L’importance de la préparation mentale

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« C’est dans la tête les gars ! »… combien de fois avez-vous entendu ce type de remarque de la part du caporal-chef sans peur et sans reproche ? « C’est au mental ! » Citation hautement philosophique, criée à l’oreille du « piaf » fraichement arrivé, afin de lui enseigner que pompier c’est aussi un mental d’acier… En réalité, ce genre d’encouragement est plus communément lancé pendant la séance de sport, pour « motiver » le collègue à tirer bien salement sa dernière traction (et accessoirement développer une bonne tendinite)…

En dehors de ces quelques élans de motivation mentale, le sapeur-pompier ne semble pas très intéressé par le « psy ». que durant les interventions compliquées, quand un intervenant décède ou se blesse gravement, parce que les « fils se sont touchés », que l’on est obligé d’admettre que la condition mentale remplit un rôle majeur dans le déroulement de l’intervention.

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Alors pendant que les uns font du « psy » pour améliorer leur séance de Cross-Fit, d’autres se penchent plus sérieusement sur le sujet ; Thierry Guilbert, instructeur au SDIS 78, a décidé, depuis maintenant plusieurs années, de développer une préparation mentale spécifique au port de l’ARI.

« Une situation d’urgence est obligatoirement génératrice de stress.

En effet le caractère « urgent » de cette situation nécessite des prises de décisions rapides avec des objectifs précis déclenchant une montée en pression des intervenants, augmentant très significativement avec la prise de risque liée au dynamise de cette situation.

Il n’existe pas aujourd’hui de préparation psychologique permettant aux intervenants de se prémunir des mécanismes mentaux produits par le vécu d’une opération. Toutefois, la prise en charge psychologique post opératoire est amorcée progressivement dans certains SDIS permettant de déceler les altérations engendrées par le vécu d’une situation opérationnelle difficile.

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Mais il semblerait que ces atteintes psychologiques pourraient être atténuées par une formation et une préparation diffusée en amont de l’opération. Qui plus est, cette préparation permettrait aux intervenants d’appréhender l’intervention et surtout de savoir à quoi ils risquent d’être confrontés psychologiquement, consciemment et inconsciemment, dans le but de se protéger des mécanismes protectionnistes et empiriques de notre cerveau. Le but étant d’augmenter significativement nos capacités d’analyse en situation de stress pour mieux réagir et éviter des mises en danger commandées par les commandements de la virilité absolue ou le syndrome de Superman. »

Thierry reconnait entre-autres, le caractère individuel de la gestion du stress ; les sapeurs-pompiers ne sont pas égaux sur intervention ! Le mental est considéré comme le résultat de toute une vie…

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« Nous sommes tous différents et totalement inégaux dans nos capacités à réagir dans l’urgence. Mais les mécanismes impactant les capacités à réagir dans l’urgence ont une incidence identique. C’est la capacité de gestion de ces conséquences qui diffère d’un individu à l’autre. Les mécanismes de défense comme la sidération ou la transmission du stress, comme l’émoi collectif, touchent tous les individus liés de prêt et de loin à la situation.

Néanmoins l’effet est différent et en rapport avec plusieurs paramètres propres à chaque individu : Le vécu personnel (et ce depuis l’enfance), la formation, l’expérience professionnelle, la proximité avec la situation, etc. Les individus formés à la reconnaissance de ces mécanismes sont aussi impactés mais plus à même d’en contrôler les effets et donc de garder une lucidité nécessaire à leur sauvegarde mentale et à une efficacité opérationnelle. »

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Les faits et gestes d’un intervenant en situation « d’urgence » sont donc définis par son éducation et son évolution : cette réflexion amène donc à l’acceptation des différences de comportement. Le « moule pompier » est alors un mythe qui en fait n’existe qu’en surface… À travers cette analyse, l’adjudant Guilbert remarque que le mentale est un domaine encore ignoré des sapeurs-pompiers.

« Ce domaine est lié à la construction psychique du nourrisson au sapeur-pompier adulte. Cette construction est totalement individuelle et englobe des domaines complexes, croisés, conscients et inconscients de processus relevant de l’esprit, de l’intelligence, de l’affectivité et de la volonté. Le mental est donc considéré comme une nébuleuse complexe et aléatoire ne pouvant intéresser que les professionnels de la psychologie.

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Les sapeurs-pompiers qui sont des « praticos-pratiquants » ne portent que peu d’intérêt à ce domaine trop abstrait et qui parait ne pas être un atout puisque la force physique et l’agilité technique semblent être les domaines les plus nobles et nécessaires à l’activité opérationnelle. Or, il s’avère que nos comportements et notre gestion de l’émotion peuvent être à l’origine d’accidents.

Un comportement néfaste est une résultante de l’action déclenchée par une analyse qui a été faussée par une émotion ou une sensation désagréable. A ce moment précis il s’agit bien d’une erreur de jugement engendrée par une diminution de notre lucidité ou de notre capacité d’analyse déclenchée par la gestion non maîtrisée d’une émotion. Ces incidences mentales peuvent commencer par influer sur nos capacités de réflexion jusqu’à nous faire perdre notre sang-froid. Partant du principe que nous ne pouvons appréhender dans l’urgence que ce que nous avons déjà vécus et appris à gérer, pourquoi ne pas préparer notre cerveau à gérer les émotions anxiogènes comme nous le faisons avec nos mains lorsque nous apprenons un nouveau nœud de corde ? »

Thierry Guilbert pousse l’analyse plus loin qu’une simple observation de faits physio-psychologique ; selon-lui, la condition mentale de l’intervenant est directement dépendantes des émotions provoquées par son environnement : anxiété, fierté, peur, sentiment d’invincibilité…

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« L’instant d’une opération de lutte contre un incendie de structure où les intervenants sont le plus exposés aux risques est lorsqu’ils coiffent un appareil respiratoire pour s’engager dans un endroit fuit de tous et où toute forme de vie est compromise. Le simple fait d’en prendre conscience est anxiogène. Cet épisode anxiogène est généralement mis au second plan par le fait que nous sommes là pour faire ce que personne d’autre ne fait à notre place. Ce sentiment est renforcé par le respect et l’admiration que nous témoigne la population (effet pervers de la reconnaissance qui pousse à prendre des risques sans prise de conscience du risque).

Nos équipements de protection individuelle ainsi que nos moyens d’extinction de plus en plus performants nous grisent et perturbent notre jugement et notre évaluation du risque. Le manque d’expérience et de vécu opérationnel diminuent nos capacités d’adaptation. Tous ces éléments diminuent notre crainte du danger et notre niveau de vigilance.

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L’homme a survécu sur terre parce qu’il avait peur et qu’il a appris à craindre et donc à éviter le danger. L’homme moderne vit dans le confort et a oublié les peurs primaires qui lui ont permis de survivre. Lorsqu’il se retrouve confronté à ces peurs, il n’arrive pas à les gérer et ne sait plus quel comportement adopter, il peut alors perdre sa lucidité voir même jusqu’à la raison. »

La condition mentale, étant directement générée par notre environnement, celui-ci sera alors à l’origine de nombreux disfonctionnements sur intervention.

« Une situation peut paraître anxiogène pour certain et ne pas l’être pour d’autre, d’où certaine interaction négative entre individus pour cause de transmission d’information jugée normale pour le transmetteur et ressentie comme très anxiogène par le receveur, vice et versa. Il est nécessaire que cette notion de transmission anxiogène soit perçue pour préparer les intervenants à se protéger des effets néfastes d’une verbalisation ou d’une action non opportune lors d’une opération.

Elle est d’autant plus importante lorsque ce sont des intervenants qui sont impactés par le sinistre et qu’il faut les secourir. L’émotion sera tellement prédominante que les prises de risques des sauveteurs seront maximum et les règles de sécurité bafouées pour éviter d’être freiné voir empêché dans l’action. Il y a donc deux grandes familles de déclencheurs émotionnels : Les sensoriels directs et les transmis indirects.

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Lors d’une opération de lutte contre un incendie de structure les intervenants les plus exposés aux déclencheurs sensoriels directs sont ceux qui sont engagés en première ligne. Les porteurs d’appareil respiratoire isolant sont ceux qui amassent le plus d’informations, qui ressentent le plus de sensations stressantes, chaleur, humidité, cris, bruits, etc ; sans compter la progression dans les fumées toxiques. Les intervenants restés à l’extérieur de la zone impactée par le sinistre sont soumis à la transmission des informations et aux actions des intervenants engagés de façon indirecte à travers cette communication. Les risques étant généralement beaucoup plus concentrés dans la zone sinistrée, l’anxiété générée par l’engagement des personnels dans cette zone est indirectement ressentie et transmise aux intervenants externes, surtout dans le niveau hiérarchique inscrit dans le commandement. Cette zone de danger illustrée plus avant, est l’endroit de tous les risques d’accident et de problèmes pour les porteurs engagés. En cas de problème, la transmission des informations et le transit de celles-ci entre les intervenants est primordiale.

Bien souvent, les accidents sont aggravés par un défaut de communication et de transmission d’information entre les intervenants. Lorsque cela est le cas, il s’en suit une déstratification de la chaîne de commandement, une période de déstabilisation et d’agitation, pouvant amener certains intervenants à s’auto-engager sous l’impulsion émotionnelle collective. Il est donc clairement définit que nos réactions et nos comportements sont dirigés par nos capacités à garder notre sang froid et surtout à gérer nos émotions et notre comportement. 

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Lorsque notre survie n’est pas menacée, les informations sont dirigées et mieux traitées par le cerveau limbique. Il va rapidement les classer dans un registre agréable ou désagréable. S’il juge l’information agréable au niveau émotionnel il va la transmettre au cortex pour analyse et action. S’il juge l’information désagréable, il freine le transfert au cortex et peu même la bloquer au risque d’être submergé par une émotion et déclencher une réaction reptilienne de défense et d’évitement.

Lorsque cette information est accompagnée de souffrance, d’anxiété, de nervosité, les effets du blocage peuvent être très rapides et créer un schéma réactif très violent, agressivité, panique, émoi, sidération, fuite aveugle, etc. Le cortex est influencé par les sensations et notre façon de gérer nos émotions, mais aussi par l’autosuggestion. »

Il est alors nécessaire de comprendre le fonctionnement de notre cerveau (de manière simplifiée… « Parce qu’on n’est pas neurologue ») et de ces différentes parties, afin d’apprendre avec humilité à contrôler nos émotions de manière positive à l’instant T.

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 » Si notre survie est engagée, le reptilien prend l’exclusivité des commandes de toutes les fonctions cognitives et répond immédiatement et instinctivement sans analyse ni empathie. La souffrance et les blessures augmentent significativement le temps de réponse. Ainsi, un binôme pris au piège par la propagation d’un feu au 5ème étage d’un immeuble et commençant à souffrir de brûlures peut prendre la décision fatale de se défenestrer si son itinéraire de repli ou de secours n’est plus accessible. Deux membres d’un binôme pris dans les flammes ne peuvent se porter secours l’un et l’autre, puisque totalement obnubilés par leur propre survie. Ce n’est que lorsqu’il se retrouve hors de danger que l’individu prend conscience de la situation. C’est à ce moment-là que la culpabilité et la vulnérabilité envahissent le limbique et créent un traumatisme psychologique important qui n’est jamais directement mesuré parce que la fonction ne peut subir aucune faiblesse. Nous préférons vivre avec nos fantômes plutôt que de partager notre douleur qui pourrait être considérée comme une faiblesse par nos collègues. « 

Thierry prend bien évidemment en compte l’utilisation du matériel et ses répercussions sur le triangle capacitaire. Il compare les équipements de différents corps d’intervention et n’hésite pas à dénoncer la gadgetisation du sapeur-pompier…

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« La plongée subaquatique est très similaire au port d’un ARI. Un plongeur utilise un appareil respiratoire pour progresser en milieu aquatique où Il sait, par la force des choses, qu’il doit sa survie à son appareil. Outre le fait que le scaphandrier est conscient de ce risque il l’est aussi inconsciemment. Lors de notre enfance il nous est arrivé de « boire la tasse » et cette expérience très désagréable a très franchement marqué notre cerveau au point que nous ne mettons pas en doute ce risque létal qu’est la noyade. Le pompier, n’a pas ou très peu subit cette expérience d’asphyxie et suffocation par l’inhalation des fumées et son cerveau a bien analysé que c’était dangereux mais pas au point de développer une absolue nécessité de se protéger de ces gaz toxiques.

Porter un ARI d’une dizaine de kilos, respirer dans un masque en faisant un effort est à la portée de toute personne valide, normalement constituée et pratiquant régulièrement une activité physique. Mais porter un ARI en plus des EPI et des matériels de base pour réaliser un effort violent, dans une situation anxiogène, bruyante, dangereuse ; le tout sans aucune visibilité dans une atmosphère impropre à la vie dissimulant un feu dévorant tout ce qui est combustible, n’est certainement pas à la portée du premier venu.

La multiplicité des matériels emportés nécessite un socle de connaissances solide et une aptitude à les utiliser en temps voulu de façon quasi automatique voir réflexe. Cependant la formation des personnels à l’utilisation de tous ces matériels, en plus des techniques opérationnelles de bases est très chronophage et nécessite de plus en plus d’heures de formation. Le fait d’emporter des matériels dont on ne sait se servir qu’approximativement peut être source de stress. Peut-être qu’à travers l’abondance de ces matériels et outils nous essayons de nous rassurer et de nous convaincre qu’ils répondront à toutes situations à notre place?

Mais le cerveau est très exclusif, encore plus en situation de stress et tous ces outils et gadgets resteront dans nos poches et ce malgré nous. Dans un registre plus théorique, mais somme toute indispensable, la méconnaissance du système feu amène les porteurs à prendre des risques non évalués et les rend vulnérables. Peut-être est-il nécessaire de réduire le nombre de nos outils au bénéfice d’un apprentissage plus régulier et abouti ? »

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On comprend donc qu’un entraînement mental peut s’avérer important dans le cadre d’une amélioration radicale des conditions d’interventions.

Au fil des années, l’adjudant Guilbert a conçu une préparation mentale et surtout une manière de sensibiliser l’intervenant à l’importance des émotions durant les interventions, notamment celles nécessitant le port d’un appareil respiratoire.

« Il faut être conscient du danger et de la prise de risque pour s’en prémunir. Une situation anxiogène peur être gérée si elle a déjà été appréhendée et si on a appris à en reconnaître les signes et les effets. Cet apprentissage au stress peut être réalisé aux moyens de nombreuses expériences opérationnelles ou lors d’entraînement individualisé, ciblé et décontextualisé. Les progrès qui ont été réalisés dans le domaine de la prévention des risques d’incendie ainsi que la rénovation des installations techniques des habitats durant les dernières décennies ont très fortement diminués les interventions de lutte contre les incendies de structures.

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De ce fait, cette baisse du nombre d’intervention a aussi diminué notre niveau d’expérience et nos capacités à la lecture du risque en temps réel. Les entrainements sont donc indispensables pour construire un schéma analytique conscientisé qui nous permet de reconnaître les effets d’une émotion ou d’un stress et de pouvoir le gérer pour garder notre sang-froid et notre lucidité.

Il est possible de créer des situations anxiogènes nivelées et évolutives permettant à un porteur de reconnaître des indicateurs d’anxiété, de les apprivoiser et de les enregistrer sous forme de curseurs mentaux et ainsi de se prémunir d’une émotion qui développerait une sensation stressante équivalente.

Cette méthode ressemble à bien des aspects à la « formation par inoculation du stress ». Développée par un Professeur en psychologie, le Professeur américain Donald Meichenbaum, cette méthode fonctionne comme un « vaccin » qui diminue les effets phobiques du stress par un apprentissage adapté, nivelé et évolutif. Le porteur d’ARI est confronté à des situations anxiogènes simples qui sont ensuite légèrement augmentées pour créer une accoutumance par une analyse des indicateurs de stress. La claustrophobie, la peur du blocage physique, la difficulté à reprendre son souffle auxquels s’ajoutent l’effort physique intense et une application technique spécifique sont des situations anxiogènes qui doivent être appréhendées pour être connues et analysées autrement que sur opération. L’improvisation ne peut aboutir qu’à des actions approximatives voir instinctives et donc non adaptées à la situation.

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Cet apprentissage se doit d’être nivelé, adapté et évolutif pour permettre aux apprenants de construire un schéma analytique progressif et individualisé. Les séquences proposées doivent comprendre des exercices individualisés et adaptés à tous les personnels venus se former. En premier lieu il est important de confronter les stagiaires à des mises en situation décontextualisées pour éviter les effets de mimétisme en rapport avec une situation opérationnelle type. Ces situations doivent permettre de stimuler les domaines physiques, techniques et surtout mentaux.

Avant toute mise en situation ou exercice il est indispensable de créer un état de confiance mutuelle. Cette confiance doit être installée et partagée entre le formateur et ses stagiaires mais aussi mise en exergue chez les stagiaires eux-mêmes. Il arrive parfois que des SP soient peu habiles ou peu à l’aise lors d’exercices puisqu’ils manquent de confiance en eux, le contraire est aussi souvent remarqué. Il est donc essentiel que ces exercices ne soient pas certificatifs. Cet apprentissage demande du volontarisme de la part de l’apprenant et une capacité à occulter tout jugement de la part du formateur.

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En formation, les situations décontextualisées permettent de détacher l’action de l’apprenant du contexte opérationnel interprétable et imaginaire. Cela permet de concentrer l’analyse et la reconnaissance de signes annonciateurs de stress sans être accaparé et perturbé par une situation opérationnelle dynamique et complexe. »

Thierry met le point sur l’importance du déroulement de la formation et surtout de l’attention qu’il faudra porter à « l’avant » et au « pendant » de cet entraînement.

« Une explication de l’exercice et des objectifs recherchés sont indispensables. Il faut que le stagiaire sache qu’il va être amené à découvrir des sensations nouvelles et surtout qu’il va devoir apprendre à les gérer pour garder sa lucidité. Ce briefing permet de présenter le domaine mental en l’illustrant avec des mots simples pour faire prendre conscience de son importance dans l’apprentissage global du SP.

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Lors de ce briefing le formateur peut expliquer simplement le fonctionnement du cerveau et les incidences dues au manque de partage des informations entre les différentes parties de celui-ci en situation de stress. Cette explication simplifiée permet aux stagiaires de comprendre le fonctionnement inconscient de leur cerveau et de se préparer à rechercher leurs propres indicateurs de stress pour mieux s’en prémunir. Cette étape n’est pas nécessairement à réaliser dans une salle de cours pendant des heures de face-face pédagogique, mais plutôt sur le terrain à la collégiale pendant une dizaine de minute.

A la fin de chaque exercice le formateur reprend des mots et des passages choisis du briefing pour permettre au stagiaire de se remémorer les objectifs recherchés et autoévalués. Cette méthode permet au stagiaire de créer du lien entre la théorie décontextualisée du mental et les résurgences psychiques réelles ressenties pendant l’exercice. Le stagiaire doit arriver à conscientiser les impacts psychiques produits par la situation et son comportement pour réussir à trouver les ressources mentales nécessaires à garder son sang-froid et sa lucidité.

Une fois ce schéma analytique créé et conscientisé, le stagiaire pourra continuer son apprentissage par lui-même et surtout être capable de réaliser des actions dans des situations dégradées et anxiogènes.

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Prenons un SP en équipement complet sous ARI et plaçons-le dans une situation de confinement sans aide extérieure (Parcours ARI). S’il se retrouve bloqué, entravé et confiné, ses réactions risquent d’être violentes et totalement dirigées vers un objectif unique : sortir de cette impasse coûte que coûte. Cette expérience une fois terminée est vécue comme un supplice sans intérêt pour ce SP. Il n’en tire aucune leçon et cherche à oublier cet épisode peu agréable au risque de ressentir de façon beaucoup plus violente les effets d’une situation opérationnelle équivalente au point de le faire paniquer.

Prenons ce même SP qui est pris en charge au sein d’un groupe par un formateur spécialisé. Il est interrogé sur ses expériences anxiogènes dans le domaine du port de l’ARI en formation et en opération. Puis ce même formateur explique les mécanismes psychiques et les sensations qui vont être découverts lors de la séance. Un point est fait sur les règles de sécurité en opération et une situation de franchissement très simple est présentée aux stagiaires. Le but de ce premier exercice est, de renouer confiance avec l’ARI pour certains, de préparer le corps à la suite de l’exercice, de prendre contact avec l’outil pédagogique (obstacle simple, parcours adapté, MEPAR, CEPARI, module de réduction de profil, PAFARI…) et au formateur de jauger les problématiques physiologiques.

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S’en suit un état des lieux techniques avec des démonstrations techniques très simples de franchissement réalisées par le formateur. Puis les stagiaires sont invités à s’engager un par un dans le module pédagogique pendant que les non-actifs observent, en même temps que le formateur, le stagiaire qui passe. Cette possibilité d’ouvrir aux regards des stagiaires l’activité leur permet de désacraliser le passage et commencer à travailler inconsciemment sur la gestion de leur stress. A chaque passage le niveau de confinement est augmenté pour accentuer les effets phobiques du stress liés au confinement et obliger les stagiaires à rester calmes et lucides pour se sortir de la situation. La verbalisation du stagiaire doit être accompagnée par le formateur pour permettre de lui faire découvrir de nouvelles ressources mentales nécessaires à l’analyse sous stress.

Une fois cette accoutumance et cette reconnaissance des signes et des effets du stress opérationnel découverts et reconnus l’apprenant peut mettre à profit l’aspect technique. L’apprentissage technique est alors mis en œuvre avec plus de lucidité et de maîtrise puisque l’analyse et l’adaptabilité sont moins perturbées par le stress qui est mieux géré et contenu. »

Enfin, la gestion de l’échec sera le point clé de l’efficacité de la formation et donc de ce qu’il en restera ; une fois de plus, on se rend compte que l’éthique est à la base de tout ce qui constitue l’organisation des sauveteurs

L’humilité est donc une composante indispensable à la participation à cette formation !

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« L’échec fait partie intégrante de cette préparation mentale. L’homme se construit toute sa vie grâce à lui. L’échec nous permet de corriger, de gommer, de gérer, de classer, de remplacer et d’utiliser nos capacités acquises pour développer des compétences. Les résultantes issues de l’échec sont plus ou moins rapides à émerger selon l’accompagnement et la gestion de celui-ci. Un échec, pour qu’il soit utile, doit être analysé et compris pour apporter une solution qui doit pouvoir être utilisée pour éviter un nouvel échec.

L’accompagnement du formateur dans ce domaine de préparation mentale est essentiel. Il n’y a rien de pire qu’un formateur disant en fin d’exercice à ses stagiaires qui viennent d’échouer : « vous en êtes content de votre manœuvre de merde ! ». Cette phrase, que j’ai souvent entendue en instruction, est très « impactante » pour les apprenants. Le fait de savoir que notre prestation était médiocre est une chose, se l’entendre dire ne permet absolument pas d’analyser l’échec. Cela équivaut à dire à un enfant qui est tombé en patin et s’est cassé la jambe : « C’est bien fait, je t’avais prévenu que c’était trop dur pour toi ! ».

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La verbalisation positive est primordiale pour augmenter les ressources utiles à la création d’un schéma analytique efficace. Le monde formatif SP manque d’horizontalité et confond souvent savoir et pouvoir. Je me souviens d’un formateur que j’estimais beaucoup par ses capacités de retranscriptions techniques dans le domaine de la lutte contre les incendies. Je me suis aperçu, plus tard, qu’il ne diffusait que des brides de ses connaissances pour garder l’ascendance sur ses autres collègues.

Le SP n’aime pas l’échec. Lors de sa formation toutes ses compétences ont été évaluées de façon certificative avec une obligation de réussite. Dès lors, lorsqu’il participe à des actions de formation pendant sa carrière, il doit réussir, au sens propre du terme. L’échec n’est pas envisageable et ne correspond à aucune valeur reconnue. La préparation mentale s’appuie sur l’échec constructif. Il ne peut pas y avoir de création de schéma analytique sans échec. Le formateur à la lourde responsabilité de dédiabolisation de l’échec.

Il doit amener le stagiaire à découvrir les nouvelles ressources gagnées dans l’échec. Il faut aussi que le stagiaire comprenne que l’échec n’est pas unique et qu’il peut se répéter dans une même situation à cause d’un ou plusieurs paramètres techniques, physiques et/ou psychiques.

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Toutefois, il faut rester lucide sur le fait que cette préparation mentale n’est pas un bouclier universel et absolu contre toutes les situations opérationnelles difficiles. Lorsqu’un accident survient et impacte violement un ou plusieurs intervenants, au point qu’ils ne soient pas en capacité d’en réchapper, rien ne peut préparer au jugement de la fatalité aveugle. L’activité du sapeur-pompier engendre des prises de risques qui sont mesurées mais qui ne peuvent exclure les explosions, les effondrements, les accidents thermiques… .

La vigilance reste la première règle de sécurité, mais elle demande de la lucidité et une maîtrise de soi importante et ce malgré le stress engendré par la situation. La préparation mentale est nécessaire pour comprendre et mettre du bon sens dans nos actions. »

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Ce que l’on peut retenir de cette approche psychologique, c’est encore une fois l’importance minime de l’équipement, de la technique ou même tactique :

  • La plus performante des tenues de feu ne protègera pas le binôme qui ne contrôle pas ses ardeurs et ne respecte pas les règles de sécurité à cause du stress.
  • Le plus moderne des camions n’emmènera pas plus vite les intervenants à l’adresse avec un conducteur qui ne prend pas conscience de l’importance des « connaissances secteur ».
  • La meilleure des techniques n’aura que peu d’effet si le personnel ne cherche pas à la comprendre et surtout à savoir quand l’utiliser.
  • La plus parfaite des tactiques se transformera en chao généralisé si le chef d’intervention cri et court dans tous les sens à cause de son manque de préparation.

L’éthique est l’engagement morale qui mène au mentale ; celui qui a compris l’importance de sa fonction et a pris conscience de la fragilité du résultat sur intervention, comprend que son état mental est le socle du déroulement des opérations de secours.

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Thierry Guilbert, coach en humilité, a développé l’un des moyens pour accéder au contrôle des événements influant sur les secours ; « savoir pour sauvez sans périr », c’est avant tout avoir la volonté d’accepter et d’apprendre à être humble.

 

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Rédacteurs : Christophe Benfeghoul, Thierry Guilbert

Correcteurs : Fabien Passion




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