D’Amorós « le bienveillant », au CrossFit du capital

H:\Eigene Dateien\D´Amorós „le bienveillant“, au CrossFit du capital\Maschinen.jpg Aujourd’hui, le sportif a la possibilité d’être assisté par des applications de type smartphone, il peut enregistrer ses performances sur une clé USB pour les faire analyser ensuite à l’aide de programmes de coaching sophistiqués : l’humain motivé par la machine. Si le sapeur-pompier dispose de moyens techniques avancés pour s’entraîner, il n’en est cependant pas moins coupé d’une conscience profonde de son propre corps, celle-ci ne pouvant s’acquérir qu’à travers la lecture de certains documents spécialisés.

L’homme s’est donc lassé du cloisonnement des disciplines sportives que chacun pratiquait selon ses besoins (la course, la musculation ou encore la natation) et a adopté comme dernière mode le Crossfit ; le fait d’être fort, endurant et flexible est soudain redevenu une priorité. C’est ainsi que l’on peut observer la capacité du fétichisme marchand à s’adapter aux besoins matériels infinis de l’homme-objet, en faisant pousser un peu partout des salles spécialisées dans l’entraînement généralisé.

H:\Eigene Dateien\D´Amorós „le bienveillant“, au CrossFit du capital\zumba.jpg C’est dans ces endroits que, pour un abonnement mensuel de cinquante à quatre-vingt euros, il vous sera possible de faire tous ensemble des tractions, des pompes et, accessoirement de jeter des médecine ball dans les airs. C’est dans ces camps de concentration marchands que les bovins consommateurs, forts et flexibles à la fois, viennent volontairement se rassembler pour profiter de leur propre aliénation, soumis à l’obligation de cette soi-disant nouveauté. Si notre client ne trouve pas son bonheur dans le fait de soulever dix fois en une minute son pneu de tracteur ou encore de sauter le plus haut possible sur des caisses empilées, il lui restera encore les infinies variantes que sont la zumba (version exotique de la gymnastique des fragiles Suédois), le boxing-workout, le body pump ou encore le boxing-pump-body-fitness en musique ! Malgré cela, s’il reste encore un nigaud qui n’a pas fait son choix dans cette formidable et généreuse grande surface de la gesticulation, on s’empressera de composer quelques séries de mouvements en y apposant des appellations encore plus originales, finissant ainsi de convaincre les derniers mécréants que la religion du sport capitaliste est la seule et vraie voie à suivre.

Dans ce chaos narcissique, le sapeur-pompier, soucieux d’entretenir ses compétences physiques pour sauver la victime agitant les bras au septième étage ou encore pour montrer, sur les plages et ailleurs, qu’un sauveteur se doit d’être costaud, a aussi tendance à s’adapter au marché de la consommation physique et de ses extensions extensibles. Notre brave collègue, probablement chargé des sports, aime à faire équiper son centre de secours des dernières machines, afin qu’il puisse, lui aussi, sur son lieu de travail connaître les joies de l’entraînement individuel en collectif qu’il savoure habituellement dans son club de fitness. Chacun peut ainsi avoir l’occasion, pendant sa garde, de s’entraîner dans son coin : un peu de vélo elliptique qui mesure en même temps le pouls, la tension et le taux de glycémie ; un peu de développé-couché sur le dernier modèle de banc à charges guidées, le tout bien enfermé dans sa bulle, écouteurs dans les oreilles, au rythme du dernier morceau de Booba remixé dubstep. C’est ainsi que chacun essaye de se construire le corps que les galeries marchandes du fitness beauty nous font rêver d’avoir.

Il est tellement triste de constater que nos centres de secours se transforment en magasin d’articles de sport, toujours prêt à recevoir la dernière machine ultra-moderne ou encore le dernier accessoire indispensable que personne n’utilisera. Comble de l’ironie, certaines salles d’entraînement deviennent carrément trop étroites pour stocker tout ce foutoir inutile, le matériel devenu obsolète étant parfois remisé jusque dans les couloirs. Plus l’humain s’approprie du matériel de sport, plus il s’entraîne seul et plus il s’entraîne seul, plus il doit combler le vide social par de nouveaux accessoires.

 C’est ainsi que nos entreprises de sauveteurs d’hommes deviennent peu à peu les victimes de valeurs marchandes que sont l’individualisme, l’accumulation ou encore la consommation addictive. Une question décisive se pose alors : comment un groupe d´individus pourrait-il incarner un exemple de cohésion face à la société alors qu’il est touché lui-même par le vice profond de l’individu-roi ? Si le sapeur-pompier tombe lui aussi dans ce système de consommation, comment pourrait-il prendre de la hauteur dans sa fonction ? Les intervenants oseraient-ils aller au feu sans matériel et sans tactique ? Mais de quoi le rédacteur de cet article nous parle-t-il ?

La morale est à la sécurité ce que la tenue de feu est à l’attaque par l’intérieur et nous allons l’expliquer.

Il est indispensable pour le sauveteur de s’armer moralement pour ne pas tomber dans les pièges qui l’amèneront, tôt ou tard, à l’irréparable. Ne nous méprenons pas, la quasi-totalité des accidents dont sont victimes les populations et sur lesquels nous intervenons, sont dues à ces mêmes causes : l’individualisme et l’ignorance.

Si le sapeur-pompier survit dans des situations où les victimes périssent, ce n’est pas grâce à la quantité démesurée de matériel que celui-ci traîne sur les interventions, mais bien grâce à ses compétences morales et physiques ; si certains en avaient douté, il leur suffit d’analyser impartialement et en profondeur les derniers accidents du feu des dix dernières années : était-ce réellement de la malchance ?

L’activité physique et morale du pompier fait partie des causes principales de sa survie en situation d’urgence. Elle est d’autant plus importante qu’elle est directement reliée à notre éthique. Mais qu’y a-t-il donc de révolutionnaire dans ces belles idées ? Absolument rien ! Deux cents ans avant notre engouement pour le Crossfit et la zumba tropicale, l’ami Francisco Amorós avait vu juste en terminant la rédaction d’une encyclopédie de huit cents pages, expliquant comment le physique et la morale devait se mettre au service du faible et de l’opprimé.

La gymnastique et la morale, par tonton Amorós

Allons bon ! Le rédacteur va maintenant nous raconter que la bonne fente avant et la galipette arrière bien exécutée vont devenir la solution à tous nos problèmes… Francisco Amorós, le père de la gymnastique française et l’investigateur de la condition physique chez les sapeurs-pompiers de Paris, avait une vision différente et surtout bien plus profonde de ce que nous appelons actuellement la gymnastique.

H:\Eigene Dateien\D´Amorós „le bienveillant“, au CrossFit du capital\climbing3.png Ce colonel d’origine espagnole consacra une vie entière à la compréhension de ce qu’on appelait « l’économie animale », c’est-à-dire le fonctionnement physique et morale de l’homme.

Ce qu’il entendait par gymnastique, était l’entraînement physique et moral, tous deux parfaitement indissociables, et ce, restreint à l’utilité la plus absolue pour venir en aide à son prochain. En clair, pas de fioritures ! Fini le développé-incliné assisté à la machine, qui enregistre les performances narcissiques, justes bonnes à se sentir un peu mieux dans sa peau ; finis les vélos elliptiques débiles qui mesurent la tension, la température et accessoirement le taux de cholestérol que l’on utilise en solitaire, enfermé dans le monde merveilleux du lecteur mp3. Ici, avec Amorós, on s’entraîne par et pour le groupe ! « Être fort, pour être utile » ne peut être atteint que dans la chaleur de l’entraînement collectif.

Dès les premières pages de son ouvrage, Francisco met les choses au clair :

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[…] la gymnastique scénique ou funambulique, nous ne pouvons-nous en occuper, puisque notre méthode s’arrête où le funambulisme commence, et celui-ci commence où l’utilité d’un exercice cesse, où le noble but de la gymnastique, qui est de faire du bien, est sacrifié au frivole plaisir d’amuser et de faire des tours de force.

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Pas le temps d’enfiler des collants, on n’est pas là pour se produire en spectacle ! Les efforts investis dans la gesticulation acrobatique représentent, pour le colonel Amorós, une perte de concentration inutile envers l’objectif historique et profond de la véritable gymnastique. A ces yeux, cette discipline est à la fois éducation, approfondissement de soi et thérapie ; elle est vibration qui maintien la vie. Il n’y a donc pas de place pour l’action infondée.

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[…] je n’adopte aucun procédé qui ne soit utile au développement d’une faculté nécessaire […] je ne fais rien pour amuser les autres, et mon Gymnase ne sera jamais un spectacle…

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Et comme notre bon colonel s’exclame, en se paraphrasant lui-même : « nisi utile est quod facimus, stulta est gloria » ; si nos actions sont inutiles, la gloire en est vaine. Forcément, ici, on se situe à un niveau intellectuel autre que celui du tutoriel musculation de Tibo InShape sur Youtube ! C’est dans la profondeur de la réflexion que la gymnastique amorosienne prend tout son sens. L’activité physique devient alors le prolongement de l’âme, où chaque comportement corporel à  une origine, une signification et un but.

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Un maître expérimenté, un observateur profond de l’homme, peut découvrir le caractère moral de ses élèves, les progrès qu’ils font dans l’acquisition des facultés qu’on veut leur donner, à la manière qu’ils ont de marcher, aux attitudes qu’ils prennent, aux gestes qu’ils font, et on parvient même à connaître s’ils raisonnent bien ou mal, selon le parti qu’ils prennent quand ils rencontrent un obstacle.

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Le chargé des sports ou encore le responsable d’entraînement ne font donc pas seulement acte de présence ; ils ne sont pas seulement là pour aider à l’exécution du mouvement ou encore pour éviter que ses élèves se blessent. Ils deviennent les piliers sur lesquels s’appuient l’acquisition d’une certaine liberté à travers le mouvement utile.

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[…] si vous voulez allez plus loin en éducation, faites-les penser, réfléchir, comparer, choisir et se décider promptement, et vous verrez alors que leurs têtes grandissent en même temps que leurs épaules.

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Pour Francisco Amorós, la bonté d’un individu doit fonder ses agissements, Il est donc déterminant de comprendre, selon lui, que l’entraînement n’existe que pour préserver la vie, Et si l’élève n’a pas les prédispositions requises pour la discipline, c’est à l’instructeur de trouver la voie pour l’encourager à cultiver sa force.

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La force est le premier soutien de la vie […] Un corps fort et robuste peut loger plus commodément une âme grande et forte qu’un corps faible et valétudinaire […] Ne nous contentons donc pas de cultiver un seul genre de nos forces ; exerçons-les toutes, car il y en a de plusieurs espèces, et nous trouverons dans la vie quelques circonstances pour les appliquer opportunément.

Tout en exerçant et en développant ces forces, ils acquerront d’autres moyens qui leur seront utiles, car ils apprendront à supporter la douleur et à la vaincre, ils augmenteront la résistance à la fatigue; et je tâcherai de ne pas abuser de leurs forces, de ne pas les énerver, en changeant la manière de les appliquer […] je tiendrai compte de tout; je cultiverai, j’encouragerai les dispositions heureuses, je ferai disparaître la faiblesse des autres; et si je trouve des quantités négatives, je les ferai remplacer par des forces positives.

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Le colonel Amorós va donc utiliser toutes les médiations pour cultiver la bonté et la force chez ses apprenants. Chaque particularité de l’entraînement est donc pensée, ajustée et remodelée à souhait, en fonction des besoins de ceux qui reçoivent son enseignement.

Le chant est automatiquement intégré à l’activité physique ; il a pour fonctions d’augmenter le volume d’air des poumons, d’améliorer l’endurance ainsi que la portée de la voix et de forger l’âme dans la bienveillance que fournissent les paroles des chants composés.

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Ce qui nous est transmis par le chant imprime en notre âme un caractère presque ineffaçable qu’il est utile de donner aux choses dont on veut maintenir la connaissance et prolonger le souvenir.

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Amorós ira même jusqu’à préconiser des chocs sur la cage thoracique pour augmenter les effets bénéfiques du chant.

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C:\Users\benfeghouc\AppData\Local\Microsoft\Windows\INetCache\Content.Word\reims.jpgLes percussions exercées sur la poitrine avec les poings durant les exercices des membres supérieurs, en communiquant un ébranlement rapide, une sorte de commotion au poumon, favorisent encore et rendent plus puissante l’action simultanée de la voix et du mouvement. Car il s’établit une espèce de lutte entre la dilatation des poumons, ou la puissance centrifuge, et la contraction de la poitrine par les coups qu’elle reçoit au moyen de la puissance centripète. Il résulte de ces percussions, que les muscles thoraciques sont fortifiés, que les parois de la poitrine deviennent plus solides, plus résistantes, que les organes respiratoires s’accoutument à supporter sans inconvénient des chocs multipliés que, chez les militaires surtout, ils sont exposés à recevoir.

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Il est tout de même intéressant d’évoquer le fait que l’utilisation du chant durant l’effort physique sera reprise en 1978 par les régisseurs de la gymnastique suédoise.

Nous remarquons donc qu’à cette époque (XVIIIème et XIXème siècle), l’activité physique n’avait que peu en commun avec le sport que nous pratiquons aujourd’hui. Le fait d’entraîner son corps avait pour but premier d’entraîner l’âme à être bonne. Le sport d’antan, comme l’entendait Francisco, n’avait de sens que dans la préservation du groupe et donc de la vie humaine ! Il exploite et décuple les forces de l’homme pour en faire un sauveur d’homme.

C’est d’ailleurs à l’apparition de la gymnastique en Allemagne, que prônait le Dr Jahn (der Turnvater), que le peuple prit conscience de l’importance de l’entraînement pour le sapeur-pompier. À travers l’exercice physique et la manœuvre régulière, les intervenants montrèrent une amélioration générale radicale des conditions d’intervention.

En 1846, le chef d’unité d’incendie de Durlach, Christian Hengst, décida de soumettre ses hommes à un entraînement intensif. Le personnel, constitué en majorité de gymnastes, ne cessa de répéter les actions utilisées régulièrement sur les lieux des interventions. À travers l’exercice, ils se rendirent compte qu’une action efficace ne nécessitait pas forcément beaucoup de moyens, mais une organisation précise des enchaînements de conduites à tenir, le tout soutenu par les forces physiques et morales des intervenants. Jusqu’alors, les incendies déclenchaient l’afflux massif de moyens humains sur les lieux du sinistre, pouvant s’élever jusqu’à deux cents intervenants, dans des délais dépassant parfois une heure et demi ; le contrôle des incendies pouvait, dans les cas les plus terribles, s’étaler sur plusieurs jours.

En 1847, le théâtre de Karlsruhe, alors ville voisine de Durlach, prit feu et l’unité d’incendie de Durlach fut détachée sur les lieux. Le sinistre fut contrôlé en moins de 4 heures, au moyen d’une quarantaine d’individus. L’action des hommes de Christian Hengst fut couverte d’un succès retentissant dans toute l’Allemagne ! Toute la presse diffusa leurs exploits et c’est un an plus tard que l’appellation « Feuerwehr » (corps de sapeur-pompiers), encore usité aujourd’hui, fut trouvée. C’est ainsi, au moment même où les intervenants et le peuple prirent conscience de l’importance de l’entraînement, que les unités d’incendie adoptèrent ce nom de « Feuerwehr », traduit littéralement par « lutte » ou « défense » contre le « feu ».

Bien avant le réveil sportif allemand, le colonel Amorós débouchait sur les conclusions suivantes :

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Tout récemment, le 5 mars 1828, un ouvrier ayant été enterré dans un puits qu’il faisait à Caen, à la suite d’un éboulement de terre, il ne put être sauvé, malgré tous les efforts que l’on fit pour le déterrer. Qui sait si un degré d’énergie de plus dans les travaux, et de résistance à la fatigue, n’aurait pas pu le sauver ? Qui sait si cette ardeur pour le bien, qui demande, comme toute autre chose à être cultivée, n’aurait pu multiplier les coups de pioche ou de pelle pour conserver cet homme à la société et à sa famille ?

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Chaque seconde gagnée compte ! Quelques entraînements supplémentaires peuvent faire en sorte que la victime soit sortie du sinistre à temps, ou pas. Cette notion se serait-elle éteinte au fil des décennies ? Quelles en seraient alors les causes ?

Alors j’entends déjà les professionnels de la gestion de l’effort nous dire que même en s’entraînant beaucoup, on n’est pas à l’abri d’un accident malencontreux. Ce sont les mêmes individus qui fument deux paquets de cigarettes par jours en justifiant que même s’ils arrêtaient de fumer, un camion pourrait très bien les renverser, demain, en traversant la rue. La question essentielle serait dans ce cas-là la suivante : quel type de société pouvons-nous construire avec ce type de raisonnement ? Doit-on leur prêter une quelconque attention ? Pourquoi pas… Ne décalons plus alors, de toute manière, il est possible que nous arrivions trop tard pour sauver les victimes et puis le feu s’éteint tout seul tôt ou tard !

À toutes ces jérémiades opportunistes lâchées par ces courageux fainéants, l’ami Francisco répond de la sorte :

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L’homme qui ne sait pas faire le bien pour le plaisir, pour le bonheur que l’on éprouve à le faire, est un être dégradé, corrompu, indigne de l’estime de ses semblables.

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Aussi, notre bon colonel est très clair et n’admet aucune exception dans ses propos :

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On a prétendu que les officiers peuvent être dispensés de suivre dans toute leur sévérité les exercices de la gymnastique élémentaire. […] De telles assertions sont tellement bizarres, que l’on s’étonne d’être obligé de les combattre. Et d’ailleurs, en supposant que deux degrés d’instruction gymnastique fussent possibles, on devrait encore réserver la méthode la plus sévère et la plus laborieuse pour les officiers ; car, destinés à donner l’exemple à l’armée, à guider les soldats, ils ont manifestement besoin de posséder au moins les qualités que l’on exige dans ceux-ci.

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Devant le sinistre, l’homme n’a pas de privilège, mais juste une seule et même fonction ; cette dernière demande le courage et les compétences nécessaires pour la remplir. Les intervenants, tous grades confondus, ne forment plus que le bras de la justice qui sauve l’opprimé des méfaits de la société humaine malfaisante.

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C’était ainsi que pensait le fameux maréchal Fabert. Il croyait qu’à la guerre il n’y avait aucune fonction avilissante. Quelques officiers du régiment des gardes-françaises trouvèrent mauvais que ce grand capitaine, au siège de Bapaume, s’occupât indifféremment des sapes, des mines, de l’artillerie, des machines, des ponts, et des autres travaux les plus pénibles ; ils chargèrent même un de ses amis de lui représenter qu’il avilissait sa dignité de capitaine aux gardes et d’officier général.

« Je suis très obligé à mes camarades du soin qu’ils prennent de mon honneur, répondit Fabert. Je voudrais cependant leur demander si le bien que m’a fait le Roi est une raison de diminuer le zèle que j’ai toujours eu pour son service. C’est la conduite que l’on me reproche qui m’a élevée aux grades dont je suis honoré. Je servirai toujours de même quand ce ne serait que par reconnaissance. Mais j’ose me flatter que ces travaux, que l’on trouve humiliants, me conduiront aux honneurs militaires les plus élevés. Tout bien considéré, le conseil de ces messieurs n’est bon que pour ceux qui veulent vieillir dans le régiment des gardes. »

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Les historiens de la connaissance partielle, encore une fois, diront que toutes ces idées humanistes n’étaient faites que pour motiver les soldat en les préparant à la guerre. Pour déclarer de telles choses, il fût été alors judicieux d’être attentif aux réflexions profondes d’Amorós.

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L’homme réellement vertueux, selon les principes de mon système d’éducation, sera celui qui, à l’amour du prochain, au désir de faire le bien, réunira le plus de moyens possibles de mettre en pratique ces vertus.

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Et c’est dans nombre de ses déclarations que le colonel tente par tous les moyens d’inspirer, dans le substrat de son enseignement, la détestation de la violence :

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[…] j’ai proposé comme un moyen de se retirer honorablement de la position fâcheuse où ceux qui insultent […] je lui réponds :

« Par la seule raison que vous m’imposer un ordre, que vous voulez m’obliger à faire un acte de votre volonté, que je dois m’y opposer. De quel droit prétendez-vous m’avilir au point de satisfaire à vos désirs, ou obéir à vos préceptes ? … Vous êtes un fou dont les exigences ne méritent point que je les écoute, ou bien vous êtes un homme indigne (s’il l’a été en effet), parce que vous avez fait telle ou telle bassesse ou infamie contre moi. Je ne puis croiser mes armes avec un être pareil, que je méprise de toute la force de mon âme…

Mais comme je connais les dispositions de la vôtre, comme je sais que celui qui a attaqué mon honneur en traître peut aussi attenter à mes jours en assassin, je suis prévenu que je puis vous trouver à chaque instant sur mes traces, et je serai toujours prêt à repousser la force par la force, et la violence par le droit naturel de me défendre.

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Ou encore un désaccord profond envers la guerre :

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O guerre ! O funeste métier des hommes ! Quand disparaîtras-tu pour toujours de la société humaine ! …. Ce mouvement de mon âme sort du philanthrope : mais le guerrier ne rougit pas de l’exprimer. En campagne, j’ai rempli mes tristes devoirs. Ici j’écris sur les actes de bienfaisance, et je me plais plus à les retracer.

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Ce type d’état d’esprit lui a d’ailleurs valu un nombre conséquent de conflits avec son employeur : le ministère des armées. Il refusa à plusieurs reprises la bêtise de l’organisation militaire et de ses concepts ; il fut alors, de toutes parts, faussement blâmé et expulsé des locaux qu’il occupait. Cependant, même ses plus fourbes détracteurs (particulièrement Napoléon Laisné) admirent la faute grave qu’ils avaient commise en lui fermant les portes de l’enseignement dans l’armée. Ils revinrent d’ailleurs sur leur décision disciplinaire en continuant à envoyer des élèves à Francisco Amorós.

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De Napoléon Laisné :

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M. Amorós sut toujours réprimer avec la plus grande énergie les exercices excentriques et dangereux. Ce gymnase était donc en pleine prospérité, lorsque l’administration de la guerre, fatiguée des exigences trop souvent renouvelées de M. Amorós, prit subitement le parti de faire disparaître cet établissement […] pas un seul exercice n’était exécuté du côté droit sans qu’il fût répété du côté gauche… […] on ne tarda pas à se convaincre que la suppression de ce gymnase laissait un vide considérable dans cet enseignement […]

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Car même dans la plus grande confusion morale, propre au milieu militaire, les résultats positifs de l’éducation morale et physique du colonel Amorós résonnaient et retentissaient au plus profond des cœurs.

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[…] les dix sapeurs-pompiers, envoyés au cours de M. Amorós, « ont acquis une agilité et une adresse surprenantes » […]

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On peut donc interpréter sans peur que le colonel Francisco Amorós était un soldat résistant à sa fonction professionnelle au profit de sa fonction humaine.

Réhabiliter l’éducation physique et morale

C:\Users\benfeghouc\AppData\Local\Microsoft\Windows\INetCache\Content.Word\young-smartphone-users.jpg Que nous est-il donc arrivé ? Comment avons-nous pu délaisser ou encore ignorer les valeurs que nous proposait Amorós pour nous adonner au sport individualiste, sans chaleur, sans vibration et sans saveur ?

Tout le monde ressent dans son entourage que le monde tourne mal. Chacun peut, sans pour autant l’expliquer, palper cette ambiance d’incompréhension et de déchéance humaine. La situation est d’ailleurs tellement flagrante, qu’il est impossible de la lier au fait que l’homme soit un adepte du « c’était mieux avant ».

C’est pour cela qu’il est aujourd’hui impossible de comprendre la crise actuelle sans ouvrir son champ de connaissances à la sociologie, l’anthropologie, l’histoire des guerres ou encore à la géopolitique. Pour résumer de manière extrêmement courte, les femmes et les hommes ont délaissé leur être pour se faire objet dans le marché de l’échange : marchandises, politique, religions, guerres, territoires, propriétés, etc… Toutes ces créations destructives ont régi depuis trop longtemps nos vies et les ont amenées à la prostration et à l’acceptation du fait que vivre autrement n’est pas possible.

Tout cela parce que nous ne voulons pas comprendre que les lois marchandes absorbent tout ce qu’il y de bon en l’humain pour le retourner contre lui.

La gymnastique amorosienne a été dépecée de son sens réel par le capital pour être abolie, puis réifiée avec les modalités nécessaires à la bonne consommation du produit. C’est ainsi qu’au fil des années, de plus en plus d’appareils modernes, confinés à l’assistance, remplissent les salles d’entraînement, où les moutons assoiffés de muscles normés s’empressent de faire la queue aux meilleurs machines qui leur permettront bientôt de devenir « énorme et sec ».

Cette grande aventure du muscle vide de sens, s’arrête pour beaucoup dans un cabinet de kinésithérapie ou encore d’ostéopathie, avec des problèmes graves, comme des dissociations, des défauts de coordination ou encore un délaissement total de certains groupes musculaires. Bien sûr, les autres sportifs, aux pratiques radicalement orientées, comme ces coureurs de fond névrosés aux vertèbres compressées ou encore ces cyclistes de l’extrême au dos tordus et aux scrotums aplatis ne font pas exception à la règle !

Toute activité physique extrême et pratiquée de manière unilatérale est forcément une pratique dénuée de morale, amenant, dans un nombre de cas conséquent, à la blessure irréversible.

L’humain, fin observateur dans les moments les plus sombres, pourra noter que le corps est un tout et que si la vie nous a formé de manière si complète et si harmonieuse, ce n’est probablement pas pour en spécialiser son utilisation.

Cette prise de conscience, étant une menace sérieuse pour le système de consommation sportif, fit réagir dans le milieu des affaires. Le consumérisme moderne, absorbant le bon pour le transformer en produit, saisit l’opportunité pour réifier la gymnastique qu’il avait abolie plusieurs siècles auparavant. Cette dernière ayant été vidée de sa substance éthique, puis oubliée, il fut relativement aisé pour le capitalisme marchand de la remettre au goût du jour. En effet, la morale du collectif de la gymnastique amorosienne, d’abord puissante antagoniste du principe de la marchandisation put ainsi ressurgir, fragmentée en entités individuelles, prête à la consommation. Le capital a ses propres besoins, à commencer par la nécessité de pouvoir disposer d’individus atomisés, séparés de l’action subversive du groupe pour les affaiblir, les soumettre à l’achat et ainsi combler le manque social.

C’est pour cela que Francisco Amorós, mit au point une méthode basée sur la nature sociale de l’homme. Une grande partie des entraînements, même parmi les plus complexes, ne demandant que peu de moyens et un certain nombre d’agrès pouvait être fabriquée par le groupe ! Comment ça ? Un sport qui ne fait pas consommer et qui développe les liens sociaux ?

C’est alors que les sciences de la consommation infinie sortent leur shaker magique et nous concoctent un délicieux cocktail de nouveaux produits prêts à l’achat : l’entraînement croisé ou le Crossfit, mélanges de différentes activités physiques et sportives préexistantes. On prend de multiples activités narcissiques pour n’en faire qu’une seule et même dominante. Produit forcément américain, donc obligatoirement cool, le Crossfit est tout naturellement hyper médiatisé par Reebok, à grand coup de vidéos en slow-motion, tout ça sur fond musical épique signé « Two Step From Hell » : là, on est bien ! Toi aussi deviens le meilleur crossfiteur avec la tenue et le matériel approprié. Dans le cas contraire, paye ton abonnement mensuel à quatre-vingt euros.

C’est dans ce méli-mélo consumériste organisé que le matériel s’entasse dans les salles de sports de nos centres de secours. La grande majorité de nos fournitures sportives est basée sur la performance individuelle. Sinon, il y a le foot et ses séances de joies anarchiques, où chacun essaye de briller plus que l’autre ; tout le monde joue « pour le plaisir », mais d’abord pour son plaisir personnel.

Les corps constitués de terrain, au contact de la population, comme les sapeurs-pompiers, ont une absolue nécessité de favoriser une condition physique utile ; elle est le moyen primordial qui mène à la réelle possibilité de protéger. C’est pourquoi il est important et même urgent pour les responsables des programmes d’entraînement, de retourner aux sources en faisant radicalement référence à l´intervention.

De quelle manière pourrait-on donner une définition pratique des unités d’incendie ? C’est un groupe d’individus entraînés à surmonter la réalité des dangers par lesquels d’autres individus sont menacés. Lorsqu’ils sont appelés, ils deviennent alors l’ultime recours, aucune unité plus compétente ne viendra prendre le relais en cas d’échec ! Pour remplir cette dernière au plus proche de la perfection, les sapeurs-pompiers doivent maîtriser la tactique, la technique et être pourvu d’une force morale bienveillante. La condition physique est alors une composante élémentaire, donc indissociable de ces trois piliers.

Ceci étant clair, il serait donc cohérent de repenser notre manière de nous entraîner physiquement. En dehors de la manœuvre, la condition physique doit s’adapter aux besoins, non pas des intervenants, mais des victimes et s’y cantonner ! Les entraînements des sapeurs-pompiers doivent être pensés au regard de nos trois piliers : chaque activité sportive doit être organisée et mise en place dans le but d’entretenir et d’améliorer les valeurs composant la tactique, la technique et la morale. La communication, l’endurance, la réactivité, la cohésion, la mesure, la dextérité, la bienveillance ou encore la sécurité sont aussi des notions à approfondir.

Les séances d’entraînement physique doivent être ludiques :

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[…] il faut amuser les élèves et leur rendre agréables les études, si on veut qu’ils apprennent… Ma méthode ne pouvait donc méconnaître ces principes : elle les suit, elle les pratique, et je déclare que j’ai adopté un nombre d’exercices par la raison qu’ils amusent les jeunes gens aussi bien que les hommes, en même temps qu’ils produisent un résultat positif et avantageux […]

[…] on peut tirer un grand parti de tous les jeux de l’enfance, de toutes les récréations qu’on lui donne, si on veut y penser.

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Inventives aussi :

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[…] le but principal de la gymnastique est de faire du bien, en donnant des secours à tous ceux qui peuvent en avoir besoin. Les blessés, ceux qui se noient, ceux qui sont exposés aux dangers d’un incendie, et à tant d’autres si fréquents dans la vie, peuvent avoir besoin de votre assistance, et vous devez être disposés à la donner avec adresse et opportunité.

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Tout cela signifie-t-il que nous devons détester les différentes activités sportives nous étant proposées actuellement, comme le Crossfit, le football, la course à pied ou encore la musculation ? Le lecteur attentif et intelligent aura ici bien compris qu’il ne s’agit pas de renier notre évolution, mais de comprendre et d’accepter que l’on s’est trompé quant à la voie à emprunter.

Les unités d’incendie connaissent actuellement une crise morale, il suffit de lire nos contemporains et surtout d’aller aux nouvelles dans divers départements et régions, que ce soit en France, en Allemagne ou ailleurs. Cette crise humaine au sein de nos centres de secours, est tout ce qu’il y a de plus normal ; elle n’est que la conséquence de l’évolution de l’homme au milieu du fétichisme de la marchandise ! Le sapeur-pompier étant un humain avant tout, il est alors logique que celui-ci soit touché par l’ambiance de son environnement, il subit au même titre que la population, les douleurs que l’oligarchie capitaliste lui inflige.

C’est dans un monde en souffrance que les corps de sapeurs-pompiers doivent saisir cette chance. Cette chance d’être les premiers à réellement montrer l’exemple. Les services d’incendies et de secours doivent sortir du sommeil profond dans lequel la politique les a plongés. Les intervenants des corps constitués de terrain doivent absolument saisir cette occasion d’initier une contre-société, en chassant de nos habitudes cette inclinaison à la possession : cette mentalité qui nous pousse constamment à consommer et à nous isoler dans le matérialisme.

Des propositions concrètes

Observons de nouveau les tâches que nous accomplissons, analysons-les et trouvons le moyen de reconstituer l’effort physique et moral requis.

Prenons comme exemple le dégagement d’urgence d’une victime retrouvée inconsciente dans les fumées : il faudra soulever la personne et la tracter jusqu’à la sortie la plus proche, tout cela probablement dans un environnement chaud, avec le poids du matériel transporté (ARI, tuyaux, etc.) … Les efforts principaux utilisés sont la flexion des membres inférieurs, la marche à reculons et la traction des membres supérieurs. Il est donc alors relativement simple de transposer ces trois efforts spécifiques : le soulevé de terre, la traction de pneus posés sur le sol, ou encore la marche à reculons sur parcours accidentés, seront très certainement des pistes à explorer. Le poids du matériel peut être simulé par des gilets lestés, l’accoutumance à la chaleur par le sauna. Impossible d’organiser des séances de sauna dans nos centres de secours ? Demandez donc aux pompiers finlandais !

Tout dépend de la volonté, de l’imagination et de l’engagement que nous avons pour organiser les entraînements de demain. Et le foot alors ? Bien évidemment, cette discipline, comme beaucoup d’autres sports d’équipe, peut être repensée pour développer les qualités tactiques d’un groupe. C’est en réorganisant les règles et en les remodelant que les parties de football peuvent se transformer en véritables séances de communication : par exemple, en interdisant l’usage de la parole ou les tirs au but derrière la ligne des cinq mètres, on obtient des résultats intéressants et surtout inattendus. Bien évidemment, il ne s’agit pas là de se décourager dès le premier essai si « ça marche pas », il faut essayer plusieurs fois, combiner les résultats, rechanger les règles, etc…

Les deux exemples précédents démontrent très clairement que la marche à suivre est simple et relativement bon marché. L’important est que l’activité physique du sapeur-pompier prenne en compte son corps et son esprit. Le sauveteur est un humain, qui lui-même est un tout !

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Cette réunion du physique et du moral de nos actions est naturelle, simple et nécessaire ; j’ai donc bien fait de ne pas les séparer, de prendre l’homme tel qu’il est, et de le conduire par la route des bons sentiments et des bonnes actions à l’accomplissement de ses devoirs.

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L’entraînement du sauveteur doit donc prendre en compte la nature humaine dans son ensemble et donc être complet, car durant les instants critiques auxquels il sera confronté en intervention, il devra alors pouvoir compter sur un maximum de capacités pour agir en équipe.

 La fin du monde capitaliste n’a jamais été aussi proche, les crises financières à répétition, les guerres et les attentats, la perte quasi-totale des valeurs humaines ou encore l’individualisme omniprésent en sont les preuves irréfutables et perceptibles par tous ! Celui qui est aujourd’hui convaincu du contraire vit malheureusement trop profondément dans la prison virtuelle de la marchandise.

C’est dans ce chaos généralisé que les services d’incendie et de secours, ainsi que tous les autres corps constitués ayant pour fonction première de protéger le peuple, ont tout à gagner en ré-éduquant leur condition physique par la morale et en érigeant une contre-société par l’entraînement éthique.

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Rédaction : Christophe Benfeghoul

Excellente correction : Denis Clouet