaginable. Ils utilisent des mots comme la tradition, la fierté, l’honneur, le courage et l’intégrité. Avez-vous déjà entendu une recrue dire à son premier jour au travail : « Ouais, c’est plutôt cool… je vais essayer ce travail et voir si je l’aime. » Biiin non !!! Au fond du regard de la recrue, vous voyez un reflet de vous-même ; exactement comme vous étiez le jour vous avez été embauché. Lorsque de nouveaux membres entrent dans ce métier, c’est une expérience très honnête et rafraîchissante pour nous tous. Nous nous souvenons de la façon dont nous nous sentions lorsque tous nos espoirs et nos rêves sont enfin devenus réalité. Avec un seul appel téléphonique du chef pompier, ou de celui qui a eu l’honneur de vous accueillir au service d’incendie, votre vie a changé à tout jamais à partir de ce moment-là. Lorsque vous vous arrêtez pour y penser, nous parlons vraiment d’un truc assez puissant.

Cela m’amène à une question qui me préoccupe depuis un certain temps. Que se passe-t-il avec la passion pour le travail de beaucoup de nos pompiers ? Qu’est-il arrivé au nouveau pompier qui ne pouvait plus attendre d’aller se faire former à l’école; le pompier qui était tellement excité de voir quel service allait l’embaucher ou quelle caserne il allait travailler ; le pompier qui arrivait au travail une heure plus tôt que prévu ; le pompier qui était si fier de porter l’uniforme afin que tout le monde connaisse le nom de sa nouvelle famille; le pompier qui, à part la naissance de son enfant, venait de vivre la plus grande chose inimaginable… une invitation à se joindre à la plus élitiste des fraternités sur la terre ?

Que se passe-t-il avec la passion de nos pompiers ? Le pompier qui avait une fois le sentiment de « gagner à la loterie », se sent maintenant comme si c’était seulement un travail, et que le service d’incendie lui doit quelque chose seulement pour se présenter à ce travail. À ça je réponds que c’est : « de la foutaise ». Si nous choisissons de tolérer ce sentiment et cette attitude, ils deviendront « la norme », que cela sera un énorme échec pour nous en tant que pompiers, mais surtout que ce sera un échec pour notre bien-aimé service d’incendie.

Je ne mentionne pas que ce problème s’applique à tous les pompiers, pas du tout. Il y a beaucoup de « pompiers passionnés » qui sont toujours là, sur la ligne de front, jour après jour, dans les services d’incendie de notre grand pays et du monde entier. Nous savons tous qui sont ces pompiers. Si vous êtes l’un de ces « pompiers passionnés », alors cet article est spécialement écrit pour vous. Encore plus que les pompiers qui ont perdu leur désir pour le travail. Ce sont les « pompiers passionnés » qui ont besoin de faire partie de cette conversation. C’est vous qui devez nous aider à trouver une réponse. C’est de votre aide que nous avons besoin pour découvrir un moyen d’empêcher nos confrères et consœurs d’abandonner leur travail. C’est de votre aide que nous avons besoin pour trouver un moyen de préserver cette grande fraternité que nous appelons un service d’incendie.

À première vue, cette simple question semble nécessiter une réponse simple. Cependant, après m’être lancé dans cette mission, j’ai trouvé que la réponse en est tout autrement. J’ai proposé cette question de « que se passe-t-il avec la passion de nos pompiers » aux membres de nombreux services d’incendie, couvrant tous les niveaux hiérarchiques, du secteur privé jusqu’aux directeurs de services d’incendie de grandes villes. Les réponses que j’ai reçues ont été, à plusieurs reprises, données comme une combinaison des éléments suivants :

« Oh, c’est juste une question de génération. »

Ces jeunes pompiers qui arrivent sur le marché du travail aujourd’hui ne sont pas faites du même tissu que les pompiers des générations passées. Les membres de la génération Y sont paresseux, gâtés, égoïstes et arrogants. Par le passé, un jeune pompier devait travailler dur pour se prouver et ainsi gagner le respect de ses confrères. Les jeunes pompiers d’aujourd’hui se sentent comme si le service d’incendie leur devait quelque chose, tout simplement pour se montrer le bout du nez et porter le t-shirt du service. En d’autres mots, ils sont de la génération « moi, moi, moi ».

« Tous les vrais pompiers ont quitté. »

Tout au long de l’histoire du service d’incendie, les pompiers d’expérience étaient justement cela… des pompiers d’expérience. C’était le pompier qui avait vingt à trente ans d’ancienneté dans le poste. Le pompier qui, non seulement connaissait son travail et le prenait au sérieux, mais qui avait l’expérience pour appuyer ses dires. Le pompier qui, lorsque vous commettiez une erreur, était le premier à vous dire mais qui vous prenait par la suite sous son aile pour vous montrer exactement ce que vous aviez fait de mal. Le pompier qui était le premier sorti de table au petit déjeuner pour commencer les tâches ménagères et ainsi « donner le ton à la journée », et le pompier qui n’avait jamais de problèmes à faire du temps supplémentaire pour enseigner la base à une jeune recrue et répondre à ses mille et une questions.

Autrement dit, des pompiers qui menaient par l’exemple. Il semble que beaucoup, pas tous, des pompiers d’expérience dans les services d’incendie d’aujourd’hui sont des « EUDN » (expérimentés uniquement de nom). Ils seront les premiers à vous dire combien d’années ils ont complétées dans le poste et qu’ils sont les plus vieux pompiers de la caserne, mais refusent systématiquement de transmettre les connaissances ou les informations qu’ils ont acquises tout au long de leur carrière. Si quelqu’un a du temps au travail, mais refuse de monter d’un cran son niveau et de prôner par l’exemple, ça ne fait pas d’eux des « pompiers d’expérience ». Cela signifie seulement qu’ils ont été embauchés avant vous, point.

« Nous n’avons plus autant de feux que nous avions. »

Il y a bien longtemps, un service d’incendie était justement cela, un service « d’incendie ». La majorité des appels étaient des incendies et nous intervenions sur « d’autres appels » qu’en cas de besoin. Les jeunes pompiers allaient à l’école avec l’image dans leur tête de Kurt Russell qui passait à travers l’embrasure d’une porte avec un petit enfant dans les bras, le manteau ouvert et tout le reste. Ne vous mentez pas ; si vous lisez cet article, c’est que vous avez vu le film au moins quelques fois. Les jeunes pompiers devaient passer par le processus d’embauche, pensant qu’ils allaient être au travail tous les soirs à ramper dans un couloir enfumé. Seulement pour réaliser que la réalité est d’être accroupie sur le sol à 2h00 du matin avec un brassard de pression sanguine dans la main, pour la troisième fois du quart de travail.

Pour être un bon pompier, c’est beaucoup plus que de sonner la charge dans un bâtiment en feu et de mettre la chose humide sur la chose rouge. Être un bon pompier signifie de se donner à 100% dans tous les aspects de l’emploi, peu importe comment grand ou petit cet aspect peut être. Cela signifie vérifier son camion aussi minutieusement sur le troisième appel que vous l’avez fait sur le premier. Cela signifie être fier de se former et de déployer des boyaux avec son équipe comme vous le feriez sur un feu réel. Cela signifie rester éveillé en pensant aux accidents évités de justesse pour éviter qu’une tragédie vous frappe ou frappe votre équipe. Et oui, cela signifie aussi traiter la belle vieille Madame Tremblay, qui est tombé de son lit à nouveau, tout comme vous le feriez avec votre propre grand-mère. Les membres du service qui ont pris leur retraite avec la réputation d’être de grands pompiers ne l’ont pas été à cause qu’ils savaient comment travailler avec des boyaux, même si c’était extrêmement important, mais plutôt par qu’ils avaient une grande fierté et qu’ils l’appliquaient jour après jour à tous les aspects de leur travail.

« C’est la faute à tout le monde. »

C’est la faute des chefs puisque nous avons cette nouvelle P.O.N. qui contredit la façon dont nous avons toujours fait les choses au cours des 50 dernières années. C’est la faute du DG si nous n’avons pas eu une augmentation de salaire depuis deux ans. C’est la faute du conseil de ville si nous devons conduire cette vieille autopompe qui a déjà connue des jours meilleurs. C’est la faute du public qui ne comprend pas ce qu’est une « véritable urgence ».

C’est la faute aux autres équipes qui ne nettoient pas le réfrigérateur lors du dernier jour de leur quart. C’est la faute de tout le monde, mais jamais la nôtre. Quand un nouveau pompier arrive dans le service, il se fiche éperdument s’il conduit le plus vieux camion de la ville ou celui qui vient à peine d’être livré du manufacturier. Je ne dis pas que nous ne devrions pas nous soucier de nos moyens de subsistance et de notre sécurité, pas du tout. Nous devons être nos propres promoteurs. Nous devons éduquer nos politiciens locaux sur les caractéristiques de sécurité de nos équipements, les avantages des différents appareils, et l’importance d’une main-d’œuvre qualifiée. Si nous ne le faisons pas, personne d’autre ne le fera.

Le problème est que beaucoup d’entre nous ne communiquons pas nos préoccupations correctement. Assis autour de la table de cuisine à se plaindre, jour après jour, ne résoudra en rien nos problèmes. Comme la plupart d’entre vous qui lisez cet article, j’ai moi aussi été aspiré dans ces conversations sans fin assis autour d’une table. Les conversations qui mettent en évidence un problème, mais sans jamais réellement essayer de le résoudre. La conversation qui tourne simplement en une session de gémissements et de plaintes, sans jamais vraiment essayer de résoudre le problème à la portée de main. Eldridge Cleaver a déjà dit : « Si vous ne faites pas partie de la solution, vous faites partie du problème ».

« Ce n’est plus un effort d’équipe. »

Le service d’incendie a déjà autrefois été l’endroit où tout le monde travaillait ensemble afin d’accomplir la mission. Aujourd’hui, il semble que beaucoup y sont pour la gloire individuelle. Après un incendie, les pompiers vous diront à quel point ils ont bien établi les lignes et atteint rapidement le point d’origine de l’incendie. Alors que dans un même souffle, ils s’assureront de vous informer sur la façon dont les autres pompiers tâtonnaient difficilement autour de la porte d’entrée. Quand un jeune pompier ou un officier de caserne arrive avec une nouvelle idée qui pourrait réellement permettre d’améliorer l’ensemble du service, on lui tire dessus à boulets rouges. Pourquoi ?

Pour utiliser des termes sans équivoques, parce que l’idée ne vient pas de quelqu’un avec plus de bananes sur les épaules. Nous sommes si prompts à juger et rabaisser les autres pour tenter de nous faire sentir mieux en tant qu’individus. J’ai entendu et vu des histoires de pompiers et même des officiers crier aux recrues sur une scène d’incendie simplement parce qu’ils « ne faisaient pas les choses de la bonne façon ». Je dis que c’est une honte de voir un pompier d’expérience et surtout un officier crier à une recrue parce que la tâche n’a pas été réalisée selon leurs attentes. La dernière fois que j’ai vérifié, un pompier était le reflet direct de son officier. Si le pompier n’effectue pas le travail selon les normes, c’est que c’est la faute de l’officier qui ne lui a pas enseigné de la bonne façon. Il appartient aux pompiers d’expérience et aux officiers d’encadrer et d’encourager les jeunes esprits frais du service d’incendie. Nous avons besoin de renforcer leur confiance et faire en sorte qu’ils deviendront de grands pompiers, pas de crier et de briser leur estime de soi. Les équipes et les services d’incendie en entier sont seulement aussi forts que leur maillon le plus faible. Nous devons aider à améliorer notre maillon le plus faible dans le but de rendre notre équipe et notre service d’incendie performants.

Alors que je me lançais dans cette mission, d’autres explications sur les raisons pour lesquelles les pompiers sont en train de perdre leur passion étaient mentionnées. Cependant, ces cinq m’étaient continuellement répétées. À chaque pompier à qui j’ai parlé, ces cinq éléments étaient une préoccupation réelle, et chaque membre ressentait que ces items étaient des facteurs contributifs majeurs au problème global d’une certaine façon ou d’une autre.

Lorsque vous devenez un pompier, tout le monde vous dit, vous ne serez jamais riche, vous allez manquer beaucoup de parties de baseball de vos enfants, et vous aurez beaucoup de nuits blanches. Mais malgré ces inconvénients, il y a mille et une raisons pour lesquelles c’est le plus beau métier du monde. Les pompiers qui m’ont aidé à apporter des réponses à cette question, m’ont fait comprendre que la réponse est tout sauf simple. Au contraire, c’est extrêmement complexe.

Mes intentions ne sont pas de résoudre ce problème avec un simple article et de l’envelopper joliment avec un ruban ; ce n’est pas du tout mon intention. Mon espoir est d’initier une conversation. Ce concept de la passion des pompiers n’est pas aussi sexy que d’autres sujets tels que la sécurité des pompiers et la survie, ou l’entrée forcée, mais ce concept est essentiel à la survie de nos services d’incendie. Si nous perdons la mission et l’amour de notre métier, alors toute la formation et l’éducation sur la stratégie et les tactiques seront en vain. Je pense que le vieux dicton, « C’est non seulement un emploi, c’est un mode de vie » est extrêmement important dans cette conversation.

Si nous permettons à nos services d’incendie de devenir juste un travail, alors nous ferons honte à toutes les générations qui nous ont précédé. Nous avons besoin de ceux qui n’ont pas perdu l’amour de leur métier, les « pompiers passionnés », pour aider à trouver un moyen de garder la fierté et l’intégrité de notre style de vie et de notre fraternité. Nous devons garder notre famille unie.

Adam J. Hansen (Firefighter/Paramedic – Branford, CT)

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Ma réponse :

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Tout d’abord, je tiens à vous remercier d’avoir réagi et partagé à l’écrit vos réflexions sur ce sujet qui est à la fois profondément tragique et humain. Je comprends vos questionnements et ayant lu attentivement votre article, je me permets de vous faire part de mon analyse.

Appartenant à cette fameuse génération Y (dont vous faites partie aussi), ainsi qu’à cette élite de pompiers passionnés que vous évoquez à maintes reprises, il me semble important de réagir à mon tour sur certaines notions faisant apparaître une analyse plus juste du sujet.

En preuve de la légitimité de ma réaction, je vous invite à lire le contenu de mon profil LinkedIn, ainsi que celui de mon livre « L’éthique du sauveteur », disponible gratuitement au lien suivant: https://drive.google.com/file/d/0B6GGBwOEqBUgaV9kSEtjWE9XcFk/view?pageId=103254668093704613595 – Ces informations vous amèneront probablement dans un premier temps des éléments de réponse que vous n’aviez pas entendus auparavant.

Dans un second temps, je me permettrais de faire une analyse directe et personnelle de votre article. Dans celui-ci, vous utilisez un certain nombre de mots comme « élitiste », « norme », « passionnés », « paresseux », « égoïste », « expérience », « fierté » ou encore « intégrité ». Ces mots ont des valeurs et des intensités propres au contexte moral de la personne qui les utilise. En effet, en confrontant un ancien pompier de 95 ans avec un jeune collègue de 25 ans, il serait impossible d’initier une communication directe et réelle sans que l’un se replace dans le contexte géopolitique, économique et culturel de l’autre. Comment un pompier ayant servi pendant l’après-guerre pourrait avoir la même notion de la valeur de la vie humaine que son homologue vivant à une période avancée du capitalisme actuel ?

Ces deux individus, ayant de prime abord la même fonction, n’ont rien d’autre en commun que le fait de respirer ! Un éventuel échange d’informations et de valeurs entre l’un et l’autre ne serait alors possible qu’à travers une compréhension et une prise de conscience profonde de la condition de vie de l’un par rapport à l’autre.

Une analyse historique :

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Tout problème se situant temporellement dans le présent trouve son essence, son explication, voire sa solution dans l’analyse du passé. L’humain est ainsi fait, il reproduit constamment à travers les époques les mêmes erreurs. Ces erreurs, qui ne sont en fait que des étapes logiques de l’évolution de l’humanité, évoluent-elles aussi, faisant croire à l’homme qu’il fait face à de nouveaux problèmes !

Cependant la problématique que nous vivons actuellement n’est spécifique que dans sa forme d’évolution : les maux générationnels et les incompréhensions sociétales ont toujours existé et les personnes vivant en ces temps-là pensaient elles-aussi qu’elles vivaient une situation particulière. En 2015, Rolf Schamberger a publié un livre assez exhaustif sur l’histoire de la lutte contre les incendies, « Brandschutzgeschichte » (Edition Kohlhammer). Il raconte très impartialement comment les mentalités évoluent, s’adaptent et se détériorent à travers les époques, les générations, les civilisations. Si vous vous intéressez profondément à notre histoire, vous apprendrez et comprendrez que de tout temps, il y eut des périodes sombres et des comportements humains s’y rattachant. Ne pas comprendre l’histoire humaine c’est ne pas connaître la problématique générationnelle actuelle.

Je suis d’ailleurs très étonné que vous vous posiez la question. Vous expliquez dans votre article que vous croyez du fond du cœur, que la plupart des gens qui se joignent à un service d’incendie le font avec l’objectif initial de devenir le meilleur pompier qu’ils peuvent être. Cher Adam Hansen, vous êtes-vous réellement bien renseigné sur le sujet ? Ou est-ce une vue de votre esprit développée au cours de diverses discussions de table ?

J’ai intégré trois corps de pompiers dans trois pays différents et depuis mon vécu j’ai pu constater tout à fait l’inverse de vos impressions : il y a et il y a toujours eu une grande variété de motivations allant même jusqu’aux plus invraisemblables et ce, à toutes les époques : quelles étaient les motivations des mères de familles, pompières qui constituaient en majeur partie les corps de pompiers en Allemagne en 1943 ? Pour quelles raisons s’engageaient les premiers sapeurs-pompiers municipaux de l’histoire à Rome en l’an 50, les « vigiles » ? Vous êtes-vous déjà réellement posé la question, cher Adam ? Comment pourrait-on le savoir ?

L’analyse historique devrait faire partie de nos bases de connaissances : un pompier passionné, faisant partie de la plus élitiste des fraternités, devrait connaître l’histoire de ses pairs et savoir en tirer des analyses, non pas parce que c’est intéressant, mais pour se préparer aux situations futures, ne pas rester désemparé comme vous l’êtes face aux réalités humaines. Enseigne-t-on l’histoire dans vos académies de formation ? Si oui, lui donne-t-on une quelconque importance dans le quotidien des centres de secours ?

Un sapeur-pompier d’expérience ne l’est pas seulement à travers son propre vécu en intervention, mais à travers son analyse des expériences quelles qu’elles soient, peu importe qu’elles viennent d’autres services de secours, d’autres pays ou qu’elles aient été vécues à d’autres époques. L’expérience n’est pas seulement le fameux retour d’expérience de la dernière intervention, mais le comment et le pourquoi à travers les générations et donc les époques.

Un pompier d’élite, ayant cette passion pour son métier, au point d’en connaître son histoire profonde ne serait donc pas étonné par la situation actuelle, car passée au crible de l’expérience véritable elle devient une logique universelle identifiable par son passé.

Une analyse politico-économique :

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L’analyse historique de la lutte contre les incendies nous amène donc à une réflexion plus localisée, celle de l’évolution des hommes qui nous dirigent et de leur instrument : la marchandise. Cette marchandise qui au fil de son histoire, a asservi l’homme.

À l’époque de la communauté dite présocratique, nous vivions en relation direct avec la nature, c’est-à-dire avec nous-même. Francis Cousin explique dans « l’être contre l’avoir » comment les communautés primitives vivaient et ce que la notion de la famille signifiait pour eux. Les relations entre les hommes commencèrent à changer pendant la période post-socratique, quand la marchandise entra en mouvement et créa l’argent qui asservit l’humain pour le transformer jusqu’à nos jours en valeur échangeable. Les hommes qui vivaient auparavant en osmose avec eux-mêmes et leur environnement, tentèrent au fil des siècles de résister face à l’histoire autodestructrice du royaume marchand, ce dernier créa alors la politique et la religion pour maintenir les hommes sous contrôle permanent.

Notre existence n’a été jusqu’à aujourd’hui qu’une lutte désespérée contre le fétichisme de la marchandise et Marx, qui a tout dit sur ce sujet, avait déjà prévu en son temps ce qui allait se passer aujourd’hui. Notre monde, contrôlé par la consommation et donc modéré par les politiques, n’est qu’une fuite en avant forcée vers la déconstruction et la reconstruction programmée des valeurs humaines profondes.

La famille, la passion, l’intégrité, l’expérience sont des valeurs qui actuellement ne prennent leur sens qu’à travers la société de consommation que nous avons fabriquée. La valeur marchande absorbe tout ce qui émane de notre humanité pour le retourner contre nous. L’environnement du pompier est bien évidemment lui aussi aspiré et transformé en valeur commercialisable, c’est ainsi que des officiers-pompiers français établirent en 2011 une étude sur l’identification du coût de la vie des personnes sauvées, où ils exposaient tranquillement, mais sûrement, combien un sauvetage rapporte à la société. Il n’est donc pas étonnant de voir fleurir de plus en plus des formations de type business obligeant les participants ayant soif de savoir, à payer 1000 euros pour un seul jour d’instruction.

En outre, je me permets de revenir sur certains termes que vous utilisez à plusieurs reprises. « L’élite » ou encore « la fierté » sont des mots directement créés par le fétichisme de la marchandise, ils sont un appel au cloisonnement, à la création de castes et à l’égocentrisme. « Le désir pour le travail » ? Connaissez-vous l’origine du mot « travail » ? Il est issu du latin Tripalium (étymologie remise en cause par certains médias) étant un instrument de torture, ensuite utilisé au fil des âges pour définir le tourment ou encore la souffrance. Ce sont ces valeurs qui ont créées cette fameuse génération « moi, moi, moi » que vous critiquez tant. Le comportement de nos jeunes serait-il une réponse à notre propre ignorance et arrogance élitiste ? Laurence Johnston Peter qui publia son livre « The Peter Principle » en 1968, explique avec beaucoup de simplicité et d’humour les systèmes de hiérarchie du monde du travail nous amenant inéluctablement à l’échec.

Au final, après une brève analyse de notre système politico-économique, on remarque rapidement que le problème ne vient pas de la génération Y, mais bien des générations précédentes qui ont passivement laissé le monde politico-monétaire s’imposer au fil des époques. Comment voulez-vous, mon cher Adam, éduquer nos politiciens qui pendant des siècles de manipulations marchandes se sont ancrés dans les rouages de notre société ?

Les immigrations forcées, les guerres, les lois votées en secret, les attentats, la marchandisation de l’humain, la pollution massive industrielle sont des faits politico-économiques que nous avons admis depuis plusieurs siècles. La situation actuelle n’est que le résultat de l’évolution avancée du capital marchand que nos prédécesseurs expérimentés, éduqués à grand coup de Kurt Russel, ont laissée faire.

Une analyse philosophique :

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À vrai dire, il est inutile de se cultiver et d’analyser son environnement sans développer une dialectique amenant à une amélioration profonde : apprendre l’histoire des camions rouges, analyser les risques sur intervention ou encore se tenir informé des dernières méthodes d’extinction n’ont de sens que pour mieux se confronter à la réalité du moment.

La passion de nos pompiers est et a été de tout temps dépendante de l’évolution de son environnement et si nos jeunes collègues aujourd’hui ont un comportement paresseux, gâté, égoïste et arrogant c’est en réaction à un monde perverti par les lois de la consommation, ce monde-là messieurs, nous l’avons créé et laissé tel quel aux nouvelles générations. Tant que le problème ne sera pas traité en profondeur, le comportement des jeunes recrues ne fera que s’aggraver.

Les jeunes générations sont éduquées à grand coup de smartphones et de télévisions, quand bien même des milliers d’études démontrent la haute nocivité de ces divertissements. Mais qui les éduquent ainsi ? Qu’en est-il dans nos services de secours ? Durant nos gardes, la communication entre les collègues s’est détériorée en l’espace de quelques années et il ne fallut que peu de temps avant que plusieurs d’entre nous ne s’assoient dans leur coin, pianotant sur leurs téléphones ou se regroupant devant la télévision, se fermant ainsi à la relation sociale réelle dans la garde. Regardez vos jeunes générations, c’est vous qui les avez créées et acceptées ainsi !

Alors, maintenant que les bras nous en tombent et que nous nous rendons compte que les nouveaux arrivants ne sont pas motivés et peu sociables. N’est-il pas un peu trop tard pour réagir ? Que faire ?

Les solutions sont difficiles à intégrer, mais sont claires et logiques. Il faut tout d’abord accepter le fait que nous avons foiré ! Reconnaître de manière objective et profonde où sont nos erreurs. C’est en analysant humblement la situation actuelle et surtout ce qui nous y a amené (sans se trouver des justifications malhonnêtes) que nous pourrons commencer à nous diriger vers des solutions effectives et valables. Utiliser toutes nos connaissances pour comprendre ce que nous avons fait de mal.

Le pompier doit changer profondément sa vision du monde, il doit acquérir une intelligence réelle qui lui permettra à travers les générations de prendre de la hauteur dans son environnement. Ce changement profond ne pourra s’initier que par des anciens qui acceptent et des nouveaux qui apprennent à accepter.

Il faut changer fondamentalement les matières enseignées dans nos formations et ce, à tous les niveaux. Les nouvelles recrues doivent apprendre à se rééduquer par elles-mêmes, dans une société qui les a perverties : les académies et les centres de formations doivent proposer en premier lieu, des cours d’éthique, de philosophie, de politique, d’histoire ou encore d’économie, tout cela se rapportant au milieu du sapeur-pompier. Il faut donner aux jeunes arrivants les moyens de se détacher d’un monde perverti et pervertissant, pour lequel ils devront intervenir. Ils doivent comprendre d’où vient cette perversion et proposer, en plus de ses services, une réelle alternative !

Le fonctionnement de la hiérarchie doit changer en profondeur, les responsables de groupes doivent sortir de cette passivité et supprimer tous les éléments qui nuisent au bon développement du corps. Chaque concession faite, chaque « ça, on peut rien y faire », ou encore « c’est comme ça et il faut vivre avec » fera stagner et empêchera l’évolution positive de nos troupes.

« Préserver la fierté et l’intégrité de notre fraternité » et « garder notre famille unie » ne resteront que des paroles en l’air tant qu’elles ne s’accompagneront pas d’actes réels et de changement radicaux s’opposant à nos lois de consommation actuelle: rallonger le temps d’instruction philosophique de nos recrues, supprimer les écrans dans les centres de secours, initier des activités purement sociales entre les collègues ou encore éradiquer les luttes hiérarchiques internes, sont des mesures parmi tant d’autres qui recréeront un souffle de vie régénérateur.

Les parents n’éduquent pas leurs enfants afin qu’ils soient disciplinés et qu’ils fassent bien la vaisselle, ils les éduquent afin qu’ils deviennent meilleurs qu’eux et qu’ils ne fassent pas les mêmes erreurs. Éduquons nos jeunes recrues comme nous le ferions pour nos enfants : leur fonction de sauveurs d’hommes ne prendra de sens que dans la reconnaissance et l’amour profond qu’ils porteront envers l’humanité.

 

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Rédaction : Christophe Benfeghoul

Correction précise et méticuleuse : Denis Clouet




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